Au fil du rail (Ted Conover)


Besoin de me changer les idées avec « Au fil du rail » docu-roman du journaliste Ted Conover.
Publié en 1984, « Au fil du rail » raconte en 1980 l’expérience immersive de l’auteur, alors étudiant d’une grande Université du Massachussetts, parmi les hobos, ces vagabonds voyageant sans attache en resquillant sur l’immense réseau de chemin de fer du fret américain.
Partant de Saint-Louis, Conover se lance, non sans difficulté, dans cette expérience.
Il découvre la liberté mais aussi la peur de tomber ou d‘être happé par un train, un sentiment quasi permanent d’insécurité face à aux policiers du rail, appelés « les bouledogues » mais surtout les autres hobos parmi lesquels un mystérieux code semble s’appliquer.
Au fil de ses voyages, C

onover fait de rencontres et découvre les êtres humains derrière les faces de clochards : Lonny, Buddy, Sam, Thomas, Pete, BB, Bill, Forrest…sont des temporaires compagnons qui l’initient aux règles élémentaires de la survie en calquant son itinéraire sur les villes parmi lesquelles les églises ou les centres sociaux sont les plus généreux en distribuant repas chauds et lits pour la nuit contre menu travail.
Conover vit dans des « jungles » ses camps de fortune ou bidonvilles dans les lesquels les hobos se regroupent pour survivre.
Parmi ces êtres aux destins chahutés mais ayant souvent choisi de larguer leur vie « normale » pour vivre sans contrainte en marginaux, la violence peut surgir à tout moment dans d’explosives bagarres à coups de pierres ou de couteaux.
Conover découvre avec délice ses capacités de débrouille, apprend à fouiller dans les bennes à ordures, à se cacher dans les centres de triages et à dormir d’un œil.
Il sympathise même avec des clandestins mexicains, hais des hobos car ils sont étrangers et cassent les prix en acceptant de faire des travaux éreintants pour des salaires de misère.
Plusieurs fois il refuse d’appeler ses parents pour le tirer de situations difficiles comme lorsqu’il est emprisonné pour avoir tenu tête à un flic irascible.
Lorsqu’il croise certaines de ses anciennes connaissances, celles-ci ne le reconnaissent pas ou ne comprennent simplement pas le sens de sa démarche.
Après un an de voyages dans le Sud puis l’Ouest des Etats-Unis, Conover revient finalement dans le Colorado, là ou vivent ses parents et couche sur le papier ses carnets de voyages.
En conclusion, « Sur le rail » est un documentaire passionnant, empli de finesse et d’humanité, montrant le quotidien d’une catégorie de personnes qu’on appellerait aujourd’hui les SDF.
Dépassant le cadre des a priori et jugements à l'emporte pièce, Conover s’immerge dans le monde précaire et dangereux des hobos, qui payent cher leur liberté en subissant les vexations de tous les marginaux que la société méprise.
Par l’intelligence de son récit à la portée sociale fantastique, il parvient à rendre proche au lecteur ces gens dont on préfère éviter le regard par peur de l’image de déchéance (la notre sans doute) qu’ils nous renvoient..


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