In memoriam (Linda Lê)
Envie d’une littérature plus sombre avec « In memoriam » est de Linda Lê.
« In memoriam » est l’histoire d’une terrible souffrance suite à un deuil.
Le
narrateur est un homme, critique littéraire dans une maison d’édition
le jour, écrivain passionné au succès modeste pendant ses nuits.
Cet
homme vient d’apprendre le suicide mystérieux de son amie, Sola,
écrivain elle aussi, dont il admirait le talent fulgurant et avec
laquelle il entretenait une relation amoureuse passionnelle.
Alors
cet homme dévoré par la douleur et le choc, décide de tout raconter
dans un livre pour rendre hommage à cette femme qui a marqué sa vie,
pour en quelque sorte se soulager et lui ériger un temple mortuaire
digne de à sa mémoire.
On
apprend relativement peu de chose sur Sola, si ce n’est qu’elle était
la fille d’un immigré iranien, qui se considérait comme un raté et qui
un soir est mort, sans doute par suicide.
La découverte puis la lecture du journal intime de cet homme est un poignant moment de dérive humaine.
Sola, brillante écrivain, était également sujette à de violentes crises de dépression.
Étrangement
alors qu’on pourrait penser que Linda Lê se raconterait à travers le
portrait de cette femme présentant de nombreuses similitudes avec sa
propre histoire, c’est surtout le personnage du narrateur qui sera le
plus étoffé.
On
découvre en effet tous les recoins les plus intimes de cet homme dont
le plus grand problème est d’avoir souffert dés son plus jeune age d’un
complexe d’infériorité par rapport à son frère aîné Thomas, plus beau ,
plus intelligent, plus charismatique qui a réussi une brillante carrière
d’avocat tout en dénigrant son frère désigné comme le « raté de la famille ».
Se réfugiant dans les livres auxquels il voue sa vie, le narrateur rencontre par hasard Sola et cette rencontre change sa vie.
Leur relation est rapidement passionnelle, destructrice.
Le narrateur très possessif paraît rapidement souffrir et se torturer.
Logiquement plus il essaie de posséder Sola plus celle ci prend ses distances.
Puis
vient la première crise de Sola et la prise de conscience d’une
terrible maladie souterraine rampante et annihilatrice contre laquelle
le monde extérieur paraît bien impuissant.
Le narrateur commet ensuite la plus grave erreur de sa vie en présentant Sola à son frère Thomas.
Celui ci bien que marié tombe sous le charme et décide de la ravir à son frère.
Sola
est elle aussi séduite par Thomas ….le narrateur revoit brutalement
ressurgir ses vieux complexes et tente de manière un peu désespérée de
conserver cette femme.
S’ensuit
une sorte d’horrible et cruel triangle amoureux … aboutissant à un
enfoncement de Sola dans la maladie et à son suicide sans explication.
« In memoriam » est un roman douloureux et cathartique dont chaque page vous écorche le cœur.
Les
personnages, très torturés, naturellement plus enclin à la souffrance
qu’au bonheur se débattent dans des sables mouvants mentaux qui les
engloutissent peu à peu.
Le
personnage de Sola m’est apparu comme celui d’une jeune femme atteinte
d’une forme chronique et grave de dépression, sans doute d’origine
génétique et héréditaire ; celui du narrateur comme faible et rempli de souffrances indélébiles.
On
peut trouver le sujet trop lourd, se sentir mal à l’aise devant des
êtres humains se mettant si profondément à nu et également se demander
si au final l’hommage n’est pas adressé à ce narrateur pleurant une
romancière morte par un habile processus d’inversion.
J’ai
été impressionné par la qualité littéraire de la langue employée,
notamment la recherche de mots savants et peu usités, même si la
recherche récurrente de métaphores m’a quelques fois aussi agacée.
Ce livre défrichant néanmoins de sombres contrées mérite d’être salué pour sa profondeur et son courage.


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