Histoire du catholicisme (Jean-Pierre Moisset)

 

 



 Voila bien longtemps que je souhaitais me documenter sur la religion catholique, ceci est chose faite avec « Histoire du catholicisme » de l’historien Jean-Pierre Moisset.
Paru en 2006, ce volumineux ouvrage de près de 500 pages découpé en dix chapitres, retrace de manière chronologique les grandes étapes de la construction et de la diffusion de la plus grande religion du monde en nombre d’adeptes.
On commence par la naissance du christianisme au Moyen-Orient aux alentours de 30 après JC avec la vie brève de Jésus qui légua par son exemple un héritage important que ses Apôtres couchèrent par écrit ultérieurement dans les Evangiles.
Dès le début, le christianisme dut lutter contre le judaïsme, religion plus ancienne et concurrente et la société romaine, qui voyait dans les chrétiens de dangereux agitateurs mettant en péril la paix sociale.
Mais aucune persécution ne put venir à bout de cette expansion et le christianisme qui parlait aux couches les plus pauvres de la société, finit par dévorer de l’intérieur le paganisme de l’Antiquité, notamment par la célèbre conversion de l’empereur Constantin en 312.
 Au sein des multiples églises qui se développent en Occident en Orient et en Afrique, une hiérarchie commence ensuite à se dessiner dans laquelle les évêques ou papes trônent au sommet, au dessus des diacres, prêtres, sous-diacres, exorcistes, lecteurs, guérisseurs et portiers.
Inévitablement des rivalités et dissensions apparaissent, avec le développement dans les peuples germanique de l’Arianisme récusant la Sainte Trinité et donc la nature divine du Christ.
La traduction des Evangiles du grec en latin ainsi que l’apparition du monachisme sont une autre source importante de diffusion du christianisme dans le monde, les moines, vivant en communautés souvent en marge du monde et parfois de manière ascétique, provoquant par la force de l’exemple bon nombre de conversions.
Malgré un contact parfois rugueux avec les populations barbares, le christianisme séduit également les Franc par Clovis (499) puis les Wisigoths par Récarède (587) mais une nouvelle crise dite monophysite fusionnant la nature humaine du Christ avec sa part divine, est déclenchée par un moine turc Eutychès éclate, aboutissant en 451 après le concile de Chalcédoine, à la création des églises monophysites en Mésopotamie, Syrie (Syriaque), Arménie, Egypte, Ethiopie (Copte).
Malgré des succès en Angleterre et Scandinavie, l’Eglise catholique occidentale se heurte ensuite à certains souverains acceptant mal de se soumettre à l’autorité du Pape et est ensuite mise sous tutelle par les empereurs du Saint Empire Germanique qui suivent ainsi l’exemple de Charlemagne en 800 après JC.
L’agressivité de la conquête musulmane au Moyen-Orient et en Espagne pousse ensuite les Papes à lancer à la fin du XI ième siècle des appels aux Croisades dont un des effets est d’entériner le schisme entre Eglise d’Occident et d’Orient dite Orthodoxe.
Ces expéditions restées célèbres comme symbole des guerres de religions menées par l’Occident, se révèlent dans les faits des entreprises hasardeuses, dont les éphémères succès ne sauraient masquer les humiliantes défaites et les récits de pillage/saccages.
Seule l’entreprise espagnole moins éloignée se termine par une victoire nette et une reconquête chrétienne face aux Ottomans
En Europe, la montée de mouvements contestataires comme les Cathares qui nient le caractère divin du Christ, poussent à la création en 1231 de l’Inquisition, qui tout particulièrement en Espagne frappera avec la plus grande sévérité tous ceux jugés coupables d’hérétisme avec de méthodes restées dans l’histoire : tortures et bucher.
Après la fin des Croisades et la création de l’Inquisition, la création des ordres mendiants est l’autre évènement majeur de ce siècle.
Les Dominicains (Dominique de Guzman) et les Franciscains (Saint François d’Assise) en sont les plus émanations les plus connues avec comme principe directeur la renonciations aux biens matériels, la vie en communauté, la subsistance par le travail manuel ou la mendicité.
En ce siècle florissant pour la foi, des cathédrales et églises se construisent et les pèlerinages dans les lieux saints (Rome, Jérusalem, Compostelle, Cologne, la Vierge du Puy, le Mont Saint Michel) drainent des milliers de fidèles désireux d’embrasser le catholicisme.
Sous l’égide de théologiens (Anselme, Abélard mais surtout Thomas d’Aquin) un courant se répand tentant de concilier foi chrétienne et philosophie grecque aristotélicienne.
Ces brillants peseurs fondent donc la scolastique, qui malgré son rayonnement sera regardé avec défiance par la haute autorité du clergé.
Le XIVième siècle est marqué par les famines, les guerres (guerre de 100 ans entre la France-Angleterre) mais surtout les terribles épidémies de peste qui mettent à mal l’Europe en décimant sa population et érodant la foi chrétienne, la plongeant dans une vision sombre torturée et macabre du monde dont les écrits et représentations artistiques de l’époque font écho.
Plus tard, la Renaissance a outre son indéniable impact artistique sur les églises du Vatican (Michel-Ange, Raphael, Botticelli) comme effet pervers le dévoiement de la Papauté sous les Borgia qui sombre dans une vie de débauche, de corruption et de violence.
Ces écarts provoquent une remise en question du clergé par certains penseurs comme John Wyclif ou Jean Hus qui payent très chers leurs propos hérétiques.
En parallèle, l’expansion intellectuelle de la Renaissance provoque dans la société une réinstauration de la culture hellénique classique qui avait été dénigrée jusqu’alors par l’Eglise et surtout un examen critique de récits historiques (Boccace, Pétrarque).
En 1517 éclate l’un des plus grandes ruptures de la religion chrétienne avec Luther puis Calvin qui propagent une autre vision du christianisme sans faire appel au mérite moral personnel pour accorder le Salut à l’homme, rejetant la messe, le célibat des prêtres, le jeune, l’oisiveté monastique, la vénération des images et des Saints.
Ce mouvement appelé protestant, séduira massivement l’Europe du Nord et sapera de manière durable le catholicisme en prenant 1/3 de ses territoires et en provoquant de sanglantes guerre de religion en France et en Angleterre.
En réaction, l’Eglise doit se réformer afin de rompre avec ses pratiques déviantes.
Ce sera chose faite avec le concile de Trente, qui rappellera les règles morales du clergé et qui sera mis en œuvre par les différentes papes.
Fondée en 1535 par Ignace de Loyola, la Compagnie de Jésus est un ordre très structuré et puissant chargée entre autres de missions d’évangélisation l’amenant parfois dans des destinations lointaines.
Les Jésuites joueront ainsi un rôle prédominant dans l’expansion du catholicisme sur fond d’esclavage en Amérique latine et en Afrique, l’Asie aux traditions millénaires (Japon, Chine, Inde)  demeurant un échec d’implantation massive mise à part aux Philippines.
La société évoluant vers plus de rationalité, l’Eglise assouplit les modalités d’actions de l’Inquisition qui a la fâcheuse tendance à voir des sorciers partout et doit faire face à la poussée du mouvement Janséniste qui tente d’assouplir les conditions d’obtention du Salut accordée à l’homme, ainsi qu’aux avancées des grands astrophysiciens de son temps : Bruno, Copernic, Kepler, Galilée et Newton.
Cette tendance perdure dans le siècle des Lumières, les savants et philosophes (Diderot puis Marx, Lamarck, Darwin, Ernest Renan) gagnant en influence au sein de la société au détriment du pouvoir de l’Eglise qui doit progressivement se soumettre aux Etats.
La Révolution française est un choc majeur aboutissant à la confiscation/destruction des biens de l’Eglise et à la persécution des prêtres dont beaucoup sont assassinés ou contraints à l’exil.
Dépassée par le progrès social, technique et l’évolution des mœurs, jamais l’Eglise ne récupéra son statut passé, ses tentatives de pénétrations des couches ouvrières les plus pauvres des villes, aboutissants à des fusions dangereuses des prêtres ouvriers avec les idées marxistes.
Il faut dire que face aux deux conflits mondiaux, l’Eglise se montre d’une réserve embarrassante, Benoit XV refusant de prendre partie pour l’un des deux camps, et Pie XII préférant une action ponctuelle et discrète plutôt qu’une opposition frontale à Hitler.
En perte de vitesse après guerre dans une Europe en phase de déchristianisation, l’Eglise catholique se tourne vers l’Amérique latine, l’Afrique et l’Océanie ou son influence reste prégnante.
En contrepartie, les clergés de ces pays prennent parfois des positions indépendantes comme l’action de l’évêque Helder Camara au Brésil, qui  comme ses collègues latino-américain propage une vision sociale et politiquement engagée à gauche du catholicisme qui pousse Jean-Paul II nommé en 1978 à la rappeler à l’ordre.
Le très charismatique et médiatique Pape Jean-Paul II connu pour son courage a du mal à tenir des positions conservatrices sur la morale et le sexualité face aux opinions publiques avides d’accomplissement personnel et de liberté.
Aussi si l’église catholique continue de mobiliser des foules importantes lors des journées mondiales de la jeunesse, ceci ne contribue pas à masquer une désaffection de la foi en Europe auprès de population plus aptes à se tourner vers d’autres voies moins dogmatiques pour étancher une soif de spiritualité.
En conclusion, « Histoire du catholicisme » ne m’a pas déçu et constitue un pavé essentiel pour qui désire comprendre le monde et en particulier occidental tel que nous en avons hérité aujourd’hui.
Riche et dense, cet ouvrage trace les grandes évolutions de cette religion fondatrice issue du Moyen-Orient qui connut une expansion foudroyante dans l’Antiquité en raison de son message universel parlant aux plus démunis, puis régna sur l’Occident durant tout le Moyen-âge malgré les terribles dissensions internes et une violence reflet de son époque (Guerres, Inquisition, Croisades).
Plus tard les progrès de la Science durant le Renaissance et le Siècle des Lumières, affaiblirent inexorablement le pouvoir de la religion chrétienne, qui malgré sa farouche résistance et des condamnations exemplaires fut contrainte au recul.
Ce recul accéléré par l’incapacité des Papes à s’opposer aux grands conflits mondiaux et aux massacres de millions de personnes, reste aujourd’hui pour moi toujours d’actualité dans un Occident préférant d’autres approches moins rigides et morales de la spiritualité.
Restent que la culture populaire, la splendeur des cathédrales et des œuvres d’art, l’exemplarité de la vie monacale et certains grands textes scolastiques demeurent de formidables témoignages de cette histoire incontournable de l’Humanité !

Commentaires