Fragments (Héraclite)


 

Je replonge avec plaisir aux racines de la philosophies avec les relativement méconnus « Fragments » d’Héraclite.

Philosophe grec d’Ephèse du VI ième siècle avant JC et principale influence de Socrate, Héraclite ne nous a laissé que des fragments de ses écrits bien souvent parvenus jusqu’à nous au gré des interprétations d’auteurs ultérieurs que ce soient Diogène Laërce, Platon, Aristote, Plutarque, Sextus Empiricus ou les philosophes chrétiens Clément d’Alexandrie et Hippolyte de Rome.

Dans de pareilles conditions, le savoir dispensé par Héraclite est forcément rapporté, parcellaire et se résume essentiellement à quelques maximes célèbres, souvent énigmatiques mais restées dans l’histoire comme « Il est donné à tous les hommes de se connaitre eux même et se maitriser», « Tout passe, rien ne demeure », « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » ou « La route qui monte et qui descend est une, c’est la même».

On découvre tout de même que l’homme était un solitaire fier et volontiers blessant, sans doute désabusé par l’administration de la cité par les politiques, qui vécu une grande partie de sa vie en ermite et périt assez jeune de maladie.

La partie la plus intéressante de son œuvre demeure pour moi sa vision du monde établie sur un principe d’écoulement permanent à l’instar d’un fleuve, avec des cycles sans fin de génération et de destruction de matière organique ou inorganique.

Pour Héraclite, le feu est l’élément premier à partir duquel la matière nait et évolue dans ce cycle de flux continu, mais l’âme humaine n’échappe pas non plus au processus, puisqu’une fois la disparition de l’enveloppe corporelle, elle monte vers le ciel pour être régénérée dans une zone se situant entre la Terre et la Lune.

De manière plus étrange, Héraclite explique les comportements humains par les altérations physiques des âmes l’habitant.

Héraclite se repose sur le principe de contrariété (chaud-froid, clair-obscur, sec-humide, aigu-grave …) , qui permet de bâtir une compréhension de la plupart des phénomènes physiques.

Dans ce monde en mouvement perpétuel ou la perception de la réalité diffère selon les points de vue, les sens sont trompeurs et l’homme doit se fier à sa seule sagesse,  raison ou logos qui permet de se rapprocher du dieu, ordonnateur suprême de l’univers et créateur des lois communes des hommes.

Cette sagesse diffère de l’érudition que Héraclite critique abruptement, s’en prenant notamment à Pythagore.

Elle permet à l’homme de contrôler ses pulsions en se conformant aux lois communes humaines réputées inspirées par des dieux omniscients, omnipotents et présents partout dans la nature sans avoir recours à des représentations idiomatiques.

En conclusion, « Fragments » portent bien son nom et malgré la pertinence de certaines maximes particulièrement profondes, ne permet pas de bâtir un système philosophique extrêmement complexe.

On comprend que le savoir du maitre a été tronqué par l’éclatement, la disparité des sources et mais sans doute également distordu par la pensée forcément orientée des penseurs le répercutant pour servir leurs thèses.

Pourtant malgré ces balbutiements philosophiques, se dessinent quelques idées fortes comme la notion de mouvement et de cycles vie/mort permanents, la place dominante de la sagesse en liaison directe avec la soumission aux lois naturelles et divines, qui viennent contrebalancer des notions de physique pour le moins simplistes.

Pour toutes ses raisons, Héraclite n’est donc pas le philosophe dont la portée est la plus grande mais demeure intéressant à lire comme précurseur.

Commentaires