Nord sentinelle (Jérôme Ferrari)

 


Sorti en 2024, « Nord sentinelle » est un roman de Jérôme Ferrari. 

A partir d'un fait divers presque banal, un jeune Corse nommé Alexandre Romani poignarde Alban Genevey qu'il connaissait depuis l'enfance, Ferrari développe une analyse sociale et familiale.

Il se place tout d'abord comme narrateur et ami également d'Alexandre, ce qui lui octroie une place privilégié au cœur de l'intrigue et du drame. 

Il décrit avec les Romani une famille médiocre corse, s'étant brutalement enrichie en profitant de la manne touristique en vendant des terrains proches du littoral.

Fils d'un père violent ayant arraché un bout de notoriété en ayant assassiné deux bandits renommés et craints, les Dominici avant lui-même d'être assassiné par une jeune fille qu'il avait déshonorée, Alexandre grandit comme un enfant roi, paresseux et violent lui-aussi.

Braqueur raté, il obtient miraculeusement son bac avant de prendre la gestion du restaurant familial.

Après un banal différent sur un vin surfacturé, Alban qui ne veut pas perdre la face devant ses amis issus des classes aisés du continent, tente à son tour d'arnaquer Alexandre. 

Celui-ci réagit de manière disproportionnée et le plante d'un couteau de sabre japonais devant les touristes médusés du port.

Il est appréhendé sans même comprendre ce qui lui arrive ou chercher à se cacher.

En conclusion, « Nord sentinelle » est un court roman au goût amer.

Sa critique en règle du tourisme de masse autour de la Corse en est la partie la plus intéressante, avec des passage très drôles notamment concernant les séminaire de « team building » et de quête de sens dans des zones montagneuses inhospitalières et glaciales, en plus des cohortes de randonneurs, de plagistes ou de retraités arrivant en terrain conquis. 

Il fait une analogie avec l'arrivée de Richard Burton, le premier explorateur en terre arabo-musulmane, épargné par erreur par le sultan éthiopien Ahmad ibn Abu Bakr, qui le laissât repartir avec pour conséquence l'arrivée des premiers colons et préconise non sans second degré qu'il est regrettable que le premier touriste n'ait pas été assassiné en Corse de la même manière.

Le résultat plus ou moins direct consiste en l'émergence d'une caste aisée de Corses mais paresseux et mal éduqués car ayant profité largement de la montée des prix de leurs terres pour s'enrichir à moindre effort, les Romani en étant le plus bel exemple.

Par contre, le roman demeure confus sur le bien ou mal fondé de l'assassinat du continental par un local, car si le résultat semble être celui voulu originellement afin de repousser l'envahisseur, le constat par rapport à la nullité du meurtrier vient en abaisser la pureté des motivations.

Un roman qui laisse donc sur sa faim avec un goût d'entre-deux.

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