99F (Frederic Beigbeder)
Paru en 2000, « 99F » de Frederic Beigbeder est le best seller qui fit de lui la star qu’il est devenue à présent et il n’était pas rare de trouver durant la décennie qui suivit sa parution au moins une personne par rame de métro le dévorant.La trame de « 99F » est assez accrocheuse, Octave Parrango un trentenaire parisien travaillant comme créatif dans une agence de publicité fort cotée appelée la Ross&Witchcraft découvre à la veille de se rendre chez un gros client, le fabricant de yaourt Madone, qu’il ne supporte plus son travail.
Se trouvant alors des velléités de rebelle et une forte envie de se faire licencier, le jeune homme va alors brosser une critique cynique et délirante d’un monde surréaliste ou les gens se prennent pour les maitres du monde en raison des énormes sommes d’argent qu'ils brassent.
Octave raconte en effet tout, de la prise de contact avec le directeur du service marketing du client, l’imbuvable Alfred Duler, au tournage du film publicitaire à Miami en passant par la difficile phase de « création » de la publicité et celle non moins difficile de l’acceptation par le client, les séminaires de motivations dans les palaces du Sénégal ou les soirées bling-bling à Cannes.
Aux cotés de ses amis Jeff et Charlie, surveillé de prés par son chef Marc Marronnier, Octave nous fait beaucoup rire avec ses anecdotes savoureuses mais aussi fortement réfléchir en comparant la puissance de la publicité à celle utilisée par le III iéme Reich pour magnétiser des foules pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Car Octave est avant tout un révolté, dégouté par le processus de conditionnement mental et d’abêtissement de la société que provoque l’incessant lavage de cerveau du matraquage publicitaire.
Impossible pour lui en effet d’échapper à cette puissante force qui s’arrange pour nous frustrer en permanence afin de nous faire désirer ce dont nous n’avons pas en réalité besoin afin de combler cette souffrance.
Mais « 99F » comme tous les romans de Beigbeder décrit également les souffrances d’un homme jeune, incapable de trouver le bonheur, d’être heureux avec sa femme Sophie qui le quitte une fois qu’elle lui annonce être enceinte et qui trouve un palliatif à ses démons intérieurs par une consommation excessive de cocaïne et la fréquentation de prostituées, telle la superbe maghrébine Tamara, qu’il paye cher pour flirter.
Malgré elle, Tamara deviendra un personnage clé du roman en raison de l’attachement que lui portera Octave pour le faire finalement beaucoup souffrir quand elle partira avec le patron de Madone, rencontré sur le tournage du spot de publicité.
Beigbeder poussera l’outrance à son maximum en basculant dans le surréaliste avec le meurtre d’une vieille actionnaire de Miami et la fausse mort de Sophie, devenue en réalité l’amante de son patron, Marc Marronnier, tout deux coulant des jours heureux cachés dans les iles caïmans.
En conclusion, malgré sa folie, « 99F » est un livre brillant et formidablement réussi qui mérite largement son succès.
Alors jeune écrivain, Beigbeder puise dans son expérience de publicitaire pour exploiter un formidable matériau et réaliser une réflexion intéressante sur l’influence du pouvoir pas si anodin de la publicité qui d’une certaine manière « fait » le monde de multi média sur informés dans lequel nous vivons actuellement.
Il allie à cette légitimité intellectuelle, une forme des plus divertissantes ou l’humour ravageur et délirant parvient à masquer avec succès une certaine angoisse existentielle.
On pense par instant à Michel Houellebecq pour le pessimisme social, à Brett Easton Ellis pour le coté trash, voir au final à Selby Jr dans un registre moins prolétaire et moins sombre.
Si vous ne devez lire qu’un seul livre de cet auteur assez controversé, je vous recommande celui-ci, sans nul doute son meilleur.

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