Globalia (Jean-Christophe Rufin)

J’ai déjà lu et assez peu gouté les écrits de Jean-Christophe Rufin, aussi est-ce avec une certaine suspicion que j’ai abordé « Globalia ».

Sorti en 2004, « Globalia » est un roman d’anticipation/science fiction racontant dans un futur indéterminé l’évolution de la planète Terre pour former un ensemble unique appelé Globalia, ou les humains vivent dans une communauté fermée protégée du monde extérieur par de gigantesques dômes transparents régulant la température interne.

Sous des dehors de régime démocratique prospère et sur, Globalia opère un contrôle étroit des individus, obérant leurs capacités de réflexions propres en les orientant dans le culte de l’éternelle jeunesse et dans une multitude d’activités futiles comme le sport, les loisirs ou des célébrations quotidiennes en tout genre.

Baïkal, un jeune homme intelligent mais en rébellion patente contre Globalia est sélectionné par Ron Atlman, le dirigeant officieux du système, pour être favorisé dans sa quête d’évasion même si son amie Kate est judicieusement conservée à l’intérieur comme garantie.

Il peut ainsi échapper aux patrouilles de sécurité et rejoindre les non zones, parties de la Terre non contrôlées par Globalia.

Évoluant en Amérique du sud, Baïkal fait la connaissance de Fraiseur, issu d'une lignée d'anciens ouvriers mécaniciens formant l’une des tribus de la non zone.

A son contact, il apprend à se débrouiller dans un environnement sauvage ou règne la loi du plus fort entre bandes rivales et ou les raids militaires meurtiers des forces Globaliennes font régulièrement de lourds dégats.

Au sein de Globalia, le journaliste Puig Pujols est licencié par son patron pour avoir eu l’audace de remettre en cause la version gouvernementale concernant les auteurs d’un attentat meurtrier.

On découvre à ce propos une autre facette de Globalia qui consiste à contrôler étroitement la presse afin de manipuler les masses en créant de toutes pièces des ennemis.

C’est Baïkal qui est choisi comme bouc émissaire et responsable de l’attentat mais Puig révolté contre ces procédés parvient à intercepter un courrier de Kate, désireuse de revoir son amant et à peu à peu gagner sa confiance.

Puig est également en contact avec l’association Walden, qui se livre à l’activité forcément douteuse de fournir à ses adhérents des livres papiers alors que le format électronique soigneusement filtré à possession du domaine.

Par ce biais, il trouve de précieuses informations sur la géographie et surtout l’Histoire précédant la version artificiellement crée par Globalia.

Un beau jour, ulcéré par les manipulations de Globalia, Puig et Kate décident eux aussi de partir pour rejoindre Baïkal dans les non zones.

Si le but de Puig est de porter des documents précieux aux forces rebelles en leur montrant les principales faiblesses de Globalia, celui de Kate est plus axé sur les retrouvailles avec son ami.

Leur évasion semble dans un premier temps facilitée par les groupes mafieux effectuant le filtrage entre les non zones et Globalia, mais le couple se retrouve prisonnier de Tertullien, l’un des plus puissants chefs en réalité à la solde des militaires de Globalia dirigés par le général Sisoes, lui-même aux ordres de Altman.

De son coté, Baïkal fait la connaissance de la tribu des Déchus, principal groupe dissident de Globalia et jouant sur sa réputation (factice) de grand terroriste, prend naturellement l’ascendant sur des rebelles jusqu’alors incapables de s’unir pour mener une attaque de front afin de libérer sa chère et tendre.

Aidé de Fraiseur et de Howard, frère de Helen, la principale chef Déchue, Baïkal prend d’assaut le repère Tertullien et peut ainsi récupérer sa bien aimée.

Fraiseur est malheureusement tué dans l’assaut par le traitre Howard, et Tertullien, parvient à s’échapper et à prévenir ses maitres d’une attaque d’envergure contre Globalia.

Le plan de Altman se dévoile enfin, manipuler Baïkal, Kate et même Puig afin de se servir d’eux comme appât pour forcer les adversaires intérieurs de Globalia à se démasquer.

Au cours d’une réunion au sommet entre les industriels dirigeants le pays, Altman, parvient à mettre en évidence la trahison de Paul Wise, héritier de la plus grande entreprise de fabrication d’armes de Globalia, mais en réalité profondément opposé à ses principes directeurs.

L’association Walden, pilotée par Wise, est démantelée et les activités illicites de l’homme d’affaires neutralisées.

Au final, Baïkal qui a retrouvé Kate, décide de quitter son rôle improvisé de chef de clan, de rester dans les non zones afin de vivre de manière sauvage loin du monde aseptisé etsur- contrôlé de Globalia.

En conclusion, « Globalia » est plutôt une agréable surprise et permet à Rufin de démontrer des qualités insoupçonnées dans un registre ou je ne l’attendais guère.

Le propos est une critique à peine voilée contre la tentative de modelage du monde par les Etats-Unis ou plus généralement par une fausse démocratie dirigée en réalité par des lobbys industriels/financiers plus puissants que les hommes politiques et la presse, réduits de fait à de simples marionnettes.

Rufin décrit donc un monde certes confortable mais factice ou le citoyen est conditionné pour ne pas réfléchir et continuer à servir les intérêts souvent économiques des véritables dirigeants.

Hors de ce monde, survivent des peuples revenus à l’état semi sauvage et communément désignés par Globalia comme des terroristes au motif qu’ils ont refusé de partager leurs valeurs.

Mais Rufin choisit de ne pas aller jusqu’au bout du conflit et laisse son roman dans un état de status quo, chacun restant de part et d’autre des murailles délimitant son territoire.

On pourra sans doute regretter ce manque d’engagement terminal, hausser les épaules devant le manque d’intérêt de la morne relation amoureuse entre les personnages principaux, mais plus logiquement louer les qualités d’écriture et le parti assez audacieux de l’auteur, qui réussit pour le coup à tenir en haleine sur toute la durée d’un roman ambitieux et remarquablement écrit.

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