Notre cœur (Guy de Maupassant)

Paru en 1889, « Notre cœur » est l’un des romans les plus connus de Guy de Maupassant, loin derrière toutefois les classiques que sont « Bel ami » ou « Pierre et Jean ».

« Notre cœur » est une délicieuse histoire d’amour ou plutôt de dépendance amoureuse d’un jeune homme appelé André Mariolle, à l’égard d’une belle, jeune mondaine parisienne Madame de Burne.

Jeune veuve, Madame de Burne est en effet le pole d’attraction d’une petite cours masculine composée d’écrivains (Lamarthe), de musiciens (Massival) , philosophe (De Maltry) ou de simple bourgeois papillonnant (le gros Fresnel) autour de la belle dans l’espoir de toucher ses bonnes grâces et de décrocher un beau mariage.

Mais traumatisée par son premier mari, brutal et rustre, Madame de Burne a décidé de jouir de son indépendance de femme moderne, et manœuvre assez égoïstement et diaboliquement les hommes gravitant dans son entourage.

Faible, oisif et sans attache, Mariolle tombe immédiatement sous le charme perverse de la belle et devient rapidement esclave d’un amour malheureusement à sens unique.

Rendu de plus en plus passionné par les atermoiements ambigus de sa dulcinée, Mariolle perd tout sens de la mesure, multipliant les déclarations d’amour orales et par lettres enflammées qui ne font que flatter l’égo déjà surdimensionné de sa cible.

Par son obstination, Mariolle parvient à obtenir une positions plus privilégiée que ses rivaux, devenant en quelque sorte un amant régulier lors de rendez vous clandestins dans une maison du bois de Boulogne louée par ses soins.

Mais jamais Madame de Burne ne s’abandonne complètement à cet amant, soufflant le chaud et le froid pour conserver son indépendance, ses papillonnages masculins tout en gardant sa proie dans son cercle d’influence.

Mariolle ne parvient pas à briser le sortilège infernal et devient le jouet de la veuve, allant de rendez vous en rendez vous (même en Province), attendant fiévreusement les réponses écrites ou les promesses de nouveaux rendez vous.

La souffrance du jeune homme atteint son paroxysme quand il apprend que Madame de Burne s’est entiché d’un bel aristocrate autrichien le comte de Bernhaus proche de l’ambassadrice d’Autriche.

Sentant son amour se dérober et le fuir, Mariolle se consume de la jalousie, cherchant dans une retraite à Fontainebleau l’oubli salvateur.

Mais même dans la solitude et le calme de la splendide nature, Mariolle reste taraudé par le souvenir de sa maitresse, luttant corps et âme pour ne pas s’abimer dans la mélancolie la plus noire.

Pourtant un espoir survient lorsque Mariolle rencontre Elisabeth Ledru, une jeune serveuse de la région, qui par sa douceur, sa fraicheur et son dévouement, parvient à atténuer ses souffrances.

Mariolle prend Elisabeth comme femme de chambre et devient son amant.

Mais il cède pourtant à ses anciennes pulsions, écrivant à son ancienne égérie qui s’empresse de se rendre dans sa demeure pour réactiver cette relation de proie à prédateur.

La fin du roman est assez déroutante, car si Mariolle cède en apparence en revenant à Paris aux cotés de Madame de Brune, il emmène néanmoins avec lui Elisabeth comme un antidote au poison.

En conclusion, pour quiconque a vécu les tourments d’un amour puissant mais non partagé, « Notre cœur » est un pur chef d’œuvre.

Chef d’œuvre d’analyse psychologique d’abord, avec toute la force et le perversité d’une belle femme préférant manipuler des hommes au profil psychologique correspondant à un statut de victime.

La douleur d’un Mariolle incarnant un amant prêt à s’abaisser plus bas que terre est particulièrement poignante, avec des attentes interminables dans des endroits glacés, des lettres qu’on guette pendant des jours avec une impatience folle et surtout des échafaudages sans fin de l’esprit autour de situations passées ou présentes déchainant la jalousie la plus brulante.

On pourrait penser que le passé difficile de Madame de Burne atténue quelque peu sa nature de prédatrice, qu’elle justifie d’ailleurs en prétendant préférer une relation épisodiques, sans engagement mais plus durable dans le temps à une passion se consumant à brève échéance.

Pour ma part, je ne crois pas à cette théorie.

Seule la fin intrigue, avec un homme ayant trouvé en apparence un remède décisif mais replongeant à la première occasion dans son tourment masochiste.

Mis à part le formidable travail de Maupassant, génial analyste de l’âme humaine et de ses tourments, « Notre cœur » brille pas une prose limpide, vivante et puissante, magnifiant de son éclat le récit.

Rien à dire, une nouvelle fois Maupassant éblouit de sa classe …

Et si au final c’était lui le plus grand écrivain français toutes époques confondues ?

Pour ma part je n’en connais pas de meilleur.

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