Chambres pour personnes seules (Jean- Manuel Servin)

 



« Chambres pour personnes seules » est un roman d’un auteur mexicain du nom de Jean-Manuel Servin.

Autodidacte, Servin a apparemment très tôt quitté le Mexique pour mener une vie de bohème en Europe et aux États-Unis.

En réalité ce court roman est un condensé de rage et de désespoir.

L’histoire raconte la vie d’Eden Sandoval homme seul à la dérive perdu dans des hôtels miteux de ce qu’il appelle les vecindades, ces quartiers misérables ou s’entassent les pauvres dans les grandes villes mexicaines, ou règnent la débrouille et une grande violence.

Eden est pourtant différent des autres car il a plus de recul et un regard plus lucide sur sa condition présente.

Il est aussi très fier et pour tromper son ennui, sa rage et son désespoir, il décide sur une impulsion d’affronter un monstrueux pitbull dans un combat clandestin.

Eden parvint à tuer l’animal mais est assommé en traître par le maître du chien.

Il bascule alors dans l’inconscience et passe par une phase végétative à son hôtel, partagée entre sa logeuse, une vieille femme âpre au gain, Felisa mère de famille célibataire plus ou moins sans ressource et un vague désir de vengeance contre son agresseur.

Ce passage est pour moi le plus intéressant du roman puisque Servin y parle abondamment  de son enfance, de son dégoût pour l’école, de son passé d’errance, de petits boulots en petits boulots, de ses loisirs entre boxe et cinéma mais également de son père décédé, cet homme brutal et volage dont il parle avec une colère froide.

Eden couche avec Felisa, tout deux unissent brièvement leurs corps sans avenir pour oublier par la magie du sexe l’espace de quelques instants leurs problèmes respectifs.

Puis Eden décide aussi subitement de passer à l’action et de traquer l’homme au chien pour assouvir sa vengeance.

« Chambres pour personnes seules » est un livre au style rugueux, magnifique, puissamment évocateur aussi bien lors des horribles combats clandestins de chiens que lors de la torride scène d’amour avec Felisa.

Servin dépeint avec merveille, le monde de la rue au Mexique, un monde chaotique et violent, ou les policiers sont aussi corrompus que brutaux et ou les gens se débattent plus qu’ils ne vivent.

J’ai aimé la lucidité et le courage de l’auteur, sa volonté de rester digne et de ne pas sombrer dans l’auto apitoiement souvent facile et stérile.

« Chambres pour personnes seules »  contient le terrible accent du vécu de la rue et un fort parfum d’authenticité qui ne peut que toucher un lecteur friand de style radical.

Je pense que lorsqu’on a plus rien à perdre on peut réaliser de véritables prouesses.

Ce livre en est une à mes yeux.

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