Les atomes de la mer, la propulsion nucléaire française histoire d'un outil de dissuasion (Félix Torres, Boris Danzer-Kantoff)

 

Sorti en 2022 « Les atomes de la mer » est un livre écrit par Felix Torres et Boris Danzer-Kantof, deux historiens spécialisés dans le domaine nucléaire civil et militaire.

L'Histoire nous ramène après la Seconde guerre mondiale avec la volonté affirmée de souveraineté du Général de Gaulle dans le domaine de la dissuasion nucléaire. 

Comme souvent, les Américains sont les premiers à mettre au point des sous-marins à propulsion nucléaire avec le Nautilus en 1954, l'amiral Rickover pouvant être considéré à juste titre comme le « père » de ce succès industriel et militaire.

Le nucléaire apporte aux sous-marins l'autonomie par rapport au carburant classique, il leur permet de partir en mission sur de longues durée sans refaire surface. Lorsqu'en plus la PN se combine avec le lancement de têtes nucléaires, elle forme le couple parfait de la dissuasion. 

Alors que les Américains et les Russes se livrent une bataille à distance dans le domaine des sous-marins atomiques lanceurs de tètes nucléaires, la France de de Gaulle tente de se positionner.

Des négociations ont lieu pendant plusieurs années entre les deux pays, mais finalement les Américains qui ont pourtant coopéré dans le nucléaire civil avec les premières centrales françaises sous licence Westinghouse, refusent le transfert de technologie. 

Après l'échec des sous-marins refroidis par eau lourde (le projet Q 244), la France se tourne à la fin des années 50 vers les réacteurs à eau pressurisés utilisant un uranium faiblement enrichi.

Le programme central est le PAT à Cadarache et Jacques Chevallier le directeur du projet réussit le tour de force de s'affranchir des gue-guerre entre CEA, Marine et STCAN. 

Il s'entoure d'une petite équipe de passionnés/talentueux ingénieurs et parvient à mettre au point le réacteur de PN à terre en 1964. 

L'assemblage avec le reste du sous-marin prototype à Cherbourg donne lieu à la création du, première SM à PN français, le Gymnote, le sous-marin d'essais qui servira de base pour la construction du Redoutable (achevé en 1967) qui embarque pour l'époque des innovations technologiques.

Après le succès de la classe des SNLE vient la production de SNA de type Rubis avec des réacteurs plus compacts CAP produits par la société Technicatome dont l'histoire mouvementée côtoie celle d'Areva/Framatome entre projets exports (au Canada, en Iran et en Irak!) avortés et réorganisations douloureuses.

Enfin le premier porte-avions nucléaire français (et le seul!) le Charles-de-Gaulle utilisera la même chaufferie K15 couplée à deux lignes d'arbres.

Le livre termine sur les dernières générations de SM à PN que sont les Barracuda et le SNLE-3G et le PAN-G.

En conclusion, « Les atomes de la mer » est un ouvrage réservé aux passionnés et spécialistes des questions d'industrie et de souveraineté française. 

Très exhaustif, il contient beaucoup de photos « d'époque » assez austères en noir et blanc évoquant les moments clés de la découverte de la propulsion nucléaire française.

Il met également en lumière les grands acteurs de cette œuvre, notamment les ingénieurs du corps des X / génie maritime qui firent passer le projet de prototypes à terre aux réacteurs embarqués dans des coques d'acier mobiles sous l'eau.

J'ai trouvé plus ennuyeux les longues descriptions des multiples organismes en charge de ses activités sensibles et les guerres de chapelles associées : CEA, DAM, DGA, DCN, DPN, ECA, STCAN....il faut parfois s'accrocher pour y comprendre quelque chose et on se dit qu'il faut bien trouver des sources de nouveautés pour occuper les polytechniciens évoluant dans cet univers administrativo-militaire. 

Peu d'intérêt pour moi également sur les volet industriel mouvementé de Technicatome industriel essentiel à la filière...

On en retient que la Propulsion Nucléaire comme la Dissuasion sont le fruit de la volonté du Général de Gaulle qui en pleine Guerre froide, a pris la décision courageuse de s'affranchir d'une domination militaro-technologique américaine.

Et aujourd'hui à l'heure des conflits Russo-Ukrainien et Israélo-Iranien, on comprend que la préservation de cette filière est toujours d'actualité même si les nouveaux sous-marins et porte-avions nucléaires ne sont aujourd'hui suffisants pour peser dans les conflits mondiaux, comme le montre l'émergence de l'IA, de la cyber et du drone. 

« Les atomes de la mer » est donc à ce titre un ouvrage plus tourné vers le passé que l'avenir.

Commentaires