L'homme qui pleure de rire (Frédéric Beigbeder)
En 2020, Frédéric Beigbeder sort « L'homme qui pleure de rire » en réaction à son spectaculaire licenciement sur France Inter survenu en 2018 survenu après une chronique « improvisée ».
« L'homme qui pleure de rire » retrace donc le déroulé de la soirée précédent le jour de la fameuse chronique du 15 novembre 2018, avec les errements de son double Octave Parango, dans les bars et boites des Champs Elysées mis à feu et à sang à cause des troubles des gilets jaunes.
On y retrouve cette fois un Octave de plus de cinquante ans, pathétique fêtard refusant de rentrer dans le rang et n'ayant rien changé à ses habitudes de noctambule mêlant consommation de drogues et fréquentations d'escort girls.
Lorsqu'il croise les émeutiers, gilets jaunes ou black blocks, le reflet misérable du gâchis de son existence lui apparaît de manière plus criante.
Mais Octave inclut également dans la caste des privilégiés-déconnectés le personnels de France publique et règle vigoureusement ses comptes avec ses collègues professionnels de l'humour usant de cynisme face à des cibles faciles comme l’extrême droite ou des célébrités en perte de vitesse, pour masque l'inexistence de leur pensée.
Apeuré face à la révolte de la rue, Octave perçoit du fond des tripes l'inutilité de leur existence et critique cette société qui place l' « humour » au pinacle, sans prendre en considération la violence que cet humour peut engendrer sur ceux qui en sont victimes.
De boite en bar, on suit donc la dérive d'Octave avec en prime la nostalgie du temps qui passe, des amis qu'on perd, des jeunes filles qu'on intéresse plus et de la peur de la mort qui s'insinue en vous chaque jour.
On croise Milla une escort partenaire de défonce, Dea, une superbe danseuse du Crazy horse devenu féministe et gréviste, Manon une étudiante décalée avant enfin d'évoquer la femme, la vraie, mère du dernier enfant chéris resté au Pays-Basque.
Jusqu'au matin de la chronique et à l'auto-destruction programmée en direct, produit de la lassitude et du mal être de l'auteur.
Avec au final, un mal qui semble être un bien ?
En conclusion, « L'homme qui pleure de rire » contient deux faces, celle d'une critique brillante de notre société du rire programmé pour oublier le nihilisme, la violence et le désespoir, puis une plus convenue ou on retrouve du Beigbeder pur jus mélangeant mélancolie, auto-destruction sur fond de fêtes, de drogue et de sexe.
Un roman habile donc qui séduira les fans du brillant échalas et irritera ses habituels détracteurs.

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