Neige de printemps (Yukio Mishima)


Écrite sur six ans entre 1964 et 1970, la tétralogie de « La mer de la fertilité » est la dernière grande œuvre de Yukio Mishima avant son suicide par seppuku en 1970.

Dans ce premier volet « La mer de la fertilité, neige de printemps », Mishima décrit dans le japon du débit du siècle peu après la guerre russo-japonaise de 1905, une complexe et tortueuse histoire d’amour entre aristocrates avec Kiyoaki Mastugae, un jeune homme d’une beauté stupéfiante fils d’un marquis et Satoko Ayakura, une jeune et belle fille d’un comte.

Le personnage central de cette intrigue est assurément Kiyoaki qui très fier de son ascendance samouraï et à contre courant des idées de son époque qu’il juge décadentes car à l’image de son père trop occidentalisées, se veut en apparence insensible à tout forme de sentiment.

Cette dureté le pousse à une conduite difficile à l’égard de Iinuma, son précepteur, dont il met un malin plaisir à ébranler la conduite en apparence pure et religieuse en mettant à nue sa liaison avec une servante de la maison.

Le scandale qui manque de rejaillir sur la maison Mastugae pousse le marquis a se séparer du jeune homme qui rejoint un journal nationaliste.

Malgré cette façade imperturbable et le prétendu contrôle de ces nerfs, Kiyoaki est pourtant sensible à son corps défendant à l’attraction qu’exerce sur lui Satoko qui s’amuse à le perturber en soufflant le chaud et le froid dans leur relation bâtie depuis leur plus tendre enfance puisque les deux familles ont toujours été historiquement très proches.

L’affrontement d’égo est tel que Kiyoaki par sa froideur et sa fierté, repousse les tentatives de fiançailles évoquées par les familles et laisse finalement, une demande en mariage de la famille impériale venir bouleverser le cous des événements.

Flattée d’un tel honneur, la famille Ayakura ne peut qu’accéder à la requête de la famille impériale, aussi les préparatifs s’enclenchent inéluctablement pour préparer les noces de Satoko et le prince Harunori Toin.

C’est alors que comprenant qu’il a perdu pour de bon Satoko, Kiyoaki découvre qu’il est fou amoureux d’elle.

Commence alors une quête passionnée et éperdue à laquelle la jeune fille également amoureuse de Kiyoaki finit par répondre en dépit des conventions et surtout des risques gigantesques encourus par les deux familles.

La froideur de Kiyoaki fond alors comme neige au soleil et les rendez vous clandestins se multiplient avec la complicité de Tadeshina, la servante de Satoko, plus ou moins contraintes de collaborer.

Kiyoaki se confie à son seul et unique ami Shigekuni Honda bon élève se prédestinant à une brillante carrière dans la magistrature, ce qui cimente davantage la relation bâtie sur une mise à l’écart vis-à-vis de la norme des autres élèves et de l’éducation militaire dispensée.

Honda est en effet une des rares personnes à comprendre le fonctionnement intime de Kiyoaki dont les intenses passions qui le traversent ne laissent pas de le fasciner.

Le pire arrive lorsque Satoko tombe enceinte, ce qui contraint la liaison illégitime à s’ébruiter dans le cercle restreint des deux familles respectives et Tadeshina a tenter de se suicider.

De peur du scandale, Satoko est conduite dans le plus grand secret à Osaka pour avorter mais la jeune fille déterminée à échapper aux noces impériales, choisit de rentrer dans un temple bouddhique pour se faire nonne.

Ainsi protégée par la papesse de Gesshu, Satoko résiste à toutes les tentatives familiales pour l’extraire de ce cocon isolant, ce qui contraint les Ayakura a annuler les fiançailles en prétextant une dépression nerveuse incurable.

Bien qu’ébranlés, les Ayakura et les Mastugae échappent de justesse au scandale mais Kiyoaki décidément prêt à consumer sa vie pour sa passion, déploie toute son énergie pour revoir Satoko avant un départ prochaine pour l’Europe.

Le jeune homme est tellement obstiné qu’il se ruine la santé devant une succession d’essais infructueux qui se heurtent à la fermeté religieuse et finit par mourir dans les bras de son ami Honda venu pour l’aider une ultime fois.

Le beau Kiyoaki meurt donc à vingt ans dans les bras de son ami en lui promettant de le revoir un jour sous un cascade …

En conclusion, « Neige de printemps » contient tous les ingrédients d’une grande fresque romantique s’appuyant sur un amour impossible.

Pourtant, ce roman déroute par la personnalité complexe et énigmatique de son héros, Kiyoaki, qui pèche à mon sens par son orgueil démesuré dans la première partie du roman en s’imaginant au dessus du sentiment amoureux avant de basculer dans l’excès inverse une fois la situation réellement sans issue.

Rebelle, romantique, extrémiste, rejetant un japon dont l’élite est affaiblie et corrompue par les mœurs occidentales et surtout déjà obsédé par l’idée de sa mort future, Kiyoaki incarne pour moi parfaitement la pensée de Mishima.

Mais cette fois, malgré sa complexité, l’intrigue manque pour moi de piquant et de ce coté délicieusement pervers qui donne un cachet supplémentaire aux trames les plus réussies des œuvres de Mishima.

Du coté de la forme, si le style de l’écrivain est toujours aussi éblouissant dans ses descriptions de paysages ou de scènes érotiques tout en retenue, le rythme de l’histoire assez lent et les longues digressions autour de la pensée bouddhique provoquent un engourdissement général notable.

Pas le meilleur Mishima donc, malgré les qualités habituelles de l’écrivain.


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