L'insécurité, un scandale français (Eric Delbecque)

Ayant beaucoup apprécié « Sécurité privée, enjeu public » j’ai fort logiquement voulu découvrir d’autres écrits d’Eric Delbecque comme « L’insécurité un scandale français ».
Ouvrage un peu daté (2012) en raison des récentes et rapides évolutions sur le sujet, « L’insécurité un scandale français » est un court ouvrage qui derrière son titre provocateur, cherche à faire bouger les lignes sur le domaine de la sécurité intérieure.
Après une courte préface du criminologue Alain Bauer dont les travaux tout comme ceux de sociologues ou de policiers comme Lucienne Bui Trong servent de références aux idées exposées, Delbecque plante le contexte dans une introduction quelque peu confuse et provocatrice, en pointant du doigt la dimension politique de l’insécurité qui entre une gauche caviar bien pensante niant la réalité des faits et une droite dure les déformant à dessin, empêche de poser un diagnostic rationnel et de dégager des pistes d’amélioration.
Même si le rappelle-t-il les sociétés européennes n’ont cessé de faire baisser leur niveau de violence depuis le Moyen-âge, le nombre d’homicides ni même de délits comptabilisés dans le fichier centralisé de la Police (Etat 4001), ne peuvent servir de seuls indicateurs pour décrire à eux seuls le niveau d’insécurité d'un pays.
Delbecque préfère alors parler des petits délits ou « incivilités » (tapage nocturne, vandalisme, rodéos, cambriolages, vols à l’arraché) qui eux ne sont pas comptabilisés mais participent fortement au sentiment d’insécurité galopant vécu en France.
Pour humaniser son travail et éviter l’écueil d’une approche académique qui serait l’apanage des chercheurs du CNRS, Delbecque propose également de publier des journaux de bord fictifs recueillis auprès d’authentiques policiers déployés dans les quartiers dits « sensibles » de la République.
Les « témoignages » sont assez vite redondants, mettant en exergue l’âge toujours plus jeune des délinquants (12-13 ans), leur refus de toute forme d’autorité autre que la loi de leur groupe au travers duquel s'exprime une hiérarchie de gang.
Il est assez lourdement insisté sur la logique de territoire regroupant les mêmes individus d’une cité ayant grandi ensemble et ce quelle que soit leur origine ethnique et faisant de tout élément extérieur un étranger et une menace potentielle.
La violence qu’elle soit verbale ou physique est ici totalement banalisée car faisant partie du mode d’expression habituel de ce milieu.
Plus rares d’un point de vue statistique, les émeutes soulevant des régions entières sont généralement le fait d’un évènement fort comme la mort d’un jeune tué dans une confrontation avec l'Etat, aboutissant à un statut de martyr et à un puissant désir de vengeance relayé par les réseaux sociaux.
Face des moyens juridiques inadaptés protégeant les mineurs et des tribunaux engorgés comme en Seine-Saint-Denis, les policiers ont l’impression que les criminels bénéficient d’une grande impunité et peuvent commettre un nombre important de larcins sans être véritablement inquiétés par la menace d’un emprisonnement.
Difficile de trouver la motivation de bien faire son travail quand les risques encourus sont bien réels : caillassage, tirs de mortier ou plus rarement à balles réelles mais aussi menaces sur les familles lorsque les policiers filmés par les téléphones portables sont localisés.
Lorsqu’en plus le poids de la hiérarchie paralyse les capacités d’action des policiers par peur de la bavure fatale à leur carrière même en cas d’agression réelle et les asphyxie sous un amoncellement de taches administratives, on comprend que la police est bien souvent démunie pour faire face.
Delbecque précise cependant que les principales victimes de l’insécurité crée par les bandes sont les couches les plus pauvres de la population, celles qui n’ont pas les moyens de se payer les moyens de se protéger et qui subissent la loi d’une minorité dominante.
Aveuglés par leurs idéologies souvent sommaires sur la question et par des chiffres officiels masquant la réalité du terrain, les politiciens se montrent quant à eux incapables de traiter le problème, la plupart d’entre eux étant victimes de l’étrange complexe de l’homme blanc, ex colonisateur et oppresseur, si vite accusé de vieux raciste-fasciste dès qu’il se montre ferme dans ses politiques de répression.
Ce manque de lucidité propagé par certains intellectuels qualifiés de « bien pensants » empêche donc l’établissement d’une réelle politique globale de traitement du problème de l’insécurité et laisse le champs libre aux partis extrémistes ravis de l’aubaine.
En cherchant au niveau des causes, Delbecque liste les pertes de repères des jeunes issus de l’immigration, écartelés entre une double culture, celle traditionnelle et communautaire  de leurs parents et celle individualiste et libertaire de l’Occident avec l’aspect pervers de la société de consommation ajoutant au désarroi de ceux qui ont peu.
Reclus dans leurs ghettos, ces jeunes sans modèles positifs rejettent rapidement toute forme de contrôle social comme celui de leur famille, de leur communauté puis en ensuite des institutions représentées par l’école qui pour Delbecque a renoncé à faire des citoyens responsables, puis de tout ce qui porte un uniforme du postier au flic en passant par le conducteur de bus.
Ainsi la culture de l’excuse et de la victimisation ôtent tout sentiment de responsabilité et autorisent à tous les débordements avec des risques somme toutes minimes lorsqu on est mineur.
Certains plus vulnérables que les autres, trouvent refuge dans l’Islam pour retrouver le sentiment d’appartenir à quelque chose et peuvent se laisser happer par des mouvements radicaux dangereux.
Dans sa conclusion Delbecque fustige une nouvelle fois l’immobilisme des élites dominantes centrées sur l’idée tenace d’un déclin de la France et de l’Occident (depuis quand ?) et par conséquent incapables de proposer un projet ambitieux porteur d’espérances, de fierté nationale et d’estime de soi et leur propose de dépasser leurs clivages idéologiques dépassés pour aborder une réflexion commune gauche-droite afin de mettre en place les solutions opérationnelles adéquates….
En conclusion, « L’insécurité un scandale français » est un livre assez décevant sur son fond et déroutant par sa forme alliant témoignages de terrain dont il est impossible d’établir précisément ce qui est vrai ou inventé et réflexions sociologiques plus profondes, le tout avec une fâcheuse tendance à la répétition.
Délaissant l’aspect solution opérationnelle à peine évoqué sur deux pages, Delbecque passe à mon sens beaucoup trop de temps à tenter de décrire un problème connu de l’ensemble de la population mais que les politiciens n’ont jamais voulu ou pu régler, faute d’investissements stratégiques, juridiques, humains et matériels.
Tout le monde sait que la loi ne s’applique pas de la même manière dans tous les territoires de la République et qu’il est plus difficile voir impossible de le faire dans certaines banlieues sensibles.
On tente donc de faire porter le chapeau aux professeurs et aux policiers alors que leur rôle n’est pas de pallier aux dysfonctionnement du modèle d’intégration français et de son incapacité à souder ses habitants autour d’une identité, de valeurs et d’un projet de société communs.
Le déclin de la France est donc pour moi très nettement perceptible dans cette campagne présidentielle ou la médiocrité des candidats et l’absence d’idées se montrent particulièrement criantes…
Cet Etat faible hanté par sa grandeur passée et son déclin apparent, ayant honte de lui-même, n’a donc intrinsèquement aucun moyen de reconquérir ses territoires perdus laissés à l’abandon par les forces publiques et dans lesquels la loi du plus fort peut tranquillement se développer.
Si les quelques attentats des années 2015-2016 ont montré un lien entre ces zones de non droit et les plateformes de recrutement/préparation de terroristes, il est peu probable qu’une réelle prise de conscience ou inflexion se produise.
L’évolution de l’insécurité passera donc obligatoirement par une augmentation du phénomène en suivant le modèle des ghettos raciaux américains voir des bidonvilles sud-américains...

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