Le pays du carnaval (Jorge Amado)

Le Bahianais Jorge Amado est sans nul doute l’un des écrivains les plus populaires du Brésil.
Son premier roman écrit en 1931, « Le pays du Carnaval » ne fut pourtant traduit du portugais qu’en 1984, tant Amado n’assumait pas cette œuvre de jeunesse écrite à seulement 18 ans.
L’histoire se déroulant en 1930 est celle de Paulo Rigger, jeune bahianais fils de riche planteur de cacao parti étudier le droit à Paris et revenu sept ans après dans son pays natal.
A Paris, Rigger a en même temps qu’étudié, découvert la vie facile, les plaisirs de la chair et le cynisme français.
Revenu au pays, Rigger déformé par son éducation française ne se sent plus brésilien.
Le roman raconte son questionnement, ses doutes et ses errements métaphysiques.
Rigger revient à la plantation familiale de Bahia avec Julie une française qu’il a connu sur le bateau de son retour.
Julie incarne la française type, belle, cynique et volage.
Incapable de fidélité, elle ne tarde pas à tromper Paulo qui amoureux et très axé sur les sentiments en souffre atrocement.
A Bahia, Paulo fréquente un groupe d’amis avec qui il a d’intenses débats intellectuels sur la philosophie, la littérature et la politique.
Il est vrai que la période politique avec le coup d’état de Getulio Vargas instauré à Rio est propice à ce type de discussions.
Dans la groupe il y a le doyen, Pedro Ticiano poète maudit et journaliste pamphlétaire, qui fait office de sage et d’adepte de la philosophie du scepticisme.
Puis viennent Ricardo Bras étudiant en droit qui croit lui en l’amour et en une vie rangée, Jéromino Soares, jeune homme simple  et timide dévoyé par son maître Ticiano qui lui a appris l’insatisfaction et José Lopes, jeune diplômé brillant, en mal d’idéaux religieux ou philosophiques.
Les cinqs amis partageant des visions différentes sur le sens à donner à la vie s’opposent souvent de manière violente ce qui donne lieu à des débats animés.
Un jour pour faire passer leurs idées, ils décident de fonder un journal qu’ils appellent l’Estado de Bahia.
Voulant croire en un amour pur au dessus de tout, Rigger délaisse rapidement sa française et s’amourache de Maria de Lourdes, jeune bahianaise très pauvre rencontrée dans un cinéma.
Mais après plusieurs semaines de flirt, Rigger apprend que la jeune fille n’est pas vierge et ne peut en raison du poids des traditions de l’époque la demander en mariage.
Désespéré, il poursuit donc son parcours chaotique et douloureux allant même jusqu’à songer au suicide sans toutefois parvenir à passer aux actes.
La mort du vieux Ticiano est le point culminant du livre … le vieil homme livrant ses derniers secrets sur son lit de mort.
Bras se marie et part vivre dans les terres loin de Bahia.
Pourtant malgré le confort de sa vie bourgeoise, il ne parvient pas à la félicité et comprend que Ticiano avait raison.
Soares épouse une prostituée et retourne à son ancienne vie plus simple malgré quelques vestiges des enseignements de Ticiano qui le tourmentent et le laissent toujours insatisfaits.
Après avoir ouvert une salle de jeu puis mystérieusement disparu, Lopes réapparaît et se déclare converti au communisme.
Le roman se termine par la décision subite de Rigger de retourner en Europe pour oublier ses peines.
Symboliquement, le jeune homme repart le même jour que celui de son arrivée : celui du carnaval de Rio, fête comparable à une transe sensuelle unissant l’âme entière du peuple brésilien.
En conclusion, « Le pays du Carnaval » est un très bon petit roman et on comprend assez mal avec le recul les hésitations de Amado pour la publication de cet ouvrage de qualité.
A travers le filtre d’une certaine élite intellectuelle, Amado nous permet de pénétrer la société brésilienne des années 30 et de mieux comprendre son fonctionnement.
Le roman contient une dimension philosophique des plus plaisantes à laquelle l’auteur répond partiellement par la voix du sage Ticiano mais qui ne semble pas totalement convenir au jeune Rigger.
La recherche de la félicité, le doute érigée en philosophie et le renoncement aux plaisirs ne parvenant pas à totalement à trouver grâce auprès du jeune homme plus porté sur les sentiments amoureux.
Pour ma part il parait certain que le doute et l'insatisfaction sont deux des composantes principales de chaque être humain "pensant", la recherche de solutions pour les surmonter étant propre à chacun (amour,religion, philosophie ...)
Jorge Amado constitue donc pour moi une très belle découverte et je remercie la personne qui a participé à celle-ci.

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