Nana (Emile Zola)

Je connaissais déjà un peu l’histoire en raison du téléfilm de Maurice Cazeneuve réalisé dans les années 80 avec une Véronique Genest dans le rôle de la sulfureuse prostituée.
« Nana » se déroule à la fin du XIX ième siècle dans la France de l’empereur Napoléon III.
Prostituée issue des bas quartiers de Paris, Nana gravit en raison de son physique avantageux de blonde plantureuse et de son charisme exceptionnel, les échelons nécessaires pour l’amener auprès des théâtres parisiens des grands boulevards ou elle tente sans succès une carrière d’actrice.
Malgré son manque de talent patent, Nana connait un fort succès populaire et devient la maitresse de plusieurs messieurs d’age mur fortunés, comme le banquier juif Steiner ou le comte Muffat, chambellan à la cours de l’Empereur.
Utilisant toutes les ficelles du métier de courtisane, Nana va s’arranger pour se faire entretenir par l’un et l’autre, tout en s’arrogeant le droit d’avoir d’autres amants plus jeunes pour la satisfaire comme le jeune George Hugon, tombé lui aussi sous son charme.
Elle pourra ainsi habiter un vaste appartement du boulevard Haussmann et se faire construire une maison à la campagne près d’Orléans.
Très dépensière et mondaine, Nana adore recevoir chez elle une société bigarrée composée d’artistes comme le journaliste à la plume acérée Fauchery, l’acteur Fontan et des jeunes nobles de province comme la Valoire ou Vandeuvres, venus dilapider leur fortune personnelle dans un tourbillon de plaisirs parisiens.
Dans ces soirées alcoolisées et légères, les femmes sont également présentes, de nombreuses collègues prostituées de Nana mais aussi sa rivale Rose Mignon, qui plus talentueuse et mieux appuyée par son mari, lui ravit fréquemment la vedette.
La première partie du roman consiste en une exposition plus longue et ennuyeuse des personnages évoluant dans le tourbillon des soirées mondaines ou des virées à la campagne ou le jeune George, oubliant toutes les recommandation de sa mère, devient l’amant de Nana.
Le premier tournant notable du roman survient quand Nana, étranglé par son train de vie dispendieux, cède son appartement du boulevard Haussmann pour emménager à Montmartre avec Fontan dont elle est tombé sous le charme.
Mais après un court état de grâce, l’acteur révèle vite un tempérament tyrannique qui l’amène à la frapper, à la tromper et à lui subtiliser toutes ses sources de revenues.
Dominée et réduite à survivre par ses propres moyens, Nana retrouve vite ses réflexes de prostituée et bat à nouveau le pavé pour débaucher des hommes.
Trainant de bars en bars, elle retrouve son amie Satin, qui l’initie au milieu lesbien du quartier.
Nana a également une relation homosexuelle avec Satin mais souffre d’une grande jalousie en raison du comportement volage et imprévisible de la jeune femme.
Un jour pourtant, Nana ne peut plus supporter cette vie et décide de renouer avec Muffat pour s’établir avec lui.
Le vieux chancelier, mortellement épris de la courtisane, perd alors les pédales et quitte sa femme pour offrir à Nana un superbe hôtel particulier près du parc Monceau.
Commence alors la grande vie pour Nana, qui vit comme une princesse avec domestiques, fournisseurs, architectes et exigences toujours plus démesurées.
Complètement sous la coupe de cette femme, Muffat cède à tous les caprices et s’abaisse toujours davantage, allant même jusqu’à fermer les yeux quand l’incontrôlable Satin vient s’établir chez eux ou quand Nana reçoit ses amants comme Huron ou Vandeuvres.
Pire que tout, Nana semble exercer une puissante influence sur tous les hommes qui la côtoient de près et attire même dans le cercle de ses amants, le militaire Philippe Huron, frère de Georges, venu pour extirper son frère des griffes de la diablesse.
Muffat se voit contraint d’user de toute son influence pour forcer Fauchery et le metteur en scène Bordenave à donner un rôle principal à Nana, en désistant au passage Rose Mignon folle de jalousie.
L’échec de la pièce avec Nana, ne la refrène pas dans sa folie dépensière qui l’amène à rendre fou les hommes, comme Vandeuvres qui à la suite d’un pari illégal et hasardeux au cours d’un trophée hippique gagné par son cheval « Nana » se suicide après sa ruine, ou Steiner et Philippe Huron essorés par leurs dettes abyssales contractées auprès de la belle dévoreuse.
Incapable de supporter la liaison de son frère avec sa maitresse, George Huron se plante des ciseaux dans la cœur et décède.
Et même le pantin Muffat, rabaissé au rang d’animal domestique, se voit contraint par une lettre anonyme le menaçant d’un scandale public de retourner vivre avec sa femme en se raccrochant de tout son être à la religion, seule faible bouée de sauvetage dans sa vie.
Rattrapée par ses dettes, Nana disparait subitement de Paris et ne fait parler d’elle qu’une fois revenue malade de Russie alors que la France entre en guerre contre la Prusse de Bismarck.
Ayant perdu son fils et défigurée par la petite vérole, Nana décède dans un hôtel de luxe parisien dans lequel sa rivale Rose l’avait charitablement transportée.
Même ses anciens amants, gênés par la contagion possible de la maladie, honoreront sa dépouille du bout des lèvres.
La vie donc de la dévoreuse d’hommes se termine donc dans la maladie et la vermine.
En conclusion, malgré une mise en route difficile, « Nana » est évidemment un roman fantastique constituant le pendant féminin du « Bel ami » de Guy de Maupassant.
Ecrivain de gauche, Zola délaisse le monde inhumain des mineurs du nord de la France, pour s’intéresser à celui en apparence plus clinquant des mondains parisiens du second empire.
Dans cet univers vain et superficiel, Nana représente le virus fatal aboutissant à sa destruction par le canal irrésistible du sex-appeal.
Sans autres atouts que son physique, sa détermination et son absence de moralité, Nana utilise les hommes pour l’argent jusqu’à les détruire soit financièrement soit physiquement.
Ces rapports humains malsains sont souvent cruels et montrent à travers le jeune romantique George et le vieux désespéré Muffat, la même souffrance psychique due à une terrible dépendance à l’égard d’une être humain profondément manipulateur.
Aujourd’hui des Nanas existent toujours, elles prennent la forme d’escort girls, de starlettes du porno ou de jeux de télé réalité avec un but analogue, sortir des classes populaires pour gouter à l’aisance matérielle tant vantée par la société de consommation.
Dans ce roman audacieux et dérangeant, Zola a su formidablement décrire ce type de personnes dangereuses et arrivistes, capables de piéger à peu près n’importe qui en usant du registre affectif et physique.
Avec ou sans Veronique Genest, « Nana » reste donc un grand monument de la littérature française à lire absolument une fois dans sa vie.

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