Justine ou les malheurs de la vertu (Sade)

Il manquait dans ce blog dans l’œuvre du Marquis de Sade son premier ouvrage « Justine ou les malheurs de la vertu ».

Fidèle à un procédé qui sera rendu habituel chez lui, Sade adopte le principe du conte philosophique pour narrer les aventures d’une jeune fille nommée Justine, qui ruinée à la suite de la mort de ses parents, choisit contrairement à sa sœur Juliette qui décide de vivre en sa faisant entretenir, la voie de la vertu morale et religieuse.

Bien entendu, Sade va se venger du choix de son héroïne en la plongeant dans une suite ininterrompue d’aventures de plus en plus horribles afin de la punir de ne pas renier des principes auxquels il est farouchement opposé.

Tout d’abord Justine va se heurter à la malhonnêteté d’un usurier chez qui elle était employée, Monsieur Du Harpin.

Ayant refusé de séduire un voisin pour le voler, Justine va se retrouver elle-même accusée de vol par son patron et emprisonnée à la Conciergerie dans l’attente d’un jugement  fatal.

La, le destin de l’infortunée bascule avec la rencontre avec sa codétenue la Dubois, une femme vicieuse et retorse qui lui permet néanmoins de s’échapper de son cachot.

Devenue par la force des évènements une hors la loi, Justine va se retrouver une première fois malmenée par les comparses de la Dubois après avoir refusé de se joindre à eux.

Battue et violée par un dénommé Cœur de Fer, Justine va ensuite subir les sévices de Saint Florent, un commerçant lyonnais qu’elle a pourtant sauvé d‘un guet apens.

Puis viendra le tour du Comte de Bressac, qui l’embauche pour servir de domestique à sa tante Madame de Bressac.

Mais de Bressac bien que bel homme, est un débauché, homosexuel, cruel, méprisant les femmes et haïssant sa tante jusqu’à désirer l’assassiner par empoisonnement.

Désireuse de prévenir sa maitresse, Justine est encore une fois victime de sa vertu, puisque non seulement elle ne peut empêcher le meurtre, mais elle se trouve elle-même accusée et cruellement châtiée par le Comte qui la scarifie au fer rouge de la marque des criminels.

S’ensuit l’épisode sans doute le plus extrême et le plus délirant du récit, avec l’emprisonnement de Justine dans le monastère de Saint Marie des Bois, véritable forteresse tenue par des moines pervertis enlevant des jeunes filles de la région pour les traiter en esclaves sexuelles.

Prise entre les mains de moines puissants, Justine doit se soumettre à des règles sophistiquées ou règnent  sévices sexuelles les plus extrêmes et châtiments corporels vicieux.

Ayant pressenti que la mort sera la seule issue que lui accorderont les moines, Justine prend son courage à deux mains et s’évade de la prison.

Mais elle retombe dans une autre forme d’horreur avec le vicomte de Gernande qui ne peut jouir qu’en pratiquant des saignées sur les femmes.

Le procédé se répète, Justine échappant à un bourreau pour retomber sous l’influence d’un autre, comme Roland, faux monnayeur lui aussi adepte de sévices sexuels horriblement raffinés comme la pendaison.

Lorsqu’elle parvient à contacter un juge honnête qui peut la tirer d’embarras, c’est pour retomber ensuite dans d’autres tracas et retrouver ses anciens persécuteurs comme la Dubois, Saint Florent ou le moine Antonin , qui profitent encore d’elle alors qu’elle est accusée d’avoir jeté un enfant dans les flammes.

Alors que Justine finit par préférer la mort à ce trop plein d’injustice, elle est reconnue par sa sœur dans une auberge.

Juliette devenue Madame de Lorsange et épouse de Monsieur de Corville, intervient pour la tirer de ce procès mal engagé et la prend sous sa protection.

Mais Sade ne peut s’empêcher d’un ultime trait contre son héroïne et la fait périr assez invraisemblablement lors d’un orage, ce qui occasionne des remords bien tardifs de sa sœur.

En conclusion, « Justine ou les malheurs de la vertu » est une œuvre réellement éprouvante ou Sade va très loin dans la provocation pour justifier sa philosophie de l’existence.

Car la description détaillée et perverses des horreurs de ce livre ne doit pas faire oublier qu’il contient également de longs passages philosophiques ou l’écrivain défend sa conception du monde ou à l’instar des lois de la Nature, le fort doit opprimer le faible.

La justice parait aveugle, corrompue, n’aidant que les puissants mais c’est surtout la religion qui est la cible principale de Sade.

Si l’argent reste en effet l’un des plus puissants vecteurs de la domination, la religion apparait sans doute au moins aussi redoutable, avec comme démonstration éclatante les détournements blasphématoires des moines de Saint Marie des Bois.

Pour Sade en effet le fort à tout à perdre en suivant des lois égalitaires, quand au faible, le gain qu’il en obtient est trop dérisoire pour justifier non plus une adhésion, aussi les risques encourus (dont la mort) deviennent préférables à la misère.

A travers Justine, Sade punit les gens vertueux qui tirent orgueil et plaisir de l’exercice de leurs vertus.

Au final, même si on trouve le sadomasochisme intéressant comme concept, on ressort passablement dégouté de la lecture « Justine ou les malheurs de la vertu »  et on comprend que Sade fut un écrivain certes talentueux au style riche et imagé, mais censuré jusqu’au au XX iéme siècle.

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