Houris (Kamel Daoud)

 

Sorti en 2024 et auréolé du prix Goncourt, « Houris » est un roman sulfureux de Kamel Daoud qui a provoqué une crise de plus entre la France et l'Algérie, valut des poursuites judiciaires contre l'auteur dans les deux pays et même des mandats d'arrêt internationaux à son encontre.

C'est que « Houris » est une œuvre dérangeante qui exploite l'histoire et la souffrance d'une victime du terrorisme islamique pour ouvrir un chapitre aujourd'hui tabou et passible de poursuite en Algérie : la guerre civile qui dura de 1990 à 2000 et fit plus de 200 000 morts.

Aube est une femme issue d'un village montagneux de Had Chekala au Nord Ouest, qui a subi un massacre dans la nuit de décembre 1999.


Elle raconte que 1000 personnes ont été assassinées par égorgement par un des groupuscules islamiste sévissant dans la région.

Le « miracle » veut que son tueur rate son égorgement et qu'elle survive alors que sa famille est massacrée notamment sa propre sœur sous ses yeux.

Devenue une survivante prise en charge par sa mère adoptive Khadija, une avocate crainte d'Oran, elle perd l'usage de la parole et est affublée d'une cicatrice à la gorge qui la condamne à ne manger que des liquides.

Privée de parole du plaisir de manger, Aube se reconstruit à Oran ou elle tient un salon de coiffure.

Mais si les Islamistes ont perdu la guerre, leurs idées se sont diffusées dans la société qui est devenue beaucoup plus radicale. 

Son salon de coiffure en face d'une mosquée dérange et elle doit finalement fermer boutique après avoir été vandalisée sur ordre de l'imam dont elle a soignée la femme.

Lorsque Aube se sait enceinte d'un jeune homme parti tenter l'aventure de l'autre coté de la Méditerranée, elle envisage sérieusement l'avortement mais un dilemme moral l'en empêche.

Elle finit par revenir courageusement dans son village pour tenter d'exorciser les démons du passé.

Agressée en route par des éleveurs de moutons irrités par son indépendance, elle rencontre Issa Senoussi, le fils d'un libraire, lui aussi victime du terrorisme qui lui raconte son histoire et la prend en pitié.

L'arrivée dans son village est difficile : après 20 ans, tout le monde veut oublier ce qui s'est passé et certains villageois se sont appropriés les noms des défunts.

Elle veut témoigner de son histoire mais dérange, l'imam local, lui-même en difficulté, fait mine de la prendre sous sa protection pour finalement lui demander de rentrer chez elle et de les laisser tranquilles.

Sur le chemin du retour, elle est interceptée par le frère terroriste de l'imam qui la séquestre. Elle ne doit son salut qu'à l'intervention d'Issa.

Elle accouche finalement d'une fille qu'elle nomme Khaltoum.

En conclusion, « Houris » est un livre douloureux sur un sujet difficile. 


Indépendamment des polémiques et affaires judicaires, Daoud ne manque pas de courage en s'attaquant à dénoncer l'omerta qui a été faite par le pouvoir algérien sur la « décennie noire » au motif de la réconciliation nationale. 


Comme l'ont fait d'autres pays (la France, le Rwanda...) dans des cas de guerres civiles ou de collaboration avec l'ennemi, l'amnistie pour les bourreaux est un décision politique visant à rétablir l'ordre mais peut s'avérer choquante pour les victimes.


Dans la cas de l'Algérie, d'anciens terroristes s'achètent une respectabilité en se réinsérant dans la vie civile après avoir déposé les armes.


Au travers du parcours incroyable d'une rescapée d'un massacre, affublée d'une horrible cicatrice au cou, Daoud, retrace une histoire d'une violence inouïe, dans laquelle les victimes furent souvent des pauvres villageois, des intellectuels ou des femmes jugées trop « libérées » par des fanatiques religieux tuant au nom d'un dieu qui ne leur a rien demandé.


Aube livre un combat sans espoir après 20 ans et est condamnée à l'échec, la guerre d'Indépendance contre la France étant plus célébrée car considérée comme noble pour alimenter le roman national algérien. 


On ressent continuellement sa souffrance dans le livre, notamment au travers des flash-backs consacrés à la nuit du crime et à la culpabilité de voir sa sœur mourir à sa place.


Daoud est aussi tranchant sur la condition de la femme en Algérie, condamnée à être une citoyenne de second rang et à vivre continuellement sous la coupe des hommes dans leur propre « intérêt ».


Malgré ses qualités et sa valeur de témoignage, « Houris » est parfois insoutenable dans sa description fidèle du fanatisme et de l'horreur des hommes tuant leurs semblables avec cruauté.


Sa lecture n'est donc pas plaisante et vous laisse éprouvé. 


Dommage qu'il faille attendre les dernières pages pour voir un peu de lumière finalement l'égayer.


 Un peu plus d'équilibre aurait été apprécié !

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