God hates us all (Slayer)

 



En pleine tourmente après le choc des attentats du 11 Septembre 2001, Slayer sort dans ce contexte si particulier son huitième album le très bien nommé « God hates all » avec comme sur le précédent ouvrage leur producteur fétiche Rick Rubin associé cette fois ci à Matt Hyde.

Je me souviens à l’époque être allé les voir à Bercy au festival « Tatoo the earth » et avoir été impressionné par leur courage puisqu’ils avaient été l’un des rares groupes américains à ne pas avoir annulé leur show, contrairement par exemple aux gros durs de Pantera que je ne verrai donc jamais de ma vie sur scène.

Dernier album avec le musculeux batteur Paul Bostaph qui fit mieux qu’assurer l’intérim au sein du groupe, « God hates all » débute avec une courte introduction instrumentale annonçant l’apocalypse à venir.

Celle ci arrive sous la forme de « Disciple » , excellent premier titre au refrain fédérateur martelé avec une rage inouïe.

Slayer nous promet la fin du monde dans le feu, le fer, le sang et la folie des hommes accrochés à leurs dangereuses religions et à ce moment la je suis prêt à les croire.

Véritable tornade d’énergie estampillée thrash-metal sans concession, « Disciple » dégageait une telle intensité que le groupe choisit de le jouer systématiquement pour débuter ses concerts et chauffer son public à blanc.

Après un tel départ en furie, « God send death » fait figure de transition avec un impact plus faible que son prédécesseur.

La monumentale gifle revient avec « New faith » assénée à une cadence infernale avec une force et une conviction implacables.

La religion est bien entendu toujours la cible désignée de nos thrashers fous.

Le coté hardcore métal de « Diabolus in Musica » semble ici  abandonné au profit d’un son plus conforme à un thrash-metal offensif et moderne.

La tension retombe brutalement sur « Cast down » qui patine abondamment dans son manque d’inspiration.

« Threshold » recèle quelques légères réminiscences hardcore avec son tempo saccadé et puissant qui disons le franchement ne fonctionne qu’à moitié.

Malgré leurs riffs acérés et les cris rageurs de Tom Araya, « Exile » et « Seven Faces » sont construits sur des structures trop bancale pour réellement marquer les esprits.

Le groupe émerge de ce marasme pour sortir « Bloodline » , mid tempo lancinant s’appuyant sur un refrain efficace pour traiter du thème du vampirisme autour du fantasme de l’immortalité.

Le clip, présentant les thrashers en costume cravates impeccables avant d’être progressivement souillés de sang était une belle réussite.

Atmosphère volontairement étrange et troublante sur « Deviance » traduisant en musique un fort sentiment de trouble et de souffrance psychique.

La grosse artillerie revient fort logiquement avec « Warzones », les guitares crépitent comme des à armes à feu, la batterie canarde comme une mitrailleuse tournant à plein régime et Araya se déchaîne sur ce titre fou, brutal, violent estampillé 200% Slayer.

Autre morceau régulièrement joué sur scène à l’époque, « Here comes the pain », choix d’ailleurs assez déroutant tant sa structure paraît assez décousue, manquant singulièrement de rythme avec ses refrains poussifs venant trop tardivement après la bataille.

Fidèle à la tradition, Slayer termine part « Payback » titre supersonique ou il fait parler la poudre sans vraiment surprendre malgré la terrible puissance dégagée.

En conclusion, malgré une entrée en matière culte et ultra alléchante, « God hates us all » s’avère sur la durée manquer singulièrement de fond pour tenir la distance.

On notera le retour à un son thrash plus épuré, très agressif et résolument tourné vers son époque mais cela ne suffit pas à produire un bon album.

A l’aube de ce nouveau millénaire, Slayer semble pareil à ces vieux boxeurs toujours sur les rings à plus de quarante ans, incapables de produire un effort constant mais toujours capables sur un ou deux coups assassins de faire mal et de faire basculer un match.

Je trouve que « God hates us all » très représentatif du niveau de Slayer sur ces dix dernières années, après la fin des années 90 peuplée d’errements artistiques (le son étrangement aseptisé de « Divine intervention », l’album keupon de « Undisputted Attitude » et le hardcore thrashy de « Diabolus in Musica » ) , le groupe présentant aujourd’hui le visage d’une formation désireuse de revenir à ses racines sans toutefois produire le même niveau de qualité qu’au temps de sa splendeur.

Il n’en reste pas moins que « God hates us all » contient ses quelques moments de gloire.

Commentaires