Bonjour tristesse (Françoise Sagan)

 



« Bonjour tristesse » est sans doute l’un des romans les plus connus de la littérature française mais je n’avais jamais rien lu de Françoise Sagan, peut être un peu rebuté par l’image que je voyais d’elle à la télévision, c’est à dire celle d’une femme sans doute toxicomane parlant à toute vitesse en avalant la moitié des mots.

« Bonjour tristesse » raconte l’été de Cécile, jeune fille de 17 ans en vacance avec son père Raymond, sa maîtresse Elsa et Anne une amie de sa mère décédée.

L’action se passe dans une villa du Sud de la France, près de Cannes.

Cécile qui a raté son bac, et qui doit réviser pour l’obtenir en Septembre n’a pas le cœur aux études, elles préfère vivre ses premiers émois amoureux avec Cyril, un beau jeune homme pratiquant la voile.

Cécile ayant été placé 10 ans en pensionnat à la mort de sa mère, a développé une relation fusionnelle aussi intense que trouble avec son père.

Celui ci est un homme léger, jouisseur, volage, courant de conquête féminine en conquête féminine.

Il s’entoure souvent de femmes belles mais frivoles et fait souvent partager à Cécile ses éphémères relations.

Elsa appartient à ce type de conquête temporaire, très belle et plus jeune que Raymond, elle fait quelque peu office de pion dans le roman.

L’arrivée d’Anne vient pourtant bouleverser l’équilibre dans la villa.

Anne sort du lot de leurs fréquentations habituelles, elle a le même age que Raymond, elle est intelligente, sensible, cultivée.

Rapidement elle s’impose dans le petit ménage a trois, sépare Raymond d’Elsa et annonce un beau jour à Cécile qu’elle et son père vont se marier.

Pour l’adolescente, cette nouvelle est un vrai traumatisme.

Elle perçoit Anne comme une menace qui va les changer, elle et son père.

Cécile ne veut pas d’une vie sage, intelligente à l’image d’Anne.

Elle va donc instaurer un jeu de manipulation diabolique pour se débarrasser de cette menace.

Cécile va manipuler Cyril et Elsa pour arriver à ses fins, jouant sur l’amour du premier pour elle et sur la vanité blessée de la seconde de l’autre.

Le remord la travaille parfois car en réalité Anne la fascine .. elle ne la hait pas personnellement mais ne supporte pas ce qu’elle représente et qu’elle interfère entre elle et son père.

Au fur et à mesure qu’Anne prend le pouvoir dans la villa, s’imposant à son père et à elle comme une future mère lui dictant quoi faire, la détermination de Cécile croit.

Finalement Cécile arrive à ses fins et le roman se termine par un drame qu’elle n’avait même pas envisagé.

La vie reprend son cours, le souvenir d’Anne s’estompe lentement, l’appétit naturel de vie de Raymond reprend le dessus, Cécile construit une vie de jeune femme à Paris.

L’année suivante, le couple père-fille retourneront en toute insouciance sur la Cote d’Azur mais en louant une autre villa.

« Bonjour tristesse » fit en son temps (1954 !) scandale.

Les sentiments en effet de cette jeune adolescente ne sont pas nobles et l’absence de morale a pu choquer mais cela serait nier la puissance, le caractère exclusif d’une relation que peut développer une jeune fille privée de mère avec son propre père mais aussi les quelques tourments intérieurs vécus par Cécile à l'origine d'ailleurs du titre.

De plus en réalité ces comportements de manipulations sont relativement courants chez les êtres humains même si ils ne sont pas souvent mis en lumière car jugés comme condamnables au sens moral du terme.

Je crois aussi que ce qui a pu choquer est qu’une adolescente certes supérieurement intelligente parvienne à manipuler quatre adultes ce qui est il faut le noter assez exceptionnel.

Ce livre m’a aussi fait penser par son climat au film « L’année des méduses », même climat estival, même oisiveté et superficialité ensoleillées, même jeu infernal autour d’une adolescente tirant les ficelles d’adultes manipulés comme des marionnettes.

« Bonjour tristesse » est donc pour moi surtout un excellent roman  doté d’une incroyable finesse psychologique et d’une remarquable analyse des comportements humains dans ce qu’ils peuvent avoir de plus troubles.

Chapeau bas, Madame Sagan.

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