Gérard Depardieu, itinéraire d'un ogre (Patrick Rigoulet)


 

 

Notre plus grand acteur français, Gérard Depardieu étant assez tristement sous les feux de l’actualité en raison de sa fuite vers la Belgique puis la Russie pour échapper au fisc, j’ai eu la curiosité de lire « Gérard Depardieu, itinéraire d’un ogre » de Patrick Rigoulet.

Paru en 2007, cet ouvrage est une biographie au parfum de souffre puisqu’il a valu à son auteur une condamnation pour des propos jugés diffamatoires.

En six parties distinctes, Rigoulet développe de manière chronologique la vie de Gérard, qui commence à la fin des années 40 dans une famille modeste de Châteauroux dans l’Indre.

Avec une famille rongée par l’alcool, la pauvreté et le manque de communication, le petit Gérard est très tôt livré à lui-même.

Rapidement indépendant, il est attiré comme un aimant par la base américaine de l’Otan ou stationne une importante colonie de GI, qui incarnent par leur jeunesse et leurs excès virils, des modèles masculins par procuration.

Le manque d’éducation et sa situation d’échec scolaire poussent Gérard vers le monde de la rue, des petits voyous locaux, des prostituées et des soldats avec qui il réalise des trafics en tout genre.

Se forgeant une carrure impressionnante par la pratique assidue de la boxe avec les militaires, Gérard devient rapidement une petite terreur locale qui a souvent maille à partir avec les forces de l’ordre.

Alors qu’on pourrait penser Gérard engagé dans une spirale négative, sa rencontre avec Michel Pilorgé, un jeune bourgeois local va lui ouvrir les portes d’un milieu socioculturel supérieur en lui donnant notamment le gout de la lecture et du théâtre.

Après quelques hésitations, le jeune Depardieu accepte de suivre son ami à Paris pour tenter sa chance comme comédien.

Il fréquente plusieurs cours de théâtre dont celui de Jean Louis Cochet ou son talent naturel, son exubérance et son charme de voyou compensent son manque de culture.

Le théâtre et son maitre l’éduquent, lui ouvrent des portes et surtout lui permettent de rencontrer une jeune actrice Elisabeth Guignot dont il tombe amoureux.

Issue d’un milieu bourgeois, Elisabeth a un esprit bohème et large qui accepte sans peine le charme viril et excentrique de Gérard.

Le couple se marie en 1970 et aura trois enfants.

En parallèle, la carrière de Depardieu démarre et se construit au gré des rencontres.

Le tournant a lieu avec le réalisateur Bertrand Blier qui propose un rôle en or au comédien débutant dans un film très provocateur « Les valseuses » (1974).


Aux cotés de ses amis Patrick Dewaere et Miou-Miou, Depardieu excelle dans un personnage de voyou vivant en marge de la société.

Le film choque mais obtient un immense succès et fait de Depardieu une star qui va enchainer les films toujours plus prestigieux pour Pialat, Truffaut et des cachets toujours plus conséquents.

C’est alors qu’apparait un trait de caractère déterminant de la personnalité de Depardieu, une passion sans mesure pour l’argent qui le pousse à créer très tôt sa société de production cinématographique appelée DD production.

Le couple s’établit dans la banlieue chic de Paris, à Bougival ou il achète un hameau meublé par des bronzes de Rodin.

Depardieu a pour amis Catherine Deneuve avec qui il incarnera pendant des années le couple idéal du cinéma français et Jean Carmet avec qui il partagera une complicité fraternelle soudée par un amour commun de la bonne blague et du vin.

Car Depardieu est décrit comme un jouisseur invétéré dont les principales occupations tournent autour de la bouffe, de l’alcool et du sexe.

Ce gout pour les excès se traduit par de fortes variations de poids et par des crises de désespoir.

Férocement égocentrique, Depardieu n’a pas un grand sens des responsabilités et n’assure par son rôle de père, ce qui perturbe fortement Guillaume, le fils de Gérard, qui basculera très vite dans les chemins de la drogue et de la délinquance pour terminer de la manière tragique que l’on connait avec un horrible accident de moto, une maladie nosocomiale qui le mènera à une amputation et à une mort précoce.

L’acteur est un instinctif au talent exceptionnel qui éclate dans des films populaires comme « Fort Saganne » la série avec Pierre Richard (« La chèvre », « Les compères » « Les fugitifs ») ou « Jean de Florette ».

Immensément populaire, Depardieu obtient ses lettres de noblesses avec « Cyrano de Bergerac » pour lequel il obtiendra un César en 1990.

Si il rate le coche des Etats-Unis en raison d’une sombre cabale montée contre lui par les journalistes américains l'accusant  d’avoir participé à des tournantes dans sa jeunesse, Depardieu devient un proche des hommes politiques et des hommes d’affaires dont certains de réputation les plus douteuses comme le dictateur Fidel Castro, le nationaliste slovaque Meciar, l’algérien Rafik Khalifa ou le français Bourgoin.

Il se lance dans des montages hasardeux, accorde trop naïvement sa confiance par appât du gain, notamment pour vendre le vin qu’il produit dans ses multiples vignes qu’il a acquis dans le monde entier.

Les multiples dividendes qui retombent sont réinvestis dans de nouvelles acquisitions immobilières ou agricoles dans une course frénétique alimentée par les gros cachets de la star qui tourne sans arrêt, y compris des productions médiocres pour le petit écran ou des publicités pour les pates.

Coté privée, son mariage finit par voler en éclat après les multiples infidélités de la star qui a entretenu pendant des années une relation avec l’actrice Carole Bouquet avec qui il a été d’ailleurs en affaires.

Le livre se termine sur le portrait d’un homme finalement usé par ses excès, avec de multiples accidents de moto, un alcoolisme indéfectible, un pontage coronarien mais incapable de réfréner sa passion compulsive de vie.

En conclusion, « Gérard Depardieu, itinéraire d’un ogre » est un ouvrage à charge contre la star incontestable du cinéma français.

Le talent brut de l’acteur n’est pas contesté mais atténué par les multiples trous de mémoires et mauvais choix de Depardieu.

Plus grave, la personnalité de Depardieu subit de violentes attaques critiquant son égoïsme, son appât viscéral du gain et sa vie sans bornes habitée par un amour immodéré de la vitesse, de la nourriture, du sexe, de l’alcool et la partie pour laquelle il a attaqué l’auteur, la consommation de drogues, qui ne serait pas à proprement parler étonnante si on considère sa jeunesse de voyou dans les années 70.

Même sans parler de la mort de Guillaume ou de la récente fuite vers l’étranger, le livre suffit pour se faire une idée de la personnalité hors du commun de Depardieu.

De manière plus positive, on retiendra le formidable appétit de vivre de l’homme et son charisme hors du commun qui l’arracha d’un destin de voyou de Province pour faire de lui un acteur milliardaire à la renommée planétaire.

A lire donc, malgré les critiques, qui n’entameront en rien la formidable popularité de l’homme.

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