La jument verte (Marcel Aymé)
Marcel Aymé est un écrivain que j’aime beaucoup et pas seulement parce qu’il est originaire du Jura, région à laquelle appartient la moitié de ma famille.Publié en 1933, « La jument verte » raconte l’histoire à la fin du XIX iéme siècle d’une féroce rivalité entre deux familles de cultivateurs, les Maloret les Hadouin, habitant toutes deux un petit village Franc Comtois appelé Claquebue.
La première famille mise en lumière est la famille Hadouin, qui profite d’un événement inattendu (la naissance d’une jument de couleur verte) pour étendre sa popularité, s’enrichir à peu de frais et appartenir à la classe des notables.
A la mort du père, les trois frères se partagent l’héritage conséquent.
Ferdinand, devenu vétérinaire, obtient quelques prés, le cadet Honoré la ferme et les prés, tandis que l’ainé Alphonse, ex militaire revenu boiteux et alcoolique de la guerre est payé en espèces.
Honoré et Ferdinand sont très dissemblables de caractère, et si Honoré entretient une haine farouche des Maloret en souvenir du viol de sa mère par les soldats Prussiens renseignés par le fils Zèphe, Ferdinand, désireux de maintenir son amitié avec le préfet de la région est partisan de conclure une alliance avec Zephe qui est fortement pressenti pour le poste de maire du village.
Le nœud principal de l’intrigue est l’égarement présumé d’une lettre de Ferdinand à son frère relatant le viol subi par leur mère et soupçonnée d'etre récupérée par la famille Maloret.
Cette fameuse lettre sert de fil conducteur à l’intrigue meme si son importance est au final relativement minime.
Tout au long du roman, Aymé décrit en effet avec talent et minutie, du point de vue d’un tableau de la jument, les mœurs d’un village du XIX iéme siècle, en insistant sur la sexualité des campagnards et leurs relations toutes particulières avec la religion symbolisée par le curé qui tente difficilement de garder son contrôle ses ouailles.
Ferdinand semble être un refoulé sexuel tiraillé entre ses tentations et le couvercle des interdits religieux et moraux à tel point qu’il persécute ses enfants dés qu’il soupçonne de leur part le moindre écart à la bienséance.
Honoré est plus libéré avec sa femme la très peu attirante Adelaïde mais aussi sa propre fille de seize ans Juliette avec qui il entretient des relations ambigües.
L’inceste est en effet souvent évoqué dans le roman, notamment du coté de chez les Maloret, ce qui entretient le coté sulfureux de ce clan.
Les petits enfants ne partagent pas forcément cette animosité et Juliette est très attiré par Noel Maloret au grand désespoir de ses parents.
Autre facteur de trouble, Marguerite, la fille des Maloret, devenu courtisane à la ville et favorite du préfet, qui revient dans le village scandaliser les mentalités par son sex appeal et ses mœurs dissolues.
Au final, « La jument verte » apparait comme un livre certes audacieux dans son propos, très finement écrit mais d’une construction quelque peu biscornue.
Tout se mélange en effet dans cette intrigue, politique, sexe, relations familiales sans que toute la tension en résultant n’aboutisse jamais à rien.
Alors que le lecteur pense qu’il va assister à des drames, des règlements de comptes, des meurtres ou des viols, le soufflet retombe mollement et le laisse finalement sur sa faim.
Malgré quelques fulgurances et un style impeccable tout en sensualité, « La jument verte » laisse donc un fort gout d’inachevé.

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