Le dernier des maitres (Philip K. Dick)

 



« Le dernier des maitres » regroupe une dizaine de nouvelles de Philip K. Dick, parues entre 1952 et 1967.

Immédiatement le malaise s'installe par « La révolte des jouets » montrant une tentative de conquête du monde par des petits soldats de plombs en infiltrant les maisons par le biais des enfants, avant que les envahisseurs ne comprennent, trop tard que d'autres jouets moins belliqueux ont pris la défense des humains.

Plus ambitieuse, la nouvelle éponyme décrit un monde futuriste ou les gouvernements ont été renversés par de puissants mouvements révolutionnaires, dans lequel un petit groupe est parvenue à recréer en secret un morceau de civilisation par l'intermédiaire du dernier « sachant » un robot dénommé Bors.

Rongée par l'usure temps, la machine qui s’apprête a rendre l’âme en emportant avec elle ses secrets, est anéantie par un commando révolutionnaire qui précipite la fin réelle de la civilisation.

Dans « Les assiégés », Dick nous plonge avec un délice dans une atmosphère de paranoïa pure dans laquelle une poignée de survivants est victime de raids de la part de « terriens » sournois.

La découverte de bandes magnétiques dans un vaisseau extra-terrestre enfoui dans la vase provoque une violente dissension au sein du groupe, qui ne sait pas si les actes existent réellement ou s'ils sont le fruit de leurs délires paranoïaques comme le laisse supposer leur origine de malades psychiatriques en transit.

Les agents « infiltrés » sont détectés et éliminés, même si Tate, leur dernier survivant isolé et blessé dans les marais, nous permet de comprendre qu'ils ont tous été l'objet d'une manipulation.

Tout aussi cruel, « L'homme sacrifié » met cette fois l'homme au centre d'une bataille immémoriales entre le monde des insectes gouvernés par les implacable fourmis et celui des araignées, qui se sont rangées du coté des hommes afin de faire barrage avec les oiseaux et les batraciens à cette terrible menace.

Le Guerre froide comme aiguillon de la consommation et de la peur est l'objet de la violente charge de « Foster, vous etes mort ! » dans laquelle un père de famille réfractaire se voit contraint par la pression de son fils, de se faire construire un abri atomique privé et d'aider au financement des programmes militaires américains pour faire face à la menace d'une attaque soviétique.

Superbe dans un registre polar/SF, « La machination » met Beam un enquêteur privé aux prises avec une machine métamorphe ayant éliminé « sans traces apparentes », un magnat de l'industrie, Heimi Rosenburg.

Grace à la tenacité de Beam, le commanditaire Tirol est condamné a être exilé sur un autre monde périphérique auquel il tente de se soustraire, tandis que l'homme faussement accusé, un rival industriel nommé Lantano fait des offres alléchantes au policier.

Moins réussi, « Le retour du refoulé » joue trop systématiquement sur le registre réalité/fiction de Cab Myers un homme de la planète Ganymède condamné à un traitement à vie pour avoir, peut-être assassiné une femme ayant dénoncé son projet de révolte contre la planète Terre.

Dans « Les défenseurs », Dick prend le contre-pied des poncifs habituels en présentant les robots plus sage que les hommes œuvrant pour la paix et le progrès après qu'une guerre nucléaire USA-URSS ait rendu la Terre inhabitable, ce qui est un thème similaire à « Planète pour hôtes de passages » dans un registre plus doux.

On termine par « Les rampeurs » angoissante fable ou d'horribles créatures mutantes pourraient prendre le dessus sur l'Humanité et « Match retour » passionnant piège dans lequel un flipper doté d'Intelligence Artificielle devient le piège mortel d'un policier ayant fait fuir ses maitres, une race d'extra-terrestre ayant fait fortune dans les casinos.

En conclusion, « Le dernier des maitres » regroupe la quintessence du génie de Dick. Dans ces nouvelles hantées majoritairement par la Guerre froide et le spectre de l’anéantissement à la suite d'une catastrophe nucléaire, Dick déploie toute son imagination en imaginant le futur de l'Homme, et de manière moins sombre que prévue parfois.

L'horreur, la folie, la paranoïa constituent certes les ingrédients de base utilisés par le Maitre pour nous faire réfléchir, rêver et frémir, mais pour aboutir vers un monde ou nos successeurs qu'il soient des mutants, des robots ou des extra-terrestres se montreraient plus raisonnables que nous.

Un must absolu donc à conseiller à tous les amateurs de SF, genre transcendé par Dick !

Commentaires

  1. A présent, la surface était un mortel désert de scories et de nuages mouvants qui, innombrables, masquaient le soleil rouge. De temps en temps, un objet métallique se déplaçait dans les ruines d'une cité, se frayant un chemin sur le sol dévasté de la campagne. Un Plombé, un robot de surface insensible aux radiations, assemblé dans la hâte fébrile des derniers mois avant la conflagration. Rampant sur le sol, traversant les océans ou le ciel dans leurs engins aérodynamiques noircis, ces créatures qui pouvaient demeurer la ou nulle vie n'aurait pu subsister, ces êtres de plastique et de métal menaient une guerre conçue par l'homme mais à laquelle il ne pouvait lui-meme participer. Les êtres humains avaient inventé la guerre, mis au point et fabriqué des armes, et même crée des combattants, les acteurs de la guerre. Mais ils ne pouvaient eux-mêmes s'aventurer au dehors, livrer bataille en personne. Dans le monde entier-en Russie, en Europe, en Amérique et en Afrique...plus un seul être humain. Tous étaient sous la surface, dans des abris profonds soigneusement conçus et bâtis après les premières bombes.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire