Pensées (Blaise Pascal)

 



Blaise Pascal est un tel génie scientifique qu’on est toujours impressionné au moment d’entamer la lecture de ses célébrissimes « Pensées ».

Les « Pensées » permettent de connaître l’autre versant du physicien et mathématicien précoce aux théories révolutionnaires, celui du philosophe et fervent chrétien.

Véritable machine de guerre philosophique, le livre développe tout d’abord un puissant argumentaire destiné à convaincre les athées et les philosophes païens de la nécessité de croire en l’existence d’un dieu.

Après avoir critiqué les athées qui ne cherchent rien et sont donc les plus misérables des hommes, Pascal s’en prend aux philosophes qui eux cherchent mais dans la mauvaise direction des vertus enfouies en eux.

A cela, il oppose les coutumes des peuples qui l’emportent sur leur sagesse et la force qui prévaut sur la justice.

Ce raisonnement aboutit au fameux épisode du pari, ou il démontre par une approche probabiliste que l’homme a tout à gagner à croire à l’existence de Dieu car si finalement il n’existe pas il ne perdra rien mais par contre que si il ne croit pas et que Dieu existe il perdra tout.

L’autre grande idées des « Pensées » est la démonstration de la supériorité de la religion chrétienne sur les idées des philosophes qu’ils soient antiques et issus du courant Sceptique de Pyrrhon ou plus contemporains comme Descartes ou Montaigne mais également sur toutes les autres religions.

Pour Pascal, la supériorité de la religion chrétienne réside dans le fait d’abaisser l’orgueil de l’homme savant et d’élever par la grâce l’homme concupiscent.

Les philosophes ont centré le bonheur sur une quête intérieure destinée à élever l’homme aussi haut qu’un dieu ce que réfute Pascal, pour qui un homme ne pourra jamais totalement se détacher de ses passions corporelles l’amenant à la concupiscence.

Les athées vivent dans l’obscurité et la folie de leurs passions corporelles.

Seule la grâce divine accordée par Dieu est susceptible de les détacher de leurs péchés.

Pascal pense qu’on ne peut croire qu’avec son cœur et que cette croyance religieuse est si forte qu’elle seule permettra l’atteinte de la véritable sagesse d’origine divine qui supplantera le pouvoir de l’esprit des philosophes et celui du corps des athées.

Mais si la foi ne s’explique pas totalement par l’esprit, il concède tout de même le besoin d’un peu de raison pour consolider l’impulsion première donnée par le cœur.

C’est finalement la dernière grande partie de l’œuvre avec la démonstration de la réalité irréfutable du Christianisme.

Comme Dieu est par essence inaccessible à la raison de l’homme, il a envoyé un messie, Jésus Christ à la fois homme et dieu pour servir de vecteur de la parole divine aux hommes.

Le Christianisme a par ses écritures fait des prophéties qui se sont réalisées par la suite.

Des miracles ont également eu lieu afin d’expliquer la parole des Ecritures.

Ces miracles ont été authentifiés par des témoignages même d’opposants.

Par ces faits qu’il estime inattaquables, Pascal établit la réalité de la religion chrétienne et sa supériorité sur le Judaïsme et l’Islamisme.

A contrario, Mahomet n’a rien prédit et n’a réalisé aucun miracle.

Le cas des Juifs est plus longuement discuté, car si Pascal reconnaît la légitimité du plus ancien des peuples détenteur de l’ancien testament, il les accuse de ne pas avoir reconnu le Christ lors de son apparition et de l’avoir assassiné, scellant ainsi pour l’éternité leur malheur.

En conclusion, les « Pensées » de Pascal est un livre globalement ardu si on ne dispose de solides connaissances du nouveau et de l’ancien testament.

Une absence de connaissances de la doctrine janséniste peut également gêner la compréhension de certains passages très influencés par cette vision de la religion chrétienne,

Dans ces conditions, bien que n’ayant pas été convaincu par les preuves apportées par Pascal, j’ai surtout apprécié la première partie des  « Pensées » ou il construit patiemment un puissant argumentaire philosophique rendant sa position quasi inattaquable, l’argument de dire que Dieu ne se montre qu’à ceux qui le cherchent et se cachant aux autres étant particulièrement redoutable.

J’ai bien entendu été choqué de la dureté de traitement réservé aux philosophes, Montaigne  étant par exemple qualifié de vain et d'inutile.

J’ai été surpris de l’engagement religieux si poussé d’un philosophe et surtout d’un des plus grands scientifiques de tous les temps.

Mais ne dit on pas que beaucoup de science rapproche de Dieu ?

Plus prosaïquement, on peut penser que la grave maladie de Pascal et l’accident qu’il subit ou il frôla la mort ont sans doute été des événements déterminant dans l’avènement de cette foi indéracinable.

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