Une fenêtre à Copacabana (Luiz Alfredo Garcia-Roza)
Retour avec grand plaisir à la littérature brésilienne en dégustant « Une fenêtre à Copacabana » de Luiz Alfredo Garcia-Roza.
Sorti en 2006, ce quatrième volet des aventures du commissaire Espinosa commence par une embarrassante affaire de meurtres de policiers dans les quartiers sud de Rio de Janeiro.
Ramos et Silveira, deux flics apparemment sans histoires sont assassinés selon le même mode opératoire, une balle tirée à bout portant, le second d’entre eux étant même tué sur une place publique près de l’avenue Atlantica.
Intrigué, Espinosa se saisit de l’enquête et compte tenu de la sensibilité de l’affaire, crée une cellule spéciale composée d’un petit nombre de policiers de confiance comme son fidèle adjoint Welber, Ramiro et Arturo un jeune tout juste sorti de l’école de police.
Les consignes données sont strictes : silence absolu sur cette enquête qui risque de provoquer des remous en interne surtout que le commissaire ne croit absolument pas à la thèse trop commode d’un serial killer tueur de flics.
En s’intéressant au mode de vie des victimes, Espinosa découvre des fonctionnaires médiocres, effacés menant pourtant un train de vie en décalage avec leurs maigres salaires : appartements cossus à Barra da Tijuca, nombreuses voitures haut de gamme, femmes au foyer et maitresse qu’ils entretenaient.
Même si ils ne cherchaient visiblement pas à attirer l’attention en affichant leur richesse, il devient évident pour Espinosa que le mobile du meurtre a trait à une affaire de corruption.
Malheureusement, l’enquête révèle rapidement que l’écrasante majorité des policiers de la ville sont impliqués dans ce type d'affaires et reçoivent un pourcentage dans le système de jeu clandestin du jogo do bicho.
L’équipe d’Espinosa affronte donc la méfiance voir l’hostilité de leurs collègues qui bien souvent doublent ou triplent leurs salaires par ce type de combines.
L’enquête se complexifie ensuite lorsque le tueur s’en prend également aux maitresses des policiers, visiblement elle-aussi impliquées dans le trafic.
L’une d’entre elle, Céleste, une ex danseuse des cabarets de Botafogo, échappe par miracle à une tentative d’assassinat, sa cousine Rita étant tuée à sa place, en étant jetée d’une fenêtre d’un immeuble de Copacabana.
Heureusement, une femme, Serena Rodes assiste en directe au meurtre et alors que tout est fait pour étouffer l’affaire qui embarrasse le puissant homme politique qui l’entretenait, commence à en devenir obsédée.
Elle-même mariée à un économiste proche des cercles du pouvoir, Serena peine à convaincre son propre mari qui souhaite lui aussi se contenter de la thèse officielle et bien pratique du suicide.
Elle prend donc les devants et des risques importants en s’intéressant de prêt à la suite de l’affaire, louant l’appartement dans lequel a eu lieu le meurtre et finissant par prendre contact directement avec Espinosa.
Homme solitaire, divorcé et entretenant une liaison complexe avec Irene une graphiste de São Paulo, Espinosa se montre prudent mais décide finalement d’écouter Serena.
Il peut ainsi par son témoignage remonter la piste de Céleste et entrer en contact avec elle.
La sachant en danger de mort, Espinosa va essayer de faciliter sa protection mais en réalité la jeune femme prendra elle-même souvent les devants en changeant fréquemment de lieu de résidence et en déposant chez plusieurs avocats une liste des principaux policiers impliqués dans le trafic du jogo do bicho au cas où il lui arriverait quelque chose.
Cette décision courageuse de Céleste sera exploitée par Espinosa pour mettre en garde ses collègues contre les entraves à la résolution de son enquête et la gangrène de la corruption.
Il va également peu à peu croire Serena et succomber à son charme, sans parvenir à coincer l’insaisissable tueur qui finira par la tuer de la même manière que Rita.
Lorsqu’Espinosa reçoit une lettre d’adieux de Céleste, il comprend qu’il a été dupé par cette femme.
Elle-même membre du trafic, elle a profité de l’occasion lorsque les policiers convoyeurs de fonds ont décidé de détourner à leur profit l’argent du racket et les a un à un éliminé alors qu’ils ne se méfiaient pas d’elle.
En conclusion, « Une fenêtre à Copacabana » est un très bon roman policier qui avec un style concis d’une beauté épurée entraine le lecteur dans les arcanes de la corruption de la police des quartiers sud de Rio.
Le personnage d’Espinosa : flic entre deux âges, solitaire, intègre, dégoûté de la police jusqu’à songer à se reconvertir en bouquiniste est pour moi particulièrement attachant.
On pense bien sûr parfois à « Fenêtre sur cour » le chef d’œuvre d’Hitchcock dont l’ombre plane en permanence sur l’intrigue pour finalement se conclure par un échec du héros, manipulé par une femme dangereuse exterminatrice de flics ripoux.
Et si « Une fenêtre à Copacabana » était au fond un roman policier féministe ?
Il est plus sûrement un véritable délice de lecture tropicale.

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