De Niro's game (Rawi Hage)

 



 Littérature orientale avec « De Niro’s game » premier roman du libanais Rawi Hage publié en 2006

« De Niro’s game » se situe dans les années 80  à Beyrouth en pleine guerre civile entre milices chrétiennes et arabes.

Deux amis d’enfance chrétiens, Georges surnommé De Niro et Bassam, survivent comme ils peuvent en pratiquant le vol en plus de leurs activités respectives de gérant de casino et d’operateur portuaire.

Les deux semi voyous vivent dans l’enfer des bombardements qui ont emporté le père de Bassam mais rêvent malgré tout d’un avenir meilleur.

Ils ont alors l’idée de détourner une partie de l’argent des machines à sous dont s’occupe Georges à leur profit personnel, au risque de s’aliéner le redoutable Abou Nahra chef de la milice chrétienne qui perçoit des prélèvements sur les recettes du casino.

Des deux hommes, Bassam semble avoir le plan le plus abouti, quitter avec sa petite copine Rana le Liban pour fuir vers l’Europe et en particulier la ville de Rome qui le fascine.

Quand à Georges, fils d’un français l’ayant abandonné à sa naissance, il apparait plus instable que son ami.

Pour arriver à ses fins, le duo n’hésite pas à éliminer le milicien Khalil qui les faisaient chanter en échange de sa part du butin.

La mort de la mère de Bassam accélère son désir de fuite mais il apprend que Georges a fini par rejoindre la milice d’Abou Nahra pour combattre les musulmans.

Au contact des soldats, Georges change, il s’endurcit, consomme de la cocaïne et part subir un entrainement militaire poussé en Israël qui soutient les chrétiens par opposition aux Palestiniens pro-musulmans.

Mais malgré son nouvel engagement, il continue de fermer les yeux sur le trafic de son ami qui ne tarde pas à avoir pourtant des problèmes avec Najib le propre cousin de Georges qui le fait également chanter pour le casino.

La tension monte et Bassam se trouve embringué dans une succession de situations périlleuses entre trafic de whisky, menaces de Najib puis plus grave encore le meurtre d’un vieil homme nommé Laurent, propriétaire de diamants ramenés d’Afrique.

Avide de richesses, Abou-Nahra fait torturer Bassam par son homme de main surnommé Rambo dans l’espoir de lui faire dire ou il a caché les diamants.

Innocent, Bassam ne doit la vie sauve qu’à l’intervention de Nabila la tante de Georges qui profite de son influence d’ex maitresse d’Abou-Nahra pour le faire relâcher en piteux état.

Les Israéliens envahissent le Sud Liban, provoquant le repli des forces arabes.

Les milices chrétiennes se déchainent et commettent d’horribles massacres en toute impunité dont ceux tristement célèbres de Sabra et Chatila.

Acculé au désespoir après la perte de Rana promise à un autre, Bassam rassemble ses dernières forces, dévalise le casino pour obtenir l’argent nécessaire afin d’embarquer illégalement dans un bateau pour la France.

Avant de partir il exécute son ex bourreau Rambo et bénéficie de la clémence de Georges qui le laisse partir au nom de leur vieille amitié malgré des directives d’Abou-Nahra.

La dernière partie du roman narre la vie de Bassam à Paris chez Rhéa la  demi sœur de George élevée en France, qui ignorant tout des activités de son frère devient l’amante de Bassam.

Outre la découverte assez froidement racontée d’un Paris jusque la simplement imaginé, les fils de l’intrigue se nouent alors de manière complexe, révélant que Georges est un agent double du Mossad contrôlé par Roland, un ex ami de son père.

Bassam échappe de justesse à un piège qui devait se refermer sur lui à l’aéroport ou il devait embarquer pour refaire légalement sa vie au Canada à l’aide de faux papiers, parvient à échapper à la surveillance de Roland désireux de l’interroger et finit par révéler à Rhéa toutes les atrocités commises par son frère dans les milices chrétiennes.

Le roman se termine sur la terrible révélation de la mort de celui-ci après avoir imité l’acteur Robert de Niro dans un dangereux jeu de roulette russe dans la voiture avec Bassam.

En conclusion, compte tenu de son sujet « De Niro’s game » est un roman dur, âpre et violent, une histoire d’amitié fragile corrompue à jamais par les circonstances.

Les héros ne sont pas des anges mais des jeunes chiens sauvages maigres et durs, habitués à l’usage des armes et de la violence par des années d’une guerre civile abjecte.

Hage révèle toute l’horreur de la vie à Beyrouth avec les pénuries, les peurs des bombes et le règne des milices toutes puissantes composées de brutes complètement droguées et désinhibées.

Si la fin du roman installe un climat relativement plus apaisant dans le cadre rassurant d‘un Paris plus familier, on est surtout frappé par l’incroyable dureté de la première partie, avec pour seul moment doux les quelques étreintes entre Bassam et Rana.

Le style de Hage n’est ni très élaboré, ni très raffiné, ses tentatives de métaphores tombent souvent à plat et on ressort traumatisé de la lecture de ce livre, écœuré par tout ce que l’homme peut dans ses pires moments peut être amené à devenir.

Mais pour ce coté édifiant sur une guerre assez méconnue en France mais terriblement longue et meurtrière, « De Niro’s game » mérite d’être lu.

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