Extension du domaine de la lutte (Michel Houellebecq)
Premier roman de Michel Houellebecq, « Extension du domaine de la lutte » est sans nul doute l’une des plus belles réussites de cet auteur controversé.
L’histoire située au début des années 90, raconte la lente dérive d’un ingénieur informaticien de trente ans qui travaille sans passion dans une société de services en informatique.
Le héros, fortement ébranlé psychologiquement par une séparation datant de deux ans porte un regard amer, lucide, mordant et cynique sur la société française moderne.
Au cours d’une mission pour le ministère de l’agriculture, notre informaticien va devoir faire de courts séjours en province à Rouen, La Roche sur Yon, Les Sables d’Olonne et travailler en collaboration avec Tisserand un jeune cadre technico commercial à la laideur atroce.
Par l’entremise de son héros, Houellebecq expose sa vision pessimiste du monde et ses théories quelques fois contestables mais toujours intéressantes.
Dans une société ultra libérale occidentale fondée sur un double modèle avec du coté masculin l’argent, la domination et la peur du coté féminin la séduction et le sexe, il conclut à la dégénérescence des sentiments humains et à l’impossibilité d’aimer.
Ce phénomène est pour lui une extension du capitalisme, et génère une double lutte pour la survie ou une minorité parvient par chance ou habileté à gagner sur tous les tableaux et une majorité agonise lentement en se serrant la ceinture.
Le cas de Tisserand, plutôt gagnant sur le plan économique du modèle masculin mais en revanche totalement en bas de l’échelle sur le plan de la séduction, est des plus intéressants.
Lui et le héros forment un couple de loosers pathétiques ne parvenant même pas à aller jusqu’au bout de leur révolte en assassinant une jeune adolescente et son amant à la sortie d’une discothèque bretonne par une désespérante veille de Noël.
Finalement, souffrant trop de son décalage avec ce monde déshumanisé, l’informaticien craque et s’enfonce lentement dans une dépression sans retour.
En conclusion, « Extension du domaine de la lutte » est un livre qui vaut surtout le coup pour son style unique ou se côtoient humour ravageur, froid désespoir et brillantes analyses sociologiques.
L’histoire de cet informaticien fatigué de vivre est au fond commune à celle de beaucoup de jeunes français qui peinent aujourd’hui à exister dans des rapports humains épanouissants et constructifs, comme si notre modèle libéral occidental fondé sur une société de consommation exacerbée et une liberté sacralisée tuait au final l’individu.
On notera la virulence des attaques contre la psychanalyse et l’impuissance de la religion toujours perdante face à l’attrait de la chair.
Bien qu’écrit il y a plus de 20 ans maintenant, « Extension du domaine de la lutte » est pour moi LE livre de notre époque et mérite en cela toute notre considération.

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