Gilgamesh, la quête de l'immortalité (Stephen Mitchell)

 




En cette époque triste ou les forces obscures attaquent des musées pour détruire la culture babylonienne, j’ai ressenti le profond désir de lire « Gilgamesh, la quête de l’immortalité » du poète et traducteur américain Stephen Mitchell.

Ecrit aux alentours de -1700/ 1600 av JC, « Gilgamesh » ne fut découvert que bien plus tardivement au XIX ième siècle par un voyageur anglais Austen Henry Layard qui envoya sa découverte au British muséum pour être traduit par George Smith en 1872.

Pour honorer ce texte mythique mais court et forcément tronqué par le poids des ans et les multiples versions, Mitchell propose une réécriture de certains passages et surtout une explication pas à pas du cheminement du roi sumérien.

On y découvre que Gilgamesh, redoutable guerrier aux deux tiers divin à la stature colossale, fut le roi de la prospère cité d’Uruk aussi admiré que détesté par sa politique injuste, égoïste et parfois brutale.

Pour le mettre à l’épreuve, le dieux Anu et Aruru créent Enkidu son double à l’état de sauvage primitif.

Averti par un trappeur de l’existence de cette créature effrayante, Gilgamesh lui envoie d’abord Shamhat, une prêtresse experte en l’art de la sexualité, qui se charge de son initiation sexuelle afin sans doute d’adoucir son tempérament potentiellement dangereux.

Cette expérience quasi mystique d’une semaine entière ne calme pas les ardeurs d’Enkidu qui doit se mesurer physiquement Gilgamesh pour éprouver sa force et ainsi le respecter en égal sinon supérieur.

Devenus amis comme des frères sinon davantage comme le suggère Mitchell, Gilgamesh et Enkidu se rendent dans une foret de cèdres affronter un monstre terrifiant, Humbaba dont le cri paralyse de frayeur les hommes qui se font ensuite dévorer pour avoir oser s’aventurer sur le territoire dont le dieu Enlil lui a donné la garde.

Surmontant leur peur par leur désir d’immortalité, les deux guerriers se soutiennent pour pénétrer dans la dangereuse foret et reçoivent l’aide de Shamash qui immobilise le monstre afin qu’ils puissent le tuer.

Soutenu par Enkidu, Gilgamesh reste sourd aux supplications d’Humbaba, préférant accéder au statut de héros.

De retour à Uruk, il est néanmoins menacé par l’ombrageuse Ishtar qui n’accepte qu’il se refuse à ses avances et déchaine sur lui un immense taureau céleste.

Gilgamesh, une nouvelle fois soutenu par son ami parvient à tuer le monstre, cette fois sans l’aide des dieux.

Malheureusement cette joie est de courte durée puisque Enkidu décède subitement, terrassé par une mystérieuse et foudroyante maladie.

Gilgamesh est brisé par le chagrin, révélant un attachement presque amoureux pour son double et après de nombreuses interrogations philosophique sur le sens de l’existence, décide d’aller trouver le sage Utnapishtim, seul homme réputé immortel.

Le voyage initiatique est digne d’une épopée, avec des épreuves surnaturelles, comme la traversé d’un tunnel obscure pendant une douzaine d’heures, la rencontre avec des hommes scorpions, des hommes de pierre, une longue navigation sur un fleuve mortel guidé par le passeur Urshanabi pour atteindre le jardin du paradis des dieux ou vit Utnapishtim.

Stupéfait par la réussite de Gilgamesh, du reste au deux tiers divin, Utnapishtim consent à lui raconter son histoire ou roi de Shuruppak, il survécut au Déluge en embarquant hommes et animaux et put ainsi bénéficier de la clémence des dieux pour accéder à l’immortalité.

Pour rendre Gilgamesh immortel, Utnapishtim le met à l’épreuve en lui interdisant de dormir pendant sept jours et sept nuits mais le roi guerrier, épuisé par ses efforts surhumains, s’endort rapidement, échouant lamentablement.

Utnapishtim le renvoie donc mais lui offre tout de même en guise de compensation une plante sensée le faire rajeunir, plante que l’étourdi roi se fait dérober par un serpent vicieux en se baignant dans une rivière.

Gilgamesh n’en revient pas moins grandi à Uruk, grandi par les épreuves et par l’acceptation de sa propre mortalité.

Devenu plus mur, il administre avec plus de sagesse et bienveillance sa cité.

En conclusion, plus que par l’instructif mais laborieux travail d’exégèse, « Gilgamesh, la quête de l’immortalité » révèle par la passion et le talent de conteur de Mitchell, toute la beauté et la puissance de ce texte majeur dans l’histoire de l’humanité, sorte d’Odyssée d’Homère avant l’heure.

Action, liberté, érotisme et sens du merveilleux viennent habiller la réelle teneur du récit qui se veut une puissante réflexion philosophique sur la brièveté de l’existence, la vaine quête d’immortalité, de la gloire et de l’orgueil, avant d’acquérir par un certain nombre d’épreuves (voyages, combats) se soldant par des échecs ou des pertes, la sagesse nécessaire pour mener sa vie.

Véritable chef d’œuvre intemporel, « Gilgamesh, la quête de l’immortalité » est aussi une œuvre troublante, ayant sans doute inspiré la légende d’Hercule et certains passages bibliques, par notamment le récit du Déluge.

A lire et à conserver donc dans toutes les bibliothèques d’hommes de gout, tout en inclinant à penser qu’avant de devenir une terre de guerre et d’horreur, l’Irak fut un des berceaux de l’humanité par les civilisations sumériennes puis akkadiennes et babyloniennes.

Commentaires