Antidépresseurs : mensonges sur ordonnance (Guy Hugnet)

 


 

Sorti en 2010, « Antidépresseurs : mensonges sur ordonnance » est un court ouvrage choc du journaliste Guy Hugnet.

Construit en trois courtes parties, « Antidépresseurs : mensonges sur ordonnance » débute par une critique en règle de la consommation massive d’antidépresseurs dont la France est le champion mondial.

Au début des années 1990 la firme Lilly met en vente un médicament présenté comme révolutionnaire, le Prozac dit pilule bleu ou « du bonheur », qui bénéficiera d’un gigantesque battage médiatique aux Etats-Unis.

Le Prozac est le premier d’une longue liste d’IRS (Inhibiteurs de Recapture de la Sérotonine), sensé corriger les déséquilibres biochimiques des neurotransmetteurs responsables des dépressions.

En réalité, Hugnet met en évidence des études peu concluantes menées dans les années 80 tout d’abord en interne par Lilly puis par la Food Drug Association, mais revues sous un œil plus favorable en raison de l’énorme potentiel commercial du marché des troubles psychiques.

En réalité les résultats seraient à peine meilleurs que ceux d’un placebo, mais surtout révélateurs d'effets secondaires particulièrement nocifs : augmentation de la nervosité, anxiété, insomnie, nausées et même quelques tentatives de suicides du reste minimisées.

Pourtant avec l’appui de Georges W Bush père, le Prozac finit par se voir autorisé par la FDA en présentant de nouvelles études ne respectant pas pourtant les protocoles de tests : patients présélectionnés sans troubles graves, absence de comparaison avec le placebo et surtout administration en parallèle de tranquillisants comme le Valium venant grandement fausser les résultats.

Ces résultats contestés aujourd’hui par certains chercheurs (Irving Kirsch, Blair Johnson, David Healy) et par certains rares psychiatres français, prouveraient que les performances des antidépresseurs (Prozac, Zoloft, Deroxat, Seropram, Effexnor) traiteraient plutôt 20% des cas que les 70% affichés.

Ceci n’a pas empêché le développement faramineux de ces médicaments en France avec la bénédiction des experts de l’Afssaps (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé), se calant sur l’a priori favorable de la FDA malgré les fortes réserves du médecins Hillary Lee, ayant examiné le cas du Zoloft de Pfizer.

Hugnet avance que du fait des restrictions budgétaires, l’Afssaps est surtout rétribuée par les financements des industriels et que la plupart des experts de ces agences ont des liens forts avec ces mêmes industriels.

Appelés « les hommes de mains » ou « mandarins » des groupes pharmaceutiques, ces grands spécialistes mettent leur prestige à leur service en échange de coups de pouces financiers.

C’est donc à grands renforts de dossiers branlants mais soutenus par des personnalités influentes, de campagnes massives de publicité dans des revues médicales ou dans des séminaires toujours gratifiants, que se propage l’idée présumée de l’efficacité de ses traitements.

Les généralistes n’échappent pas au matraquage, étant eux aussi contactés pour participer à des séminaires ou un spécialiste influent vient leur vanter les mérites dudit produit avant que la redoutable machine commerciale industrielle n’entre en action pour pister ensuite les prescriptions effectuées.

Dans une logique de rentabilité, le généraliste aura lui aussi tendance à prescrire des antidépresseurs pour contenter rapidement une clientèle avide de solutions immédiates.

Ce résultat a été obtenu par l’élargissement des maladies psychiques par le très contesté Diagnostical Statistical Manual of Mental Disorders, la norme américaine qui permet aux spécialistes après avoir fait remplir un questionnaire sommaire de classer dans un vaste fourre tout le « trouble dépressif » ou « bipolaire », ce qui ouvre ensuit un boulevard pour les industriels fabricants d’antidépresseurs.

Même si le défaut d’échange en sérotonine semble être un des marqueurs de la dépression, sa correction ne semble pas être la solution miracle annoncée pour résoudre l’origine de ce mal autrement plus complexe.

Mais Hugnet critique la logique de profits de grands groupes pharmaceutiques qui préfèrent investir dans des médicaments peu efficaces, les IRS, promus à coup de millions de dollars de publicité plutôt que de se concentrer sur la recherche de nouvelles thérapies.

Le monde occidentalisé moderne, étant suite à l’effondrement de systèmes de valeurs que sont la religion, la famille ou même l’Etat, se voyant devoir obéir aux diktats de la quête du bonheur permanent, ne peut que souffrir et ainsi constituer la cible idéale pour englober les troubles existentiels source profonde de la condition humaine, sous le vocable commun de « dépression ».

On aboutit ainsi à des systèmes de « bonheur sur ordonnance » que viennent chercher les patients auprès de généralistes soumis comme tout le monde à l’ère du temps.

Les femmes paraissent plus que les hommes être la cible des médicaments, par leur propension naturelle à prendre plus soin d’elles mais également par le relai des psychologues des magazines féminins.

Pourtant comme l’explique la seconde partie du livre, les effets secondaires des antidépresseurs existent bel et bien : euphorie, agitation, manie, hystérie avec dans certains cas des aggravations brutales pouvant conduire au suicide du patient.

L’influence des grands groupes n’a pas empêché certains procès retentissants aux États-Unis après des crimes ou des suicides commis suite à une mauvaise réaction aux antidépresseurs.

En France, la chape de plomb est de rigueur et semble masquer selon le journaliste entre 3000 et 4000 cas de suicides dus aux antidépresseurs.

L’autre risque principal après la suicide est la dépendance aux antidépresseurs, comme peut l’être celle à la morphine, aux barbituriques, au haschisch, au tabac et à l’alcool.

Là encore, après vingt ans de mise sur le marché, peu de mises en garde sont effectuées auprès des patients qui se voient prescrits des traitements à vie sans réelles améliorations, alimentant le trou de la sécurité sociale et les profits industriels.

Fort heureusement la dernière partie évoque des pistes pour aller mieux sans avoir recours nécessairement aux antidépresseurs ni de manière encore plus provocante aux psychiatres, qui au cours d’un douloureux processus d’introspection mettent à nue des blessures de notre passé sans apporter de compensation pour les supporter.

L’activité physique contient des vertus nécessaires au rétablissement mais de manière plus complexe, est constaté l’effet réel du placebo sur l’organisme tout comme la confiance mise dans le médecin, considéré comme le sorcier des temps modernes.

Une autre approches basée sur le culte afro-brésilien de l’Umbanda, visant à extérioriser les troubles via des cérémonies dirigées par un medium est évoquée pour tenter de briser une approche 100% scientiste, conduisant selon le journaliste à l’échec pour le traitement des maladies mentales.

Enfin, pour terminer, s’intéresser aux enseignements des philosophes grecs redécouverts dans nos société modernes par l’intermédiaire de personnalités médiatiques comme Michel Onfray (qu’on aime moins lorsqu’il commente le terrorisme islamique), peut également présenter une source importante de bien être intérieur.

En conclusion, ouvrage courageux, « Antidépresseurs : mensonges sur ordonnance » a pour principal mérite de mettre noir sur blanc ce que la plupart des gens ayant connus des proches dépressifs ou étant eux même victimes de cette maladie, c’est-à-dire l’inefficacité à long terme des traitements médicamenteux.

Sans dénigrer à tout prix les progrès importants de la biochimie, cette approche semble t il trouve ses limites dans le traitement des maladies mentales et il semble donc illusoire voir dangereux de mentir au grand public en lui promettant une guérison rapide dans 70% des cas comme c’est actuellement le cas.

Bien évidement on se doute que comme dans tout business générant des milliards de dollars, des collusions/pressions existent entre pouvoirs politiques, groupes industriels, chercheurs et médecins, mais les industriels ne font pour moi qu’exploiter un filon d’une société occidentale causant dans la plupart des cas sa propre souffrance par sa poursuite d’idéaux inatteignables : richesse, jeunesse, beauté, bonheur éternels centrés sur un individualisme autodestructeur.

Sans doute pour ne pas plomber encore davantage le moral du lecteur, Hugnet propose une dernière partie plus positive, avec des solutions simples brisant parfois quelques tabous comme la toute puissance du médecin ou de la psychothérapie, certes sans doute non décisives à elles seules, parfois plus contraignantes à mettre en œuvre mais certainement moins destructives que l’absorption massive de médicaments aux bénéfices et effets secondaires incertains…

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