Le verrou et autres contes grivois (Guy de Maupassant)

La littérature érotique était une fesse cachée que j’ignorais chez Guy de Maupassant, aussi est-ce avec curiosité que j’ai découvert « Le verrou et autres contes grivois » recueil de sept nouvelles traitant de relations sensuelles et éphémères entre hommes et femmes.

La première d’entre elle, « Le verrou » (1882) est le récit d’un vieux célibataire à trois de ses amis formant un club d’hommes déterminés à rester seuls, récit qui raconte un fort émoi de sa jeunesse avec une femme mure et mariée qui prit les devants dans leur relation.

Malheureusement l’aventure se termine en mini trauma puisque le couple illégitime est surpris par le logeur du jeune homme parce qu’il avait oublié de fermer le verrou de son appartement.

Avec « Marroca » Maupassant utilise ses souvenirs d’un voyage en Algérie française dans la ville de Bougie (Bejaia) pour s’orienter vers un savoureux érotisme oriental narrant la rencontre avec une belle baigneuse espagnole sur la plage en plein milieu de la fournaise de l’après midi algérien.

Mariée mais incroyablement ardente, libérée et passionnée, Marroca va entrainer le narrateur dans une situation embarrassante puisqu’il manquera d’être pris sur le fait par le mari de la belle, un homme aux dimensions colossales dont il ne verra jamais le visage.

On retrouve cette ambiance à un niveau encore plus exacerbée dans « Allouma » ou le narrateur vit près de Tiaret (Algérie) une aventure extravagante ou il reçoit en cadeau de son domestique une jeune femme arabe aussi belle que mystérieuse appelée Allouma.

Se heurtant au choc des cultures, le narrateur n’en devient pas moins très attaché à Allouma dont les fréquentes disparitions pour retrouver son peuple nomade rendent encore plus mystérieuse.

Un jour pourtant, le narrateur ensorcelé comprend que sa maitresse l’a quitté pour de bon en suivant un jeune berger avec qui elle entretenait une relation clandestine.

Très réussi également dans le cadre méditerranéen est « Idylle » ou l’auteur utilise l’excitation d’une rencontre dans un train faisant la liaison Gênes-Marseille pour proposer une curieuse scène de tétée entre deux émigrés italiens : une robuste nourrice et un travailleur amaigri.

Mais Maupassant n’a pas toujours besoin de soleil pour émoustiller, aussi « La Patronne » voit dans le cadre du quartier latin, un jeune étudiant breton monté à Paris avoir une aventure imprévue avec sa logeuse une femme d’âge mur d’apparence pourtant sévère.

Deux nouvelles d’un intérêt que je qualifierais de moindre viennent compléter le recueil, « Les épingles » mettant en lumière l’instinct de deux femmes maitresses du même homme et « Les tombales » excellente histoire gothico-cynique d’écumeuses de cimetières en quête de veufs à séduire dont le seul défaut est d’avoir déjà été intégrée dans « Contes cruels et fantastiques ».

En conclusion, « Le verrou et autres contes grivois » est une belle récréation montrant un aspect plus méconnu de l’œuvre de l’immense écrivain qu’est Maupassant.

Bien entendu, on peut trouver l’exercice un peu court ou superficiel, mais le résultat n’en est pas moins atteint avec des histoires au fort potentiel érotique.

En effet, Maupassant en fin psychologue et observateur de ses contemporains joue à la perfection de situation excitantes comme l’imprévu (la plage, le train, le cimetière) , l’interdit (la différence d’âge, l’adultère, le veuvage) ou l’exotisme des ambiances méditerranéennes chaudes, lourdes et sensuelles pour venir titiller les points sensibles de ses lecteurs.

A recommander à tous les infatigables rêveurs/fantasmeurs sachant nourrir leur esprit d’un imaginaire suffisamment fort pour pimenter un quotidien souvent banal et sans relief.

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