Donald Trump : les raisons de la colère (André Bercoff)

Alors que la campagne électorale américaine bat son plein, j'ai voulu en savoir plus sur Donald Trump et ai lu « Donald Trump : les raisons de la colère » du journaliste français André Bercoff.

Paru en 2016, à la veille de la première élection de Trump, cet ouvrage dresse un portrait de Trump, depuis son enfance dans le Queens jusqu'à sa candidature au poste le plus convoité au monde.

Fils de Fred Trump un entrepreneur immobilier d'origine allemande ayant fait fortune en bâtissant des lotissements dans le Queens et le Bronx, Donald John Trump se caractérise très jeune par une tempérament fort qui le pousse à tenir tête à son père ainsi qu'à ses professeurs.

Envoyé dans une école militaire pour « redresser » ce caractère insolent et rebelle, il y fait la connaissance d'une professeur qui va lui développer en lui le goût du travail, de la compétition et de la réussite.

Dès lors, Fred Trump choisit Donald comme successeur à la tête de l'entreprise familiale au détriment du frère ainé, Fred Trump Jr, qui ne supporte pas l'écrasante pression et les méthodes à la dure de son père.

Très jeune, Donald Trump plonge donc dans le grand bain de l'immobilier et apprend auprès de son père tous les rouages de la construction : prix des matières premières, différents corps de métiers et surtout relation avec les autorités pour obtenir autorisations et subventions.

Mais alors que son père avait une gestion austère de son entreprise, il voit lui les choses en grand, très grand : ce sera Manhattan et ses gratte-ciels ou rien.

Outre sa très grande confiance en lui, Donald est un oiseau de nuit et adore sortir pour étoffer son carnet d'adresses.

Son goût pour les boites de nuit va de pair avec celui des femmes, qu'il aime modèles et jeunes.

Intelligent, féroce et ambitieux, Trump comprend très vite comment utiliser la presse pour parler de lui et s'arrange toujours pour s'attirer de la publicité.

Rapidement, il décroche des contrats faramineux et se distingue par son goût du luxe qui le pousse à s'établir dans ce qui deviendra la Trump tower en face de Central Park.

Si le lancement de ses casinos au début des années 80 s'avère plus hasardeux et l'accule à la faillite, ses prodigieuses capacités de négociation et d'influence, lui permettent de manipuler ses créanciers pour trouver des accords et finir par refaire surface.

Dans les années 2000, Trump devient l'une des premières stars de la télé-réalité dans l'émission « The apprentice ».

Dans ce show spectaculairement mis en scène, il incarne le juge d'une compétition acharnée visant à désigner le candidat doté de la meilleure faculté d'entrepreneur.

Fort en gueule, charismatique, Trump crève l'écran et devient une superstar dont la popularité explose.

Ces déclarations très tranchées sur la politique américaine attirent l'attention et finissent par lui donner des velléités de carrière politique.

La méthode Trump va ainsi à contre-courant de tous les standards habituels : ici pas de langue de bois ou de complaisance, Trump qui se clame indépendant des lobbies en raison de son immense richesse personnelle, se place du coté de la classe moyenne et laborieuse américaine qui « souffre » face à la pression migratoire et à la mondialisation.

Il fustige avec véhémence Obama accusé de faiblesse vis-à-vis de la Chine et des Pays du Golfe, déclare vouloir bloquer l'immigration clandestine mexicaine en construisant un mur et interdire la venue sur le sol américain de Musulmans issus de pays soutenant le terrorisme en prenant pour exemple la faiblesse de l'Europe infiltrée par une population musulmane peu fiable.

Il met en avant la réussite exceptionnelle de son entreprise (passée de 200 millions de dollars sous son père à 8 milliards aujourd'hui), face aux bureaucrates déconnectés des réalités économiques gaspillant l'argent public.

Outre la guerre économique vis-à-vis de la Chine, Trump veut faire payer les pays demandant la protection militaire américaine, ce qui concerne l'Europe via l'OTAN, la Corée et tous les pays du Golfe, qu'il accuse de ne rien offrir en échange.

Face à l'Iran et au terrorisme islamique, il se veut impitoyable et opère un rapprochement inattendu avec la Russie de Poutine.

Pièce maitresse de la lutte antiterroriste, la distribution d'armes au bon citoyen pour pouvoir se défendre en cas d'agression.

Dur avec les pays étrangers, Trump se veut bon gestionnaire du denier public et propose par exemple d'alléger les impôts, d'ouvrir le marché des mutuelles de santé à la concurrence et d'attribuer des financements au mérite pour le système scolaire et universitaire américain afin de le rendre plus juste.

Avec des propos aussi iconoclastes, il doit affronter le mépris et la colère de la classe politique et journalistique mais il n'en a cure, constatant que ses tweets assassins et ses meetings corrosifs lui permettent d'accroire son auditoire.

Brillant débatteur, Trump n'hésite pas à salir ses concurrents en les affublant de surnoms peu flatteurs, les femmes faisant régulièrement l'objet de propos misogynes.

Et malgré sa mauvaise réputation, cela fonctionne...

Trump séduit la classe moyenne avec son parlé-vrai, ses phrases chocs et sa réussite tapageuse de businessman.

La suite on la connait...une élection allant à l'encontre de tous les pronostics.

En conclusion, « Donald Trump : les raisons de la colère » est un ouvrage à la construction atypique car non linéaire, permettant de mieux comprendre et cerner l'homme derrière le personnage de bateleur.

Ce qui frappe derrière le diabolisation du personnage, c'est son courage, son audace et son intelligence aiguë.

Tribun, démagogue usant d'une image d'homme viril triomphant de toutes les difficultés et séduisant les plus belles femmes du monde par son aura surnaturelle, Trump incarne une sorte de super héros, espoir d'une classe populaire blanche désespérée par son déclin.

Deux manques à cet ouvrage : l'affaire trouble de l'influence russe lors de la première campagne de Trump et sa gestion calamiteuse de la crise du Covid, qui a montré ses limites/carences d'homme d'état et aboutit à la mort de plus d'une centaine de milliers d'Américains.

Mais malgré l'antipathie profonde qu'inspire ce froid arriviste à l'égo démesuré, on demeure fasciné par le phénomène et se demande toujours « jusqu’où ira-t’il ? »

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