Salamine et les guerres médiques (Henri Pigaillem)

 



Je cherchais depuis longtemps un livre sur les guerres médiques.

Je dois avouer qu’avant d’avoir vu le film « 300 » de Zack Snyder  je n’avais jamais entendu parler de la bataille des Thermopyles.

Comme quoi un œuvre même superficielle visuellement très forte peut avoir un impact sur le grand public et être l’élément initiateur d’une quête plus aboutie.

« Salamine et les guerres médiques » n’est pas un roman mais un livre rigoureux écrit par l’historien Henri Pigaillem.

Ce livre passionnant présente et traite de manière assez succincte les deux premières guerres médiques et insiste davantage sur la troisième ou a eu lieu la fameuse bataille de Salamine.

Mais recadrons quelque peu le théâtre de l'un  des plus incroyables conflits de l’histoire de l’humanité.

En –539, l’Empire perse et« mède » est le plus vaste du monde.

Cyrus le Grand a conquis la Babylonie, l’Assyrie, la Phénicie et une partie de l’Égypte.

Les Grecs peuples de brillants marins sont déjà indépendants et libres, et ont établi de nombreuses colonies en Méditerranée.

Darius 1er  le successeur de Cyrus rompt avec une politique de tolérance à leur égard.

Il leur ferme l’accès à ses ports et favorise leurs rivaux les Phéniciens.

De plus les Grecs se voient contraint d’acheter leur paix sociale en payant un impôt au roi des Perses.

Une révolte Ionienne éclate, elle sera écrasée à Milet en –498.

C’est la première guerre médique.

Afin de punir les Grecs de leur rébellion et aussi de mettre la main sur les richesse de ce pays développé, le successeur de Cyrus, Darius 1er se lance dans une invasion d’une ampleur incroyable en –492.

Il franchit l’Hellespont en construisant un pont formé de navires amarrés entre eux.

A l’époque c’est un formidable exploit technique surtout que la zone est fréquemment sujette à de violentes tempêtes qui envoient par le fond toute tentative.

Les cités grecques d’habitude si divisées et rivales s’unissent pour résister à l’envahisseur.

Darius est vaincu à la fameuse bataille de Marathon en –490.

Cette bataille historique est disséquée par l’auteur.

Les Grecs, en infériorité numérique d’un rapport 10 , l’emportent par la qualité technique de leur armement  mais surtout par l’habilité de leur général Miltiade qui par une tactique de tenailles parvient à encercler un ennemi plus nombreux mais moins organisé.

L’armée perse certes immense regroupe plus de mille nations parlant des langues différentes et ne parvient pas à se coordonner efficacement pour mener ses assauts.

En face les phalanges grecques, cuirassées, armées de boucliers renforcés et de longues lances sont le nec plus ultra technique de leur temps.

Les Perses sont traumatisés par cette humiliante défaite.

En –486, Xerxès 1er fils de Darius dit le Grand Roi accède au pouvoir.

Obsédé par l’idée de laver l’affront subi par son père, il va se préparer pendant six ans afin de soumettre définitivement les Grecs.

En –490, Xerxès lance une double invasion marine et terrestre d’une ampleur sans précédent.

Le nombre de soldats engagé est soumis à controverse, les source antiques grecques le chiffrant à plus d’un million d’hommes et 1200 navires.

De leur coté les Grecs se sont préparés mais leur flotte n’atteint que 300 navires et leur armée à peine 75 000 hommes.

Même s'il est probable que le nombre de soldats de Xerxès ait été surestimé et mythifié le rapport numérique reste écrasant.

Xerxès utilise la même technique que son père pour franchir l’Hellespont.

Il a tout planifié, enrôlés des peuples Grecs qui ont trahis les leurs pour la promesse d’un butin ou d’un royaume, prévu des points de ravitaillement pour ses navires et ses hommes.

La marine et l’armée de terre progresseront ensemble au même rythme en déferlant sur Athènes par le Nord.

De leur coté, après de nombreuses tergiversations politiques les Grecs s’unifient à nouveau.

Eurybiade le Spartiate est nommé amiral et Thémistocle l’Athénien commandant de la flotte.

Léonidas le roi de Sparte, est chargé d’aller à la rencontre des troupes Perses sur terre.

Il n’obtient que 300 soldats « hoplites » pour enrayer la multitudes de Xerxès.

C’est une mission suicide mais dans la mentalité Spartiate il est interdit de refuser le combat et une mort honorable pour sa patrie est la panacée.

La coutume étant que les femmes disent à leur mari avant de le voir aller livrer bataille « reviens sur ou avec ton bouclier ».

Les Grecs, fin stratèges, choisissent le défilé des Thermopyles passage montagneux entre la Thessalie et l’Attique extrêmement étroit pour combattre.

Pendant trois jours, Léonidas et ses 300 plus quelques contingents auxiliaires résistent à l’armée de Xerxès, ils sont finalement trahis par un Grec, se font prendre à revers et sont tous massacrés sur place par les Immortels troupes d’élite du Grand Roi.

La résistance héroïque et le sacrifice des Spartiates galvanisent les autres Grecs qui se disent que l’armée perse n’est peut être pas invincible.

Exaspéré par la résistance de Léonidas, Xerxès prend Athènes et l’incendie.

Heureusement Thémistocle avait anticipé et fait évacuer la ville pour que les habitants échappent au massacre.

Il ne reste alors plus que le Péloponnèse à conquérir pour que Xerxès atteigne son rêve.

Les Grecs savent que leur seule chance de victoire se joue sur les mers.

Ils massent alors leurs navires dans le golfe de Corinthe et leur armée terrestre à l’entrée du Péloponnèse.

Les Grecs se disputent quand  à la meilleur stratégie à suivre et le meilleur endroit ou livrer bataille, Eurybiade et Thémistocle qui sont rivaux se querellent sur la tactique navale.

Thémistocle est un esprit hors du commun, un génie militaire d’une clairvoyance exceptionnelle mais il est moins gradé qu’Eurybiade.

Finalement Thémistocle use de ruse pour arriver à ses fins.

Il choisit d’attirer le navires perses dans un bassin étroit entre la cote de l’Attique et l’île de Salamine.

Le ruse employée est géniale, il envoie un émissaire d’origine perse à Xerxès, cet émissaire fait semblant d’avoir été pris et il révèle au Grand Roi que les Grecs sont acculés à Salamine et morts de peur devant sa puissance.

Aveuglé par son orgueil et pressé d’en finir Xerxès lance la plupart de ses navires  à l’assaut en pleine nuit.

Les Grecs les attendent et les surprennent.

Commence alors l’une des plus formidables batailles navales de tous les temps.

Les trières Grecques sont de meilleurs navires que ceux des Perses.

Elles sont plus légères, plus maniables, capables de tourner sur elles-mêmes et plus résistantes.

Elles disposent de plus d’un éperon renforcé à l’airain pour éventrer plus facilement les bateaux perses.

A cette supériorité technique les Grecs ajoutent une stratégie plus efficace.

Thémistocle attend que la brise se lève pour lancer ses navires, il pratique la technique de la scie avec un mouvement de va et vient pour prendre son élan afin de rentrer avec plus de force dans l’ennemi.

C’est rapidement le chaos chez les Perses, leurs trières trop nombreuses et incapables de manœuvrer dans un espace aussi réduit se heurtent, percutent les autres navires perses arrivant en renfort.

Xerxès qui a installé un trône en marbre blanc sur une montagne pour jouir du spectacle est horrifié par ce désastre.

Les Perses ne sont pas un peuple de marin, les seuls contingents capables de résister aux Grecs sur mer sont les Phéniciens et les mercenaires grecs Ioniens.

A la fin de la journée, c’est la retraite.

En cumulant les intempéries et Salonique Xerxès à perdu 900 navires soit plus des trois quarts de sa flotte.

Sa flotte est à présent sensiblement égale à celle des Grecs.

Il renonce et bat en retraite.

Sa puissante armée terrestre le couvre.

Thémistocle, prudent, renonce à lui donner la chasse.

Mais la dynamique a changée de camps et l’armée terrestre de Xerxès encore menaçante, sera définitivement vaincue à Platée en –479.

Ceci marque donc la fin de la troisième et dernière guerre médique.

En –449, un traité sera définitivement signé entre les deux camps, la Perse s’engageant à ne plus rien tenter contre les Grecs.

Les conséquences pour le monde grec furent importantes, Athènes obtenant une position dominante sur ses grandes rivales en raison de la puissance de sa flotte.

Détail cocasse et cruel, Thémistocle le héros et sauveur de son pays fut victime de calomnie et contraint à l’exil...

Il alla chez Artaxerxés, successeur de Xerxès fut plutôt bien accueilli et mourut en Perse de maladie ou de suicide.

Ses restes furent rapatriés en secret à Athènes.

Les guerres médiques furent donc finalement les premières guerres mondiales avant l’heure, avec le choc des deux nations les plus puissantes et les plus avancées de leur temps.

Le triomphe de la Grèce marque celui de l’intelligence contre la force et le nombre.

L’opposition entre les deux camps était également idéologique, la Grèce étant un pays démocratique ou la liberté était déjà solidement implantée dans les esprits, la Perse étant une monarchie de droit divin avec des provinces gouvernées par des tyrans.

Avec de telles forces en présence, il n’est pas étonnant que cet affrontement défiant l’imagination ait inspiré les plus grands écrivains et artistes.

Ainsi Eschyle, qui fut témoin soldat dans la bataille écrivit sa pièce « Les Perses » mais sa vision du conflit, trop littéraire fut moins utile aux historiens que celles d’Hérodote et de Plutarque.

Ces trois sources demeurent l’essentiel de ce que nous savons sur cet épisode décisif de l’histoire de l’Humanité.

Je recommande donc ce livre passionnant  et très bien documenté pour les gens curieux des grandes sagas de l’Antiquité.

Quant à moi je suis passé un jour à proximité de l’île de Salamine lors d’un voyage en Grèce.

J’ai été frappé par la beauté du lieu, le soleil brûlant haut dans le ciel, les flots aux reflets argentés ..j’ai eu du mal à imaginer ce paysage idyllique comme  cadre d’un des plus violent combat de l’Histoire.

Mais je me dis que peut être justement que les Grecs savaient ce qu’ils allaient   perdre et que la beauté de leur pays les a motivée pour lutter avec tout cet acharnement pour préserver leur culture et échapper à la servitude …

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