La passante du Sans-Souci (Joseph Kessel)
« La passante du Sans-Souci » autre grand classique de Joseph Kessel est un livre étrange et plutôt déroutant.
L’histoire raconte dans le Paris des années folles (vers 1935 ) une étrange relation entre le narrateur, un écrivain sur la pente descendante et une jeune femme du nom d’Elsa Wiener.
Tout d’eux évoluent dans l’univers fascinant et dangereux du Montmartre nocturne avec ses cabarets, ses usines à plaisirs et la foule hétéroclite de marginaux, prostituées, voyous et artistes qui la composent.
Un matin à la lueur d’une nuit blanche alors qu’il déprimait dans un bar du nom du Sans-Souci, l’écrivain est séduit par la vue d’une belle femme marchant très vite dans la rue.
Il la revoit passer plusieurs jours de suite, parvient à l’aborder et entre progressivement dans sa vie.
Elsa Wiener est une chanteuse allemande de cabaret qui a fui son pays alors que son mari Michel avait été capturé par les Nazi et envoyé dans un camps de concentration pour avoir été soupçonné de vendre de la littérature dite « de gauche ».
Elsa a fait le voyage avec Max, un jeune juif enfant rendu infirme par les Nazi, passionné de littérature et qui veille jalousement sur elle.
Tout deux forment donc un étrange couple donc, complètement atypique vivant en réfugiés dans des conditions plus que modestes dans un petit hôtel de Montmartre.
L’écrivain devient vite le confident de ce curieux duo et une étrange et très forte relation commence ainsi.
En réalité la roman tourne autour tout entier autour d’Elsa, qui tel un soleil dans un océan de plaisir nocturnes artificiels fascine complètement l’écrivain.
Elsa est obsédé par son mari détenu en Allemagne.
Elle vit une sorte d’amour par procuration, une relation quasi divinisée par l’éloignement.
Elle va consacrer toute sa vie et son énergie à envoyer de l’argent en Allemagne pour la survie de son mari.
Rapidement comme l’écrivain, le lecteur devient lui même fasciné par la personnalité d’Elsa, à la fois fantasque, sensible, fragile et émouvante.
Meme Max enfant-adulte grandi trop vite par les circonstances de la vie devient formidablement attachant.
Le livre dépeint la lente déchéance morale et physique d’Elsa, qui criblée de dettes va s’enfoncer par amour pour son mari dans la prostitution, la drogue et l’alcool.
L’écrivain essaiera de toutes ses forces d’aider Elsa, en lui trouvant par exemple des petits rôles dans le cinéma mais on comprend vite qu’il ne peut assister comme nous qu’à la lente descente aux enfers d’une belle jeune femme.
Je dois avouer que pendant les trois quarts du livre j’ai pensé qu’on ne verrait jamais Michel, le mari d’Elsa et que cette homme n’existait que dans l’esprit d’une femme angoissée jusqu’à la paranoïa.
J’avoue que cette fin purement Hitchcockienne m’aurait grandement séduit.
Mais finalement Michel prend place dans la réalité, sort de son camps et retrouve sa femme, entre temps devenue une épave desséchée par les excès.
Bien sur les trois compères cachent la vérité de la situation d’Elsa pendant cette année de séparation mais bien vide le couple s’aperçoit que leur relation n’a plus rien d’amoureuse.
Elsa ne plait plus à Michel et Kessel nous fait comprendre que cet amour distant et idéalisé qui constituait le moteur de la vie d’Elsa n’est plus la pour la soutenir.
La détresse de Max, petit homme fidèle dévoré par la douleur de sa femme-soleil est elle aussi poignante.
Finalement tout cela finit mal et Elsa se tue.
Cruelle destinée, cruel parcours.
« La passante du Sans-Souci » est un roman dur, qui met mal à l’aise et émeut tant Kessel parvient à nous faire entrer en empathie avec les personnages.
A mon sens Kessel a du connaître une Elsa, une belle femme fragile et artiste dont il a vu la tragique destinée et il a voulu coucher sur le papier cette histoire qui l’a fortement marquée pour quelque part lui donner une part d’immortalité.
En toile de fond, le livre nous montre également la fin d’une époque avec la montée de l’Allemagne Nazi et la fin des années folles dans le Paris des années 30.
Bref une histoire triste et bouleversante magnifiée par le talent de l’auteur.
Je déconseille ce livre à tout amateur/trice de la "positive attitude" si chère à la chanteuse Lorie.
Je déconseille ce livre à tout amateur/trice de la "positive attitude" si chère à la chanteuse Lorie.

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