La vieille fille (Honoré de Balzac)

Poursuite de l’œuvre de Balzac avec « La vieille fille ».

Publié en 1836, ce roman prend place à Alençon, petite ville de basse Normandie, traumatisée comme la plupart des villes de Province par les effets dévastateurs de la Révolution française puis du règne de Napoléon.

Dans cet univers confiné, âpre au gain et assez étriqué, Balzac raconte les rivalités masculines autour de Rose Cormon, vieille fille de quarante ans dotée d’une grande fortune principalement composée d’une superbe maison bourgeoise ou se réunissent périodiquement tous les notables de la ville.

Comme beaucoup de femmes, Rose s’est montrée durant sa jeunesse trop exigeante avec ses prétendants, laissant filer ses plus belles années et se réveillant trop tard alors que les guerres napoléoniennes ont décimés la plupart des beaux partis aristocratiques et crée une pénurie d’hommes.

Tourmentée par son célibat et l’attrait de la chair, Rose s’est alors réfugiée dans une pratique stricte de la religion avec l’aide de son oncle abbé qui règne en maitre sur la maison.

Pourtant deux hommes ne sont pas encore découragés par les outrages du temps.

Il y a d’abord le chevalier de Valois, noble vieillissant et quasi ruiné, personnalité publique des plus apprécié de la ville en raison de sa sociabilité et de ses manières de séducteurs puis Du Bousquier, riche spéculateur revenu en Province après avoir subi une disgrâce impériale et qui malgré un premier refus de mariage persévère dans ses tentatives de séduction.

Entre le Noble et le Libéral, la rivalité est exacerbée et tous les coups sont permis.

A ces deux sérieux prétendants vient s’ajouter Athanase Granson, jeune homme sensible doué de dons artistiques qui est le seul à aimer Rose pour elle-même et non pour son argent.

Mais Athanase sera jusqu’au bout maudit et malheureux tant la borné et relativement peu intelligente, Rose ignorera de bout en bout ses approches amoureuses.

Au cours du roman, Balzac introduira astucieusement une quatrième élément en la personne du Vicomte de Troisville, très bel homme revenu de Russie pour s’établir à Alençon.

La déception de Rose quand elle découvrira que ce si beau parti est un homme marié sera l’un des passages les plus cruels et drôles du récit.

Ce sera finalement Du Bousquier qui bénéficiera de la lassitude et du désespoir de Rose et parviendra à l’épouser.

Cette perte provoquera la destruction des deux autres prétendants, le Chevalier de Valois se laissant dépérir et plus grave encore, Athanase incompris dans une ville trop étroite pour ses aspirations, finira par se tuer de désespoir quand il apprendra le mariage de sa belle.

La mort déchirante d’Athanase, la chagrin de sa mère et de Suzanne, belle ouvrière ambitieuse devenue courtisane à Paris constitue l’un des moments les plus forts du roman.

En définitif, Rose sauvera les apparences mais conclura en un mariage triste avec un homme avide et dominateur qui lui prendra ses biens et dont elle n’eu jamais d’enfants.

En conclusion, « La vieille fille » est un excellent roman ou se révèle tout le génie de Balzac.

L’écrivain découpe en effet au scalpel les mœurs d’une petit ville de Province, ou la les rumeurs vous rongent sournoisement un homme, ou la nouvelles bourgeoisie d’arrivistes sans élégance ni scrupules prend le dessus sur une noblesse exsangue et dépassée en efficacité.

On comprend le drame social de cette fille de quarante ans, la terrible pression qui s’exerce sur elle et la conduit au désespoir.

On est touché par le destin tragique d’Athanase, seul être pur mais trop fragile dans ce monde de requins.

Très bien construit, le roman passionne par la richesse de ses rebondissements et par l’épaisseur de ses personnages.

Encore une fois un classique qui plaira aux amateurs de « Eugénie Grandet » ou autre « Père Goriot ».

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