Plateforme (Michel Houellebecq)

Place à la controverse dans ces lignes avec « Plateforme » de Michel Houellebecq sans doute l’un des auteurs les plus détestés et les plus lus en France à l’heure actuelle.
Pour ma part j’avais déjà lu deux de ces livres donc je savais à quoi m’attendre.
« Plateforme » est du pur Houellebecq, on y retrouve un ton, des situations, des personnages et des idées rappelant « Les particules élémentaires » ou de manière plus lointaine « Extension du domaine de la lutte », le lecteur habitué ne sera donc pas dépaysé.
Le livre a pour toile de fond l’économie du tourisme.
Le choix de l’analyse de l’évolution de tourisme occidental pour décrypter l’évolution d’une société est je trouve plutôt habile.
Le lecteur suit donc la vie de Michel, quadragénaire célibataire et médiocre fonctionnaire dans le domaine culturel qui suite à la mort d’un père qu’il n’aimait pas, décide de partir dans un voyage organisé en Thaïlande.
J’avoue que la première partie du livre est celle que j’ai préférée, Houellebecq y dépeint son voyage touristique avec férocité, cynisme et un humour ravageur.
Toutes les catégories de touristes, écolo, étudiants, retraités, célibataires reçoivent leur du.
Le guide du routard et les auteurs de best sellers américains comme John Grisham sont également passés au lance-flammes.
Déjà on sent le personnage de Michel perdu, détaché, comme en flottement par rapport au monde réel.
En Thaïlande, Michel découvre les bars à hôtesses, les salons de massages, on sent une  vénération pour la beauté des femmes thaïlandaises.
Les descriptions sans honte de ses aventures sur fond de condamnation morale du tourisme sexuel par la société bien pensante sont évidemment très provocantes.
Mais au cours de ce voyage, Michel rencontre Valérie, une jeune femme de 28 ans, elle aussi un peu perdue dans sa vie.
Tout d’eux se sentent attirés et tombent amoureux une fois rentrés à Paris.
L’histoire d’amour avec Valérie constitue donc la deuxième partie du livre.
Le lien avec le tourisme est que Valérie travaille chez Nouvelles Frontières.
Par le biais de Valérie et de son patron Jean-Yves, Houellebecq brosse donc une analyse économique du business du tourisme.
Cette partie « business » ne m’a pas passionnée outre mesure tant les manœuvres des cadres HEC ou autres évoluant dans ces sphères m’ennuient.
Le plus marquant est resté pour moi le fait que Michel pour la première fois de sa vie se retrouve heureux avec Valérie.
Leur relation est énormément basée sur le sexe, sans doute la seule chose vraiment digne d’intérêt pour Houellebecq.
Valérie est généreuse, bonne amante, elle sait aimer, se donner et s’abandonner comme savent encore le faire les gens des pays du Tiers Monde.
Pour Michel elle constitue donc une exception dans la société occidentale.
Valérie et Jean-Yves se font débauchés à prix d’or par Aurore une société d’hôtellerie.
Ils sont chargés de redresser la branche tourisme.
Très vite une complicité se noue entre Michel et Jean Yves.
Jean Yves est l’archétype du cadre occidental travaillant 90 heures par semaines, gagnant beaucoup d’argent, incapable de partir en vacance sans son PC mais dont le mariage et la vie privée sont un naufrage complet.
Après un voyage à Cuba, Michel leur propose comme idée révolutionnaire de baser leur offre sur le sexe et d’ouvrir des clubs de vacances sexuelles avec prostitués mâles et femelles  intégrés au centre.
Le duo parvient à convaincre un groupe allemand plus libéral de s’associer pour l’opération.
Le premier centre ouvre en Thaïlande, l’ambiance est à l’échangisme et à la liberté sexuelle.
Michel est toujours au paradis avec Valérie …ils pimentent quelques fois leur vie sexuelle avec des femmes ou des couples car Valérie est bisexuelle.
Le couple envisage de quitter Paris et de s’installer définitivement en Thaïlande.
Mais ce bonheur est gâché par un attentat islamiste particulièrement violent.
Valérie meurt, Jean-Yves est blessé puis viré, Michel en état de choc est rapatrié en France.
Choqué, traumatisé, il revient finalement errer en Thaïlande, se laisse dériver et finit sa vie dans la solitude la plus complète.
On retrouve dans « Plateforme » toute la pensée Houellebecquienne.
Le livre symbolise le mal être du mâle occidental, la sclérose de toute une société, surtout française.
Un violent dégoût du monde occidental se fait sentir, quelques fois il est vrai risible tant il paraît exagéré.
Houellebecq décrit la fin de la communication entre des êtres se consumant dans des activités professionnelles sans aucun sens, une société de consommation tournant à vide et l’amour, le sexe rendus quasi impossible en Occident, ce qui amène les gens à les rechercher dans les pays du tiers monde en échange d’argent.
« Plateforme » se caractérise aussi par de violents passages anti-Islam, eux aussi quelques fois ridicules surtout quand l’auteur place le Polythéisme et le Christianisme à un niveau supérieur.
Pour moi ce sont toutes les religions qu’il faut condamner ou aucune.
On saluera toute de même le courage de l’auteur, son refus du politiquement correct, son goût de la provocation et bien sur son pur talent d’écrivain au style froid, cynique, et surprenant.
Ce livre est donc profondément dépressif et négatif toute comme la plus grande partie de l’œuvre de Houellebecq.
L’immense succès de cet auteur montre selon moi qu’il incarne parfaitement l’ère du temps et a su traduire ce que beaucoup d’hommes et de femmes ressentent secrètement.
Cependant il serait temps selon moi de sortir un jour de cette idée de décadence, d’auto flagellation permanente et de perte d’espoir chronique car finalement regarder un navire prendre l’eau ne l’empêche ni de couler ni ne calme ses angoisses.
Reste le talent de l'écrivain, lui bien réel.

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