La dépression (Dominique Barbier)


 

 

Approche thématique atour de « La dépression » de Dominique Barbier.

Paru en 2003, « La dépression » est un ouvrage de vulgarisation visant à expliquer et conseiller le grand public sur un mal connu depuis l’Antiquité sous le nom de Mélancolie et encore aujourd’hui mystérieux bien que très répandu dans le monde.

Expert psychiatre, Barbier commence par battre en brèche certaines idées reçues sur la dépression vue par le grand public souvent comme une maladie honteuse résultant d’une marque de faiblesse.

Fréquente, handicapante et parfois mortelle (suicide), la dépression touche pourtant toutes les couches de la population mondiale.

Très didactique, l’ouvrage expose plusieurs exemples de situations types permettant d’appréhender la dépression du bébé, la post natale de la mère, de l’enfant, de l’adolescent, de l’adulte et enfin du vieillard.

On découvre donc les symptômes permettant de détecter chez un nourrisson une dépression pouvant provenir par exemple d’une séparation précoce d’avec la mère dont il est étroitement dépendant les premiers mois de son existence.

Au bout d’un certain temps, certains nourrissons peuvent devenir indifférents, refuser de s’alimenter, voir leur développement bloqué et contracter des infections.

Les dépressions des enfants et des adolescents sont pour moi voisines et se traduisent par des symptômes allant du repli sur soi dans les phases de tristesse ou des comportements de révoltes violents entrainant excès en tout genre (petite délinquance, anorexie, alcool, drogue) pouvant aller jusqu’au suicide.

Des problèmes à l’école (absentéisme, chute des résultat, rébellion) peuvent constituer des signaux d’alerte par rapport à des causes du malaise souvent familiales (le divorce des parents entrainant un sentiment d’abandon ou de rejet).

D’autres facteurs peuvent jouer le rôle de catalyseurs comme un milieu socioéconomique défavorisé, la présence d’une autre maladie grave sachant que la cause génétique de la dépression reste soumise à débat parmi les spécialistes.

On notera également des réflexions intéressantes sur les troubles chez les adolescents, avec l’affaiblissement du modèle parental et la recherche des références auprès des copains avec des résultats parfois désastreux, les changements intervenants dans les phases de la puberté étant reconnus comme des phases de bouleversements intenses avec une transition parfois difficiles entre le monde idolâtré de l’enfance et celui plus inquiétant des adultes.

Pour Barbier il convient lorsqu’un problème d’ordre psychologique est détecté de se retourner vers des structures spécialisées pour le traitement des adolescents.

Par la suite, on s’intéresse au cas particulier du « burn out », touchant plutôt les jeunes adultes se consumant corps et âme dans leur activité professionnelle avec une représentant accrue chez les métiers de « soignants » en prise directe avec la souffrance, la misère et la maladie.

Après une phase d’exaltation, la chute intervient avec des troubles physiques : sommeil, digestion, douleurs diverses puis mentaux : irritabilité, intolérance, baisse de l’activité…avec un sentiment d’être vidé de ses forces.

Les causes souvent inconscientes du burn out viennent se nicher dans une volonté de reconnaissance, de contrôle sur autrui avec parfois la tentation de régler certains conflits personnels.

Lorsque cela ne se traduit pas par les effets escomptés notamment l’absence de reconnaissance par exemple en attendant une promotion, la frustration puis l’effondrement peuvent ensuite survenir avec une envie d’évitement des relations humaines accompagnée de désir de mutation/reconversion.

Des mécanismes de défense peuvent alors être mis en place sans aller jusqu’au traitement médical avec une réorganisation de son travail (variété des taches, temps partiel), une meilleure communication pour sortir de l’isolement et enfin le développement d’activités parallèles (sport, arts, divertissement) permettant de s’épanouir hors du cadre professionnel.

Très fréquent mais moins connu du grand public, le « baby blues » ou post partum touche les femmes devant faire face à une situation nouvelle, sortir d’une situation somme toute confortable de grossesse pour devoir devenir une mère.

Les peurs enfouies de « ne pas être à la hauteur », de perdre à tout jamais son statut passé de femme, peuvent alors venir ronger de l’intérieur la jeune mère soumise par ailleurs à une violente pression de la société qui ne comprend pas pourquoi elle n’est pas heureuse.

Difficile à détecter car s’exprimant par des moyens détournés de souffrance physique ou de réactions disproportionnées comme passer du rire aux larmes attribués à l’émotion, la dépression post partum est souvent mal soignée mais et c’est là plutôt une bonne nouvelle s’avérer de courte durée si une thérapie cognitivo-comportementale visant à revaloriser rapidement la mère est mise en place.

Encore plus méconnue et taboue, la dépression des séniors fait encore plus de ravages en raison de l’isolement social, familial et affectif des personnages âgées dans le monde occidental.

Elle conduit pourtant souvent au suicide soit de manière violente soit en se laissant mourir.

Cette partie est à mon sens la plus intéressante du livre car remettant en cause le modèle de fonctionnement de la société occidentale, qui du fait de son obsession pour la jeunesse éternelle et la tabou de la mort, rejette souvent les personnes âgées en raison de l’angoisse qu’elle projette sur elle: celle de sa propre finitude.

Touchés par un ralentissement biologique général et une perte progressive des foncions essentielles qu’elle soient physiques ou intellectuelles, les séniors vivent parfois mal ce processus et sont de plus soumis à d’autres maladies mentale comme Parkinson ou Alzheimer qui peuvent faire passer à tort la dépression au second plan.

Tout en proposant les techniques habituelles de psychothérapie et de chimiothérapie compensatoire mesurée en prenant garde à prendre en compte à ne pas interférer avec les autres prescriptions des médecins, Barbier pousse à revaloriser la place des séniors dans notre société, en raison de la richesse que présente leur expérience de la vie et de la possible acceptation de notre propre fin qu’ils nous permettraient d’atteindre.

Après avoir passé en revue les principaux cas, Barbier s’intéresse aux moyens de soigner en insistant sur l’importance de la détection de phénomènes avant coureurs : insomnies, baisse de libido, manque d’énergie, changements d’humeurs, somatisations (céphalées, troubles digestifs, fatigue).

Consulter rapidement par exemple un généraliste pour bénéficier de conseils peut aider mais d’autres méthodes plus simples comme le changement des habitudes (repos, loisirs, vacances) sont autant de bonnes pratiques.

Lorsque tout ceci ne suffit pas et que le mal s’installe, se pose ensuite l’épineuse question du diagnostic.

Et là on peut dire que malgré une tentative de normalisation américaine dans les années 50 appelée DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), que les psychiatres et encore plus les généralistes ne sont pas aidés par la complexité des classements des différents types de dépression.

Cette nosographie nébuleuse soumise à controverse et à de régulières querelles entre spécialistes, rend difficile l’identification du mal et par conséquent son traitement.

La fatigue surtout chronique dont se plaint une personne sur deux peut parfois présente des symptômes similaires à la dépression mais doit pourtant être traitée différemment.

Les causes exogènes notamment de deuil sont également particulières et peuvent entrainer des phases de tristesse et de repli sur soi. Elles s’estompent normalement avec le temps et surtout un processus d’acceptation de la perte, en cultivant en soi la mémoire du disparu.

Si la phase persiste au point de paralyser la propre vie de l‘individu, un traitement (psychothérapie+chimiothérapie) peut être possible.

Pour les autres cas, si les symptômes bien connus des spécialistes de la dépression peuvent aboutir à son dépistage, l’identification précise reste extrêmement difficile.

On distingue les névroses dues à des causes externes, des psychoses dues à des causes internes, vraisemblablement génétiques, avec pour ces dernières de multiples subdivisions comme les psychoses maniaco-dépressives caractérisées par des phases d’abattement mélancolique et d’hystérie pouvant mettre le sujet dans des situations dangereuses nécessitant une hospitalisation.

On assiste alors à plusieurs manifestations de dépréciation de soi, d’anxiété, voir de mutisme puis de confusion et délire.

Viennent ensuite les dépressions chroniques appelées dysthymies liées à un conflit intérieur, les saisonnières liées à l’hiver, les brèves récurrentes marquées par leur brutalité et d’autres plus masquées ou secondaire d’un autre mal qu’il soit psychologique (phobie, obsession), organique ou médicamenteux et enfin une multitude d’état mixtes inclassables.

Face à cette foret inextricable, Barbier se fait plus pragmatique en diffusant des conseils aux proches d’un déprimé (écoute sans sollicitude excessive ou complaisance, tentatives de revalorisation, importance d’une activité physique comme la marche).

Les approches violentes avec des raisonnements à l’emporte pièce du type (« secoue toi ») sont à proscrire.

Un dialogue avec le médecin traitant est nécessaire afin de faciliter sa tache et la guérison du patient.

La présence doit être efficace mais discrète en pensant également à se protéger soi même afin de ne pas être affecté par le propre état dépressif du patient.

Dans certains cas, une décision douloureuse d’hospitalisation par un tiers devra être prise.

Lorsqu’on aborde les thérapies, Barbier commence par passer en revue l’approche médicamenteuse,en raison de l’apport des antidépresseurs dans le traitement de ce type d’affection.

Ces médicaments contenant des effets secondaires parfois importants doivent être choisis avec discernement et administrer avec rigueur pour observer une apport bénéfique qui n’est pas la plupart du temps immédiat.

Stimulants ou inhibiteurs, ces médicaments comme le Prozac ou ceux à base de lithium régulent en principe les troubles de l’humeur et sont sensés permettre au bout de six mois de traitement le patient à guérir tout en soulignant que la principale difficulté réside dans le fait que bon nombre de patients ne suivent pas les prescriptions de leur médecin ou arrêtent prématurément leur traitement.

De manière plus surprenante, l’électro-convulsiothérapie qu’on assimile communément à des traitement barbares, est mise à l’honneur en raison de ses résultats performants sur la mélancolie et de son protocole opératoire réputé à présent indolore.

Malgré son net recul face à la pression des grands groupes pharmaceutiques, la psychothérapie ne doit pas être négligée et être couplée si besoin à l’approche médicamenteuse pour augmenter les chances de guérison.

Les principaux types de psychothérapies sont alors présentées : celles cognitivo-comportementales plutôt brèves, directives et collective visant acquérir des changements de comportements permettant de résoudre une situation donnée et celles psychodymaniques (ou psychanalyse) portées sur l’analyse du passé travaillant sur la personnalité profonde du patient afin de résoudre un conflit généralement inconscient.

Les dernières parties sont consacrées à la récidive, qui touche malgré les propos rassurant du médecins, 60% des cas.

On parle alors de dépressions résistantes lorsque les traitement ne suffisent pas à les enrayer ou chroniques lorsqu’elles se répètent.

Les causes pour explique ce phénomènes restent confuses : l’age (plutôt 30-40 ans), le sexe (plutôt féminin quoique de plus en plus masculin), les antécédents familiaux (cause génétique ?) , la solitude affective (veuvage, divorce, séparation), la situation socio-économique…

Le pire risque reste le suicide, vécu par le patient comme une libération d’une souffrance trop lourde à porter, d’une situation inextricable dont la mort est la seule issue, le processus pouvant être méticuleusement préparé pour les mélancolique ou exécutée de manière spontanée par les impulsifs.

On termine sur une statistique glaçante, le suicide dont le statistiques sont sous estimées est la première cause de mortalité en France devant les accidents de la route.

En conclusion, « La dépression » est le parfait livre de vulgarisation pour une personne non experte désireuse de intéresser à ce sujet complexe, difficile car tabou qui touche beaucoup de familles dans le monde.

Il permet d’acquérir les connaissances générales à une vue d’ensemble sur la question.

Tout en restant plus que dubitatif sur les différents classements de cette maladie et l’efficacité réelle des thérapies compte tenu des cas important de rechute, j’ai apprécié la description de différentes catégories de personnes pouvant être touchées, notamment les nourrissons ou les vieillards souvent oubliés, alors que les adolescents ou les jeunes actifs victimes de burn-out sont souvent sur-représentés.

Quelques grands enseignements sont à retenir à mon sens : les conseils pratiques pour la meilleure attitude à adopter pour soi-même ou l’entourage face à une situation qui laisse souvent désemparé en développant des mécanismes de défense, d’écoute ou aux vertus stabilisatrices.

J’ai également apprécié les réflexions sur les évolutions de la société aboutissant à l’exclusion des vieillards qui représentent le reflet de notre propre fin et la volonté de guérir vite en prenant des médicaments dans un idéal de performances immédiates alors qu’une approche plus en profondeur par le biais de la psychothérapie me semble plus intéressante et surtout moins dangereuse physiquement.

Je recommande donc ce livre à toute les personnes désireuse d’une première approche sur le sujet.

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