Les mystères de Paris (Eugène Sue)

Roman fleuve du XIXieme siècle, « Les mystères de Paris » d’Eugène Sue, est publié sous la forme de feuilleton entre 1842 et 1843.
Dans cette vaste œuvre de plus de 1200 pages, Sue s’attache à décrire le quotidien des couches les plus misérables du Paris du milieu du XIXieme.
Fleur-de-Marie dite la Goualeuse, est une pauvre jeune fille abandonnée appartenant à cette caste et vit dans les bas fonds du quartier de l’Ile de la Cité.
Maltraitée dans la taverne ou elle travaille par une brute nommée le Chourineur, la Goualeuse est secourue par un homme mystérieux qui administre une raclée à son bourreau, pourtant réputé meilleur combattant de la Cité.
Peu rancunier, le Chourineur sympathise avec cet homme, un certain Monsieur Rodolphe.
Homme du monde avançant masqué, Rodolphe hante les bas fonds à la recherche d’un homme appelé François Germain et après avoir extrait Fleur-de-Marie à la misère pour lui offrir une seconde chance à la campagne dans sa propriété de Bouqueval, fait l’acquisition d’une chambre dans la rue du faubourg du Temple, autre quartier populaire de Paris afin de trouver Germain, un occupant de l’immeuble.
En réalité, Rodolphe est un riche noble, archiduc du royaume de Gerolstein et dispose d’importants moyens humains et matériels pour réaliser ses objectifs.
S’oppose à lui son ex compagne, la comtesse Sarah Mc Gregor, une jeune femme arriviste, qui a donné sa fille Fleur-de-Marie à un notaire véreux, Jacques Ferrand, en faisant croire à Rodolphe qu’elle était morte.
La petite chambre de la rue du faubourg du Temple est un parfait lieu d’étude pour comprendre les souffrances du peuple, aussi Rodolphe tente-il de porter secours à la famille Morel, modeste lapidaire menacé de prison et de faillite par Ferrand.
Intelligent, froid et retors, Ferrand est l’un des personnages les plus diaboliques du roman et parvient à arnaquer les pauvres comme les nobles dépensiers comme le détestable comte de Saint Remy, aussi Rodolphe malgré ses efforts, ne parvint-il pas à empêcher Louise, la fille Morel employée par Ferrand de se faire emprisonner pour un vol fictif après avoir été violée et mise enceinte, Germain employé comme clerc subir le même sort pour avoir voulu la défendre et le père Morel de se faire interner.
Alors qu’il croit Fleur-de-Marie en sécurité à Bouqueval, Sarah fait appel à de redoutables brigands : la Chouette l’atroce marâtre de la taverne, le Maitre d’école, une force de la nature rendue aveugle par Rodolphe pour avoir voulu le tuer et de son fils Tortillard, un affreux gamin pétri de vice, pour l’enlever.
La jeune femme a finalement la vie sauve mais doit en échange accepter de garder le silence dans la prison de Saint Lazare ou le trio la contraint à rester.
En prison, Fleur-de-Marie gagne par sa bonté la confiance d’une autre détenue appelée la Louve et lui apporte l’espoir d’une vie exempte de vice.
Elle est également visitée par Madame la comtesse d’Harville, une amie proche de Rodolphe qui fait elle aussi œuvre de charité envers les pauvres.
Ferrand qui a été menacé par Sarah de révéler la vérité sur Fleur-de-Marie, confie comme mission à son intendante Madame Séraphin, de la récupérer à la prison, de lui faire croire qu’elle va revoir ses bienfaiteurs et de la faire éliminer par noyade sur une ile de la Seine ou vit une famille de criminels, les Martial.
Le plan diabolique échoue fort heureusement grâce à une intervention de la Louve, amoureuse de Martial le seul honnête de la famille, qui prend tous les risques pour sauver son amant et son amie.
Tandis que le Maitre d’école fatigué d’être persécuté par ses associés, finit par tuer la Chouette et se fait interner, Rodolphe manœuvre pour introduire Cecily, une splendide mulâtresse dans le bureau de Ferrand, qui rendu fou de désir lui avoue tous ses méfaits…
Par la suite rien de plus facile pour Rodolphe que de contraindre Ferrand et son allié diabolique le médecin corrompu Bradamanti à placer tout l’argent dérobé dans une Banque en faveur de pauvres à laquelle Germain, sauvé lui aussi de la prison, est placé président.
Germain peut ainsi retrouver Rigolette, le jeune et sympathique occupante de la rue du Faubourg du Temple amoureuse de lui…
Le torturé Ferrand finit lui aussi par mourir et Rodolphe finit par retrouver Fleur-de-Marie convalescente.
Ayant appris par Sarah, miraculeusement rescapée d’un coup de couteau de la Chouette, que Fleur-de-Marie était sa fille, Rodolphe finit par accepter la repentance de son ex compagne et l’épouse afin d’officialiser la noble lignée de la fille de rues.
Mais fort moralement, Sarah meurt peu après ce mariage, tout comme le Chourineur peut payé de sa courageuse action en prison pour sauver Germain, poignardé par un ex détenu au physique redoutable appelé Squelette.
Devenue Amélie, Fleur-de-Marie, rejoint son père dans son royaume mais refuse un heureux et beau mariage, pour expier se fautes passée en rentrant dans les ordres ou elle s’y éteint.
En conclusion, « Les mystères de Paris » est un pavé rappelant « Les Misérables » en moins profond : même taille parfois rédhibitoire, même intrigue à tiroirs emberlificotée, mêmes personnages récurrents et volonté encore plus nette de dénoncer les conditions de vie du petit peuple de Paris.
Sur cette question Sue se fait ici l’avocat des pauvres, allant jusqu’à défendre des criminels, acculés au crime selon lui par la pauvreté et l’ignorance, et que des traitements sociaux plus justes et des exemples d’honnêteté pourraient selon lui dissuader plus que des prisons ou des exécutions.
Cette approche un peu naïve qu’on pourrait aujourd’hui qualifier « de gauche » est régulièrement répétée sans réellement convaincre mais ce n’est pas vraiment le fond du propos qui rend « Les mystères de Paris » intéressant à mes yeux.
Sa richesse réside dans son intrigue très riche, dans certains de ses personnages fascinants qu’ils soient bons (Rodolphe, le Chourineur) ou mauvais (Ferrand, le Maitre d’école…) et bien entendu dans le style insufflé dans certains scènes particulièrement fortes notamment celles de prisons ou d’hôpitaux psychiatriques.
Mais malgré ses indéniables qualités, « Les mystères de Paris » reste globalement une déception en raison de sa longueur et de certains dialogues insupportables, qui nuisent très fortement à sa digestion.

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