La guerre de Sécession (John Keegan)

 



 J’ai toujours été fasciné par la guerre de Sécession.

Ceci remonte à mon enfance ou les costumes bleus et gris des belligérants me faisaient rêver et ce sentiment fut augmenté par la série à succès « Le Nord et le Sud » diffusée dans les années 80 à la télévision française.

C’est donc avec un grand plaisir que j’ai découvert « La guerre de Sécession » de l’historien britannique John Keegan.

Paru en 1997, « La guerre de Sécession » est un gros pavé retraçant le déroulé des évènements de manière chronologique dans ses premiers trois quarts avant de prendre du recul en proposant des sujets transverses dans la dernière partie.

Puisant ses origines dans une clause originelle de la Constitution américaine visant à abolir l’esclavage qui fournit la principale main d’œuvre pour l’exploitation des champs de coton des États du Sud, le différend s’envenime en 1860 quand Abraham Lincoln, le nouveau président des États-Unis entreprend de durcir le ton contre les onze états sécessionnistes qui ont crée la Confédération.

Les états du Nord regroupés dans l’Union et les Confédérés vont alors entrer dans un conflit armé avec en toile de fond la prise de contrôle des états de l’Ouest américain, vastes territoires alors considérés comme en friche.

Keegan dresse tout d’abord un tableau des forces en présence avec le nord des Etats Unis plus peuplé, plus riche, plus avancé industriellement et aux idées plus progressistes et le Sud, globalement pauvre, rural dont l’économie repose quasi exclusivement sur les exportations de cotons avec l’Europe.

Devant l’imminence de la lutte armée, les deux blocs vont devoir se structurer pour faire de volontaires peu expérimentés de véritables soldats.

Les officiers des deux camps, formés à l’Académie de West Point, s’inspireront des grandes armées européennes notamment napoléoniennes pour diriger leurs troupes.

Retranché à Washington, le brillant Lincoln affrontera à distance son adversaire sudiste Jefferson Davis localisé à Richmond en essayant de trouver le général d’exception capable de lui faire prendre l’avantage.

En effet, l’immensité du territoire, le manque de cartes fiables et le réseau de chemin de fer inharmonieusement développé vont rendre la conduite de la guerre particulièrement délicate.

A l’offensive, le Nord va chercher à prendre le contrôle des grandes rivières menant au Sud comme le Mississipi, l’Ohio et le Tennessee.

Le premier choc a lieu en 1861 à Bull Run prêt de Manassas, à la lisière de la Virginie ou les armées du général nordiste Mc Dowell trop confiantes, essuient une défaite face aux troupes de Beauregard et Jackson se dernier acquérant à cette occasion son surnom de mur de pierre « Stonewall ».

Prenant la suite des armées nordistes sous l‘autorité du chef d‘état major Mc Halleck, le général Mc Clellan va élaborer une stratégie assez attentiste misant sur l’évitement d’un choc trop frontal et sur une asphyxie économique du Sud, dont les exportations ont été stoppées par un blocus maritime de la Marine du Nord.

Officier brillant intellectuellement et bardé de diplômes, Mc Clellan va, à la tête de l’armée du Potomac, par son caractère indécis et angoissé, contribuer à bon nombres d’errements dans le déroulement des opérations militaires nordistes.

En 1862, à Shiloh prêt de Pittsburg, Grant qui a réussit à prendre deux forts navals stratégiques sudistes et Sherman  affrontent leurs homologues sudistes Johnston et Beauregard dans un espace réduit délimité par une végétation hostile.

Le résultat est terriblement meurtrier faisant plus de dix mille morts de part et d’autres en trois jours d’affrontements avec une nouvelle déconvenues du Nord.

Mc Clellan ne fera pas mieux lors de la bataille des sept jours prêt de la ville de Richmond et malgré une supériorité numérique écrasante sera vaincu par le fameux général sudiste Robert E Lee.

Redoutable combattant et meneur d’hommes, Lee et son fidèle général Jackson, compensèrent leur infériorité numérique en menant une guerre de mouvement faite de prises d’initiatives rapides et de manœuvres alors inédites mettant à mal les manœuvres timorées d’un Mc Clellan tétanisé au moment de conclure.

Portant la guerre sur le territoire nordiste, Lee affronte Mc Clellan dans l’état du Maryland à la bataille de l’Antietam.

Cette bataille est un nouveau carnage avec une nouvelle fois plus de dix mille morts de part et d’autres.

Malgré son ascendant, Mc Clellan est une nouvelle fois incapable de prendre l’avantage décisif que souhaite Lincoln qui finit par le limoger au profit de Burnside qui encaissera à Fredericksburg (Virginie) une des plus cuisantes défaites de l’Union.

Les Nordistes parviennent enfin à inverser la dynamique fatale à Gettysburg (Pennsylvanie) en 1863 ou le général Meade nommé en remplaçant de Hooker lui aussi gagné par le démon du doute, fait preuve d’un caractère suffisamment bien trempé pour prendre l’avantage sur Lee.

Mais une nouvelle fois l’horreur des combats et les 56000 morts, laissent les troupes si épuisées que Meade n’est pas capable de porter le coup de grâce aux Sudistes.

Cette victoire que d’aucuns voient comme le tournant de la guerre ou tout du moins le pic absolu de son intensité, se couple aux succès du général Grant qui parvient après une lutte acharnée à prendre la forteresse de Vicksburg puis dans la foulée à emporter les grandes villes d'Atlanta et de Knoxville.

Remarqué par ses succès militaires, Grant devient l’homme fort du moment et est nommé par Lincoln comme chef de de l'armée.

Intelligent, courageux et déterminé, Grant va charger son adjoint Sherman de mener une campagne de destruction  visant à faire souffrir les populations civiles du Sud pour abréger le conflit.

Le duo Grant-Sherman va se révéler enfin la combinaison idéale permettant à Lincoln de prendre inexorablement le dessus sur un Sud exsangue numériquement et économiquement.

Dés lors, les coups de bravoure de Lee ne parviendront qu’a repousser le lent effondrement des Confédérés qui se soldera par la défaite de Lee à Petersburg en 1865.

Après la reddition du plus brillant général sudiste, l’affaire tourne à la simple formalité pour Lincoln qui peut faire emprisonner le président Jefferson Davis.

La dernière partie du livre de Keegan, se propose de se focaliser sur divers angles d’appréciations du conflit comme le traitement des Noirs, admis après leur affranchissement par les armées de l’Union malgré de forts préjugés raciaux latents, les différentes personnalités des chefs de guerre, les innovations technologiques militaires comme le fusil Springfield, l’emploi de navires cuirassés ou même du premier sous marin sudiste le Hunley et enfin les écrivains de la guerre comme le poète Walt Whitman avant d’analyser les conséquences du conflit suite à l’assassinat de Lincoln en 1865.

En conclusion, « La guerre de Sécession » est un ouvrage titanesque qui satisfera la curiosité des plus acharnés d’entre vous.

Tout y est décrit ou presque avec un soucis minutieux du détail.

Keegan parvient à nous faire ressentir l’horreur d’un conflit qui fit plus de 6200 000 morts, assurément la plus grande boucherie avant les guerres mondiales.

On est frappé de la férocité de combattants partageant la même langue et une grande communalité culturelle, luttant dans de sanglants combats d’infanterie ou les hommes tentaient au courage de prendre des positions dans des lieux encaissés, boueux et à la végétation enchevêtrée.

Si j’ai bien entendu grandement apprécié le récit des conflits, il m’a été en revanche difficile d’assimiler toutes les informations et de discerner de manière synthétiques les grands tournants de la guerre que sont Antietam, Gettysburg ou Vicksburg.

La facette la plus intéressante du livre a été pour moi l’analyse des stratégies de chefs, avec les multiples hésitations de généraux premiers de la classe perdant leurs moyens dans le feu de l’action ce qui rend pour moi la guerre si fascinante en tant que révélatrice ultime de la personnalité profonde d’un individu.

Au final on ressort de cette lecture ébranlé, charmé, fasciné par la grandeur de personnages dignes de rentrer dans l’histoire comme Lincoln, Grant, Lee ou à un niveau moindre Meade, Jackson.

Une œuvre particulièrement dense qui vous marque au fer rouge.

Commentaires