La disparition de Josef Mengele (Olivier Guez)

Sujet difficile avec « La disparition de Josef Mengele » d'Olivier Guez.
Sorti en 2017, cet ouvrage narre de manière romancée la cavale du plus terrible médecin du régime nazi, un modeste capitaine SS connu pour les atrocités qu'il accomplit dans le camps d'Auschwitz : tortures, mutilations et autres greffes absurdes sous couvert de pseudo expériences scientifiques.
Comme beaucoup de Nazis, Mengele qui n'a pas de tatouages compromettants profite du chaos de la fin de la Seconde guerre mondiale pour se cacher, tout d'abord en Allemagne, pas très loin de la ville de sa famille, Gunzburg (Bavière), ou son père, Karle Mengele, un riche industriel dirige une respectable entreprise de fabrication de machines agricoles.
Mais il juge ensuite plus prudent de fuir vers l'Argentine et profite du puissant réseau d'anciens Nazis qui lui fournit des itinéraires et des planques sures.
A Buenos aires, Mengele comprend qu'il n'a pas besoin de se cacher car le président Peron, dictateur de la droite catholique dure, pratique une politique de tolérance à l'égard des anciens criminels du Reich au nom de la lutte contre ses ennemis américains et communistes.
Il reprend son véritable nom, mène une vie agréable et se reconstitue un réseau notamment avec le hollandais Sassen puis le colonel Rudel, légende de la Luftwaffe qui l'introduit dans une de ses multiples affaires de vente de machines agricoles.
Devenu représentant de commerce, Mengele délaisse les taches manuelles qu'il exerçait par mesure de discrétion pour arpenter le vaste territoire argentin.
Mais sa famille lui manque et ses relations avec sa femme se détériorent jusqu'au divorce.
Mengele saisit ensuite l'occasion de la mort de son frère honni pour épouser sa femme Martha, ce qui arrange son père pour la gestion de l'entreprise familiale.
Martha part le rejoindre à Buenos Aires laissant son fils Rolf en Allemagne.
Mais les nostalgiques du IIIieme Reich doivent déchanter car l'Allemagne d'après-guerre a bien changé et est décidée à traquer les criminels de guerre.
Rescapé des camps, le procureur Fritz Bauer émet des mandats de recherche depuis l'Allemagne et même si les Argentins font trainer les choses, Mengele se sachant également traqué, prend peur et fuit vers le Paraguay jugé plus sur que l'Argentine dont la protection se fissure après la chute de Peron
Il y vit sous la protection d'une famille allemande les Krug, dans une ferme discrète à la frontière mais Martha peine à supporter cette vie rude sans le confort des grandes villes.
La situation prend une autre tournure lorsque l'orgueilleux Adolf Eichmann est capturé par un commando israélien qui le traine jusqu'à Jérusalem pour le soumettre à un humiliant procès puis à son exécution par pendaison.
Esseulé, Mengele vit dans la paranoïa de se faire enlever par un commando nazi et de subir le même sort qu'Eichmann.
Heureusement ses soutiens sont encore vivaces : sa famille continue de financer sa cavale par peur du scandale pour l'entreprise et Wolfgang Gerhard un employé de Rudel, devient son contact local.
Gerhard aide Mengele à quitter le Paraguay en traversant la jungle pour se retrouver au Brésil.
Il y rouve refuge chez les Stammer, un couple de fermiers hongrois et vit neuf longues années dans cette ferme isolée dans la campagne de São Paulo.
Avec le temps le caractère irascible et orgueilleux de Mengele ne s'arrange pas et la cohabitation avec les Stammer devient explosive.
Affaibli par l'isolement et les maladies, Mengele couche avec Gitta et se dispute avec le mari Geza qu'il méprise.
Gerhard, doit souvent intervenir pour rétribuer grassement les Stammer à bout de patience avec cet hôte encombrant.
Mengele aura un dernier face-à-face avec son fils Rolf, un avocat « de gauche » venu spécialement d'Allemagne pour connaître la vérité sur les crimes atroces dont on l'accuse, mais il niera tout, se contentant de rappeler avoir fait son devoir de soldat et de médecin en faisant « progresser » la recherche sur la génétique.
Alors que Mengele pense avoir convaincu son fils, ce dernier repartira horrifié et coupera définitivement les ponts.
Lorsque les Stammer exigent son départ, Mengele termine sa vie dans une petite maison d'une banlieue pauvre de São Paulo à Eldorado ou côtoyer les nègres et les métisses dans le bruit et la violence s'avère le comble de la déchéance pour l'obsédé de la pureté raciale.
Elsa son ultime femme de chambre le quitte après qu'il ait refusé de l'épouser et Mengele meurt en 1979 vraisemblablement d'un AVC au cours d'une promenade sur une plage du littoral de São Paulo.
Enterré sous une fausse identité, il ne sera authentifié qu'en 1985 par les autorités brésiliennes suite aux pressions exercées par la communauté internationale.
En conclusion, « La disparition de Josef Mengele » est une œuvre étrange tenant en réalité plus du reportage que du roman.
Le travail réalisé par Guez n'en est pas moins impressionnant et on suit avec intérêt le récit de cette folle cavale à la dimension historique internationale.
Mengele semble avoir profité du chaos, de l'obsession des États-Unis contre l'URSS et de l'activité des réseaux d'anciens nazis dont l'influence étaient importante en Amérique du sud.
Face à la passivité des institutions, il aura fallu opiniâtreté des survivants des camps (journalistes et hommes de loi) pour pourchasser le criminel et faire du Mossad le bras armé de la vengeance.
Mais même avec ces pratiques d'enlèvements et d'assassinats, Mengele aura réussi à passer entre les mailles du filet et à échapper à la justice des hommes.
L'horreur de ses crimes le range plutôt dans la catégorie des psychopathes, froids tueurs en série dont le sentiment de toute puissance et d'impunité octroyé par le plan de génocide nazi a permis un passage à l'acte avec une industrialisation/rationalisation de la folie meurtrière.
Guez ne tombe pas dans l’écueil d'humaniser le monstre et trace un portrait froid et glaçant de l' « Ange de la Mort » mort presque trop paisiblement comparé à l'horreur de ces crimes.
Un roman-documentaire nécessaire donc.

Commentaires