Germinal (Emile Zola)

Difficile de s’attaquer à un tel monument de la littérature française comme le « Germinal » d’Emile Zola.
L’histoire raconte dans le Nord de la France, la révolte de mineurs du XIX ieme siècle, qui poussés par l’idéologie socialiste émergente vont se dresser contre la direction de la compagnie qui les emploie.
Le personnage principal du roman est Etienne Lantier, jeune ouvrier mécanicien qui cherchant du travail après s’être fait licencier pour insubordination arrive aux mines de Montsou et découvre l’horreur des conditions de vies des mineurs effectuant un travail exténuant et dangereux dans les profondeurs de la terre pour ramener les précieux morceaux de houille servant à fabriquer le charbon nécessaire aux industries pour produire leur énergie.
Mais frappée durement par la crise industrielle, la compagnie des mines de Mr Hennebeau décide de moins payer ses ouvriers et de durcir leurs conditions de vies déjà restreintes à la plus stricte survivance au sein des fameux corons.
Par nature insoumis et attiré par les thèses socialistes révolutionnaires émergentes propagées en France par un certain Pluchart, Etienne va alors peu à peu insuffler le vent de la révolte aux mineurs de Montsou qui vont déclencher une grève généralisée et tenir tête à la direction au cours d’un bras de fer on ne peut plus musclé.
Outre sa forte connotation sociale, le roman de Zola brosse le portrait saisissant des ses hommes et ses femmes prolétaires à travers des personnages marquant comme la nombreuse famille Maheu chez qui séjourne Etienne.
Cette famille est composée de la mère  l’énergique Maheude, du vieux grand père Bonnemort au physique abîmé par la mine, des fils Jeanlin et Zacharie ou encore de Catherine amoureuse d’un homme brutal nommé Antoine Chaval.
Amoureux de la même femme, Etienne et Antoine vont se livrer une lutte sans merci qui ira jusqu’au drame ultime.
Au fil des événements, Etienne prend de l’assurance et goûte au sentiment de puissance que lui procure le fait de devenir un leader politique.
Il lit beaucoup et tente de s’inspirer des philosophes socialistes comme Marx et Proudhon.
Il a pour ami le réfugié russe nihiliste Souvarine, adepte lui d’une révolution plus extrémiste ou les nations seraient détruites par la violence et le sang.
Bien entendu Monsieur Hennebeau fait appel aux autorités pour briser la grève et l’affrontement terrible entre mineurs et soldats se solde par un bain de sang et la mort de nombreux mineurs dont certains de la famille Maheu.
Meme si les mineurs sont vaincus, les bourgeois ont eu très peur de la violence de la révolte ouvrière et le premier sang a coulé.
Résolu à mettre en application ses théories extrémistes, Souvarine provoque l’effondrement de la mine et l’ensevelissement de certains mineurs dont Etienne, Catherine et Antoine.
Pendant les périlleux travaux destinés à les sortir de cet enfer sous terrain, Etienne et Antoine règlent leur différent de la manière la plus radicale qui soit dans un bain de sang fatal pour Antoine.
Catherine ne survit pas à cette épreuve et seul Etienne parvient à être secouru.
Le livre se termine sur le départ du héros qui quitte la région.
L’ordre est certes revenu dans les mines et le travail a repris mais les germes de la révolution ont été semés.
Les mineurs ont enfin appris à sortir de leur passivité séculaire de bêtes de somme pour s’organiser et lutter contre le patronat qui les exploitent et les réduit à des conditions de vie indécentes.
En conclusion, « Germinal » est le roman naturaliste de gauche par excellence.
Zola dépeint un monde aujourd’hui disparu, celui des mineurs de fond qui compensent leur dénuement matériel par l’alcool et le sexe quelques fois pratiqués à outrance pour oublier leurs souffrances.
Il prend clairement parti pour le petit peuple des opprimés contre les richissimes capitalistes qui vivent dans une opulence scandaleuse tandis que leurs employés peinent à se nourrir et à se chauffer.
Les ingénieurs comme Négrel, certes bourgeois mais prompts à endurer les même peines que leurs ouvriers si les circonstances l’exigent obtiennent plus de grâce à ses yeux.
Même si le communisme et de manière générale les mouvements de gauche n’ont jamais réellement pris le pouvoir en France pour mettre en application leurs théories révolutionnaires, et si aujourd’hui la classe ouvrière fortement diminuée en nombre a en partie délaissé ces idéaux, « Germinal » contribue a décrire le fondement d’une certaine culture française, celle du mouvement populaire d’envergure pour s’opposer à ses dirigeants.
Et les grandes vagues de manifestations et de grèves qui sévissent à pratiquement chaque automne et secouent l’Hexagone appartiennent pour moi à cette culture typiquement française.
Mais plus qu’un roman naturaliste ou politique, « Germinal » et aussi une grande fresque épique avec des personnages aux motivations puissantes s’entrechoquant sur les chemins de destins bien souvent dramatiques.

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