L'homme programmé (Robert Silverberg)

Je dois avouer beaucoup moins lire de Science fiction qu’il y par exemple dix ou douze ans, aussi est-ce avec un regard assez détaché que je vais à présent chroniquer « L’homme programmé » de Robert Silverberg.

Véritable pape de la SF étrangement relativement méconnu face aux maitres du genre tel Dick ou Aasimov adptés au cinéma, Silverberg est un auteur particulièrement prolifique dont j’ai déjà lu quelques œuvres sans éprouver jusqu'à présent de réel coup de foudre.

Sorti en 1972, « L’homme programmé » décrit dans un futur proche (2011 !),  la nouvelle vie New Yorkaise de Paul Macy, récemment sorti d’un centre de Réhabilitation, sensé avoir guéri ses penchants criminels après quatre ans de traitement électrochimiques intensifs ayant pour but d’effacer son ancienne personnalité.

Paul a donc maintenant une nouvelle identité, de nouveaux souvenirs et un nouveau travail d’animateur de télévision holographique.

Pourtant cette belle apparence sans histoire va se fissurer très vite lorsqu’il va entrer en contact brutalement avec une jeune femme nommé Lissa Moore, qui très amaigrie et agitée, va lui révéler être la maitresse de son ancienne personnalité, un certain Nat Hamlin.

Malgré ses réticences, Paul va peu à peu se laisser infiltrer par l’envie de savoir qui il était avant son traitement et découvrir assez vite que Nat Hamlin était un sculpteur renommé au style particulièrement brillant et provocateur.

Mais l’artiste passionnel était agité de sombres pulsions sexuelles l’amenant à commettre des viols sanglants à répétitions qui amenèrent à son incarcération.

La rencontre avec Lissa encore amoureuse de Nat malgré les propres violences qu’elle a subi de sa part, réveille ce passé et une nouvelle liaison difficile commence avec Paul.

Lissa révèle à Paul les difficultés de sa vie, en raison de ses facultés télépathiques qui lui font entendre les pensées des gens à la manière de voix dans sa tête.

Les choses prennent une autre tournure lorsque lors d’une de ses visites périodiques auprès des médecins du centre de Réhabilitation, Paul découvre que l’esprit de Nat n’a pas été totalement effacé et vit encore dans les tréfonds de son cerveau.

Dominateur et flamboyant, Nat n’accepte pas longtemps de rester en second plan et harcèle constamment le placide Paul pour reprendre le contrôle de son corps.

Une compétition féroce s’engage alors d’autant plus que Nat exerce une pression physique menaçant de provoquer un arrêt cardiaque à Paul si celui se rend à nouveau au Centre pour tenter un effacement plus poussé.

Même si Paul est aidé de Lissa dont l’effrayante puissance télépathique lui permet de tenir en respect le criminel, la lutte contre un ennemi aussi intime et déterminé semble perdue d’avance, et Nat profite d’une des nombreuses absences de la fragile télépathe pour lors d’une agression physique, reprendre le contrôle du corps de Paul.

Paul parvient cependant à se remettre du combat et survit à son tour dans les recoins de l’esprit de Nat.

Tandis qu’il apprend lentement comment lutter psychiquement, il assiste placidement à la reconquête de Nat de son nouvel environnement, avec une tentative d’obtention d’un nouveau lucratif contrat face à un homme d’affaire obèse pour le moins circonspect quand à la résurrection de l’artiste maudit mais de manière plus inquiétante les vieilles pulsions d’agressions sexuelles qui se réveillent lorsque Nat revient à l’endroit de son ancien atelier.

Paul profite des doutes artistiques de Nat et de sa tension sexuelle pour attaquer son psychisme et lui faire subir quasiment les mêmes tourments qu’il a enduré.

Parvenu à retrouver in extremis une Lissa en perdition totale car rongée par son pouvoir, il unit ses nouvelles facultés à celles de la télépathes pour tuer de manière définitive l’esprit de Nat.

L’histoire se termine donc de manière positive avec la possibilité d’un traitement pour Lissa et la construction d’une histoire d’amour pacifiée entre elle et un Paul enfin libéré de son double maléfique.

En conclusion, « L’homme programmé » est un grand moment de littérature de science fiction s’inscrivant dans le même type d’écrits qu’un Dick, avec un questionnement intéressant sur la possibilité de faire des lavages de cerveaux des criminels pour les soigner et en réalité les canaliser de manière durable.

On voit bien cependant les critiques relatives à ce procédé dangereux et les risques même infimes de conflit de personnalités en découlant.

Ici le gentil et bien terne Paul fait face à son Mister Hyde personnel, doué, brutal, extravaguant mais également beaucoup excitant.

Cet ambivalence assez universelle (entre le coté moral/conscient et celui violent/pulsionnel) ne peut que séduire le lecteur qui se reconnaitra dans ce combat éternel du bien contre le mal.

Nous sommes donc ici en présence d’un ouvrage intéressant, s’aventurant de manière adroite sur le terrain des luttes psychiques tout en laissant apparaitre le coté toujours très sexuel des écrits de Silverberg.

A ce jour, « L’homme programmé » est le livre de Silverberg qui m’a le plus séduit.

Commentaires