Fort comme la mort (Guy de Maupassant)
Paru en 1889, « Fort comme la mort » est le dernier des six romans majeurs de Guy de Maupassant.Écrit quelques années avant la mort de l’écrivain, « Fort comme la mort » raconte une histoire d’amour d’une intensité inouïe entre un peintre à succès Olivier Bertin et une bourgeoise mal mariée à un député versé dans l'agriculture, Anne de Guilleroy.
Résidant à Paris, Olivier est un célibataire d’âge mur, un artiste reconnu ayant pignon sur rue, qui entretient une relation de longue date avec Anne qu’il a aimé passionnément depuis sa jeunesse lorsqu’elle posait pour lui.
Bien que s’étant muée en amour plus raisonnable et pragmatique, cette passion de jeunesse est complètement partagée par Anne et les vies des deux amants sont si imbriquées qu’il ne se passe pas une seule journée ou une rencontre n’ait lieu.
Pourtant, l’arrivée à maturité d’Annette, la fille de Anne va peu à peu bouleverser ce bonheur puissant et paisible.
En effet, avec le temps, Olivier va de plus en plus se sentir attiré par Annette en raison de l’incroyable mimétisme physique avec sa mère.
Le peintre alors vieillissant, voit surgir devant lui l’incarnation de la jeunesse perdue de son amante et ne peut réprimer le développement d’une attirance purement irrépressible.
Bien entendu, Anne comme toutes les femmes amoureuses perçoit ses petits changements dans le comportement de son mari et va elle aussi comprendre peu à peu l'impitoyable vérité.
Peinée par une jalousie contre laquelle elle ne peut rien, elle va se lancer dans une course contre le temps qui passe en voulant par de multiples artifices (jeux de lumières, régimes, maquillage et tenues sophistiqués) retenir la marche inexorable du temps.
Mais Anne ne sera pas la seule à endurer les affres de la jalousie, puisque Olivier va également perdre l’esprit en découvrant que Annette fréquente le jeune marquis de Farandal, beau parti qui lui est destiné par sa famille.
Le point culminant de cette jalousie sera la représentation de l'opéra Faust, ou Olivier ne supporte pas l'engouement de la jeune fille pour un jeune ténor chantant la recherche de la jeunesse éternelle.
Maupassant tisse donc une toile diabolique avec un homme d’âge mur obsédé par l’image rajeunie de son amante, courant après un songe inaccessible et s’enfonçant toujours plus dans les tourments de la jalousie et une amante délaissée, elle aussi obsédée par un sentiment de déchéance ravivé par le détournement de son amant.
Il est donc logique que dans un tel contexte, le dénouement ne fut que tragique pour ce pauvre Bertin, qui se jeta de dépit sous un fiacre en apprenant le mariage imminent d’Annette et après avoir subi une attaque contre son art, jugé démodé.
Mais Maupassant sublime la fin de l’histoire en provoquant un ultime rapprochement avec la vieille maitresse fidèle, venue sur le lit de mort de son amant, l’accompagner dans son dernier voyage poignant vers l’au-delà.
En conclusion, « Fort comme la mort », est une nouvelle fois un roman d’une intensité dramatique folle.
Le style si sobre et puissant de Maupassant, est mis au service d’une histoire incroyablement émouvante sur le temps qui passe, provoquant la fissuration des physiques les plus beaux et les plus forts et les tourments psychologiques de ceux qui les subissent.
Par delà les ravages du temps et l’obsession universelle pour la jeunesse, subsiste l’amour qui sous de multiples formes relie les êtres humains de manière intime, étroite et complexe.
Bertin et Anne forment un tout indissociable, une association symbiotique, qui même mise à mal par les événements, survit jusqu’à la fin avec la disparition d’un des deux êtres entrainant probablement celle du second.
Avec ce roman sombre et puissant, Maupassant touche une nouvelle fois l’essentialité de l’humanité se composant de l’amour et de la mort.
Un chef d’œuvre a déguster avec une certaine maturité.

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