Les arcanes du chaos (Maxime Chattam)

 arcanes_chaos.jpg1 Délaissons quelque peu les références littéraire classiques que je révère pourtant au plus haut point pour nous intéresser au thriller contemporain avec « Les arcanes du chaos » publié par Maxime Chattam en 2006.


Jeune écrivain précoce, Chattam est avec Jean-Christophe Grangé, l’un des poids lourds du thriller surfant sur l’engouement du public pour les histoires complexes et morbides de tueurs en série.

« Les arcanes du chaos » n’est pas consacré à des tueurs en série invincibles, mais traite du quotidien de Yael Mallan, jeune parisienne célibataire un peu perdue travaillant par défaut dans un magasin de taxidermie.

Ce quotidien morne va se trouver pourtant progressivement chamboulé lorsque la belle brune va commencer à entendre des bruits suspects puis à voir des apparitions dans son appartement atypique dont la cave présente une vue sur les égouts de Paris.

Yael va réaliser que des êtres mystérieux s’auto nommant « Les ombres » cherchent à entrer en contact avec elle via d’énigmatiques messages écrits sur l’écran de son ordinateur en l’enjoignant à chercher par elle-même la vérité.

Esseulée depuis la mort de sa mère (par accident) et le départ de son père pour un voyage en Inde, Yael va alors se raccrocher à un bel homme rencontré dans un bar, Thomas, photographe et journaliste d’investigation.

Pour aider son amie, Thomas va entrer dans sa vie et l’aider à décrypter les curieux phénomènes en apparence surnaturels.

Leurs recherches à la Bibliothèque de France puis sur internet vont les mener sur la pistes des sociétés secrètes comme les Illuminati ou les Skulls and bones américains sorte de super franc maçons réputés tirer les ficelles de l’échiquier mondial.

Ce climat de paranoïa est accru par la intervention régulière de Kamel Nasir, qui se répand sur son blog en théories générales basées sur des coïncidences historiques troublantes pour mettre en évidence la collusion entre les milieux politiques, militaires et industriels américains pour déclencher des guerres mondiales servant leurs intérêts.

Lorsque Thomas qui a repéré un homme les filant, le prend en chasse et échappe de justesse à un traquenard dans le métro parisien, le couple comprend que le danger est bel et bien réel.

Dévoré par le désir de savoir, le couple guidé par des inscriptions ésotériques va suivre la piste des égouts de Paris et pénétrer dans les profondeurs sous-terraines de la ville mais va également devoir lutter pour sa vie lorsqu’il va réaliser qu’il est suivi par des tueurs.

Mue par l’instinct de survie, Yael va tuer son poursuivant en le jetant dans un précipice sous terrain.

En utilisant ses propres compétences et contacts dans la police, Thomas parvient à identifier un des hommes ayant pénétré chez Yael, un certain Olivier Languin.

La piste Languin les mènent jusqu’à une miroiterie du XIX ième arrondissement de Paris et si l’homme en question leur échappe après une lutte acharnée, Yael parvient à tracer sa fuite via un mouchard pour remonter jusqu’au patron de la miroiterie, un certain Lubrosso vivant dans un petit village tranquille d’Ile de France.

Ne reculant devant rien, Thomas et Yael pénètrent dans la demeure de Lubrosso et surprennent le vieil homme en conversation avec Languin, qu’il tue de manière en apparence surnaturelle par l’usage d’une bague maléfique.

Après inspection de la demeure, le couple comprend le subterfuge (du poison dans le verre de Languin), dérobe de précieux indice sous la forme d’une lettre à moitié brulée puis comprend en revenant à Paris que Lubrosso n’était qu’un intermédiaire qui a été lui-même assassiné après Languin.

Mais la traque n’en est qu’à ses débuts et cette fois ce sont deux hommes armés qui vont les pister d’hôtels en hôtels avec comme conclusion temporaire une course poursuite effrénée  en voiture dans le XV ième arrondissement de Paris se soldant par la mort d’un motard et par un rush foudroyant dans le Jardin du Luxembourg ou Yael et Thomas parviennent enfin à semer leurs poursuivants.

Yael et Thomas évitent le couperet d’extrême justesse lorsqu’un couple dormant dans le même hôtel qu’eux est assassiné à leur place.

C’est à ce moment que Thomas contact le bloggeur Kamel qui accepte de les aider dans leur quête sur la vérité.

Bien entendu, compte tenu de ses théories du complot, Kamel ne fait qu’entretenir les soupçons du couple.

Le jeu de piste mène ensuite le couple près dans un lieu reculé près de Morzine, le roc de l‘enfer et du lac artificiel situé à ses pieds.

Une plongée nocturne dans les eaux du lac met Yael nez à nez avec un cadavre, puis après avoir échappé de nouveaux aux tueurs, oriente les recherches du couple vers un autre endroit de la région, le gouffre du diable, réputée pour sa descente vertigineuse dans les abysses.

Le lien vers les Ombres semble s’orienter les recherches vers un riche banquier Suisse, Henri Bonneviel qui a repris la miroiterie de Lubrosso et que Yael reconnait formellement comme l’un de ses principaux clients au magasin de taxidermie.

Après avoir récupéré ses coordonnées personnelles à Genève, Yael entraine Thomas dans l’exploration du gouffre et découvre un vieil homme solitaire Malinval, qui lui fait de troublantes révélations sur son grand père, tué et noyé dans un lac après la seconde guerre mondiale pour avoir collaboré avec les allemands.

Malinval révèle aussi qu’un homme se faisant passer pour le père de Yael, l’avait questionné sur ce sujet dans le passé.

L’inspection de la demeure de Bonneviel permet au couple de recueillir de précieuses informations notamment un curieux organigramme représentant les liens entre Yael, son père, sa mère puis deux autres noms Petersen et Goatherd.

Aidés par les compétences cyber de Kamel, le couple parvient même à comprendre comment les tueurs les suivent et se débarrassent du pass navigo de Yael, dans lequel une puce RFID permettant de la tracer en piratant les serveurs de la RATP, couplés à des informations glanées sur ceux de la grande distribution.

De retour à Paris, le couple apprend la mort de Bonneviel.

Yael comprend que sa vie est au centre d’un gigantesque jeu et que les Ombres ont tout fait pour en influer le cours pour des motifs qui leur étaient propres.

Prenant tous les risques, le couple recherché par la police pour la course poursuite parisienne et le meurtre des SDF que Thomas avait placé dans leur chambre, se rend clandestinement par cargo, aux Etats-Unis afin d’interroger Petersen, un ancien général aujourd’hui reconverti comme obscur consultant de luxe du puissant pétrolier américain Goatherd.

Après une traversée mouvementée, le couple se rend dans la banlieue de New-York et débusque le vieux général qui leur révèle le jeu entre Bonneviel et Goatherd, deux membres de l’organisation des Ombres.

Yael avait été choisie par Goatherd comme pion, tandis que son adversaire Bonneviel cherchait à la retourner contre lui en lui distillant des messages destinés à lui permettre de remonter la trace de son persécuteur.

Malgré les mises en garde de Petersen, Yael qui a faussé compagnie à Thomas, décide de prendre tous les risques d’approcher Goatherd armée à New York.

Elle y parvient lors de sa visite à une galerie d’art mais est neutralisée par ses gardes du corps.

Goatherd lui révèle alors tous les dessous du jeu, son choix à partir de bases de données mondiales, les évènements organisés dans sa vie comme son accident de voiture qui mit fin à une carrière prometteuse dans l’athlétisme, mais aussi les mécanismes d’ascension dans la hiérarchie des Ombres à chaque duel remporté.

Avant de la relâcher, le vénéneux Goatherd lui apprend que Thomas a été payé par Bonneviel pour faciliter ses plans …

Tout s’écroule donc pour Yael qui sort en vie mais brisée de cet entretien.

Au cours d’une ultime explication avec Thomas dans un building de New-York, le ciel se déchire et s’embrase, le couple périt dans les attentats du 11 septembre 2001, comme l’avait prévu Goatherd.

Le roman se termine sur témoignage de Kamel, enjoignant le lecteur à chercher la vérité par lui-même et à ne pas faire partie des masses manipulées par les Ombres …

En conclusion, « Les arcanes du chaos » est un roman d’une paranoïa inouïe, utilisant à grande échelle des théories du complot quasi invérifiables, visant à mettre en évidence une collusion entre hommes politiques, militaires et industriels américains, pétroliers saoudiens et terroristes islamiques plus ou moins manipulés par les deux premiers.

On cherche avec scepticisme le but de tout cela et à qui profite ces guerres …

Bien entendu aux Ombres qui gagnent en pouvoir et en richesse des retombées de la guerre avec des contrats militaires ou des compagnies de pétroles.

Evidement dans ces conditions, le 11 Septembre apparait comme avoir été sciemment organisé, selon des méthodes qui selon l’auteur seraient finalement assez banales aux Etats Unis : provoquer un attentat contre des civils pour justifier l’entrée en guerre.

Le mort de Kennedy, le naufrage du Titanic, l’attaque japonaise de Pearl Harbour,  auraient participé à la même logique de manipulation historico américaine !

Difficile de digérer tout ce fatras de théories s’auto alimentant et visant à créer une impression d’ordre sous jacent au chaos, ordre tiré par quelques personnalités de l’ombre et nourrissant (comme pour les franc maçons) tous les fantasmes les plus délirants …

Pour ma part j’ai bloqué devant ces théories qui constituent toute de même le fond (de commerce) du livre et ne crois pas à un ordre prédéterminé et sous terrain du monde comme de la vie.

Je lui préfère une vision plus chaotique, instinctive et imprévisible.

L’idée de manipuler des personnes aussi dangereuses et intelligentes que Ben Laden me parait dangereuse car pouvant aisément se retourner contre le manipulateur lui-même.

Donc je ne crois pas aux complots comme celui du 11 Septembre et place mes fantasmes sur d’autres sphères plus intimes …

Une fois ce désaccord mis de coté, reste un thriller ultra alambiqué mais o combien classique, exhalant donc un fort gout de déjà lu avec un couple jeune, sympa et débrouillard lancé dans un méga jeu de pistes ou des tueurs les traquent.

J’ai donc simplement un peu de respect pour la construction littéraire du roman, ce coté mille feuille jouant habilement sur plusieurs lieux français et américains mais tout ceci ne demeure pas suffisant pour me faire adhérer  à l’œuvre de Chattam.

Probablement une aventure sans suite de mon coté…

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