Sérotonine (Michel Houellebecq )

Chaque sortie d'un livre de Michel Houellebecq est en soi une émission et en 2019 « Sérotonine » n'a pas échappé à la règle.
Le début du roman est plutôt surprenant, Florent-Claude, un ingénieur quadragénaire parisien est subitement frappé par une puissante dépression en découvrant que sa jeune compagne japonaise Yuzu, le trompe allègrement dans des soirées gang-bang et zoophiles.
Il décide alors de disparaître et plaque tout du jour au lendemain, abandonnant sans remords Yuzu qui vivait à ses crochets à un probable retour au Japon pour un mariage forcé.
Commence alors une vie d'errance, un hôtel de la Place d'Italie constituant son premier refuge.
Sans but et très déprimé, Florent-Claude trouve un médecin compatissant, le docteur Azote, qui lui prescrit du captorix, un nouvel antidépresseur aux effets destructeurs sur la libido.
Résigné, Florent-Claude accepte son traitement et la fin de son désir, déjà en piteux état.
Au fil des pages, on comprend les raisons de sa tristesse, le terrible sentiment d’être passé à coté de sa vie amoureuse, que ce soit avec Kate une fantastique danoise rencontrée quand il était étudiant  ou avec Camille une jeune stagiaire rencontrée alors qu'il travaillait à la DRAAF de Normandie.
Dans un cas, un manque de courage, dans le second une tromperie ont tué ses relations prometteuses qui n'en finissent pas de le hanter.
Florent-Claude revient cependant en Normandie pour revoir Aymeric, son meilleur ami de ses années étudiantes, devenu agriculteur au lieu de poursuivre une carrière plus tranquille d'ingénieur agronome.
Il trouve un homme écrasé, au bord de la faillite, obligé de vendre les terres de sa famille noble pour ne pas sombrer.
Lorsque sa femme le quitte pour un pianiste londonien, Aymeric sombre dans l'alcool et rumine de sombres pensées.
Son ami tente de le réconforter en lui disant de refaire sa vie avec une étrangère mais rien n'y fait.
Après que Florent-Claude ait mis en fuite un pédophile allemand ayant loué comme lui un bungalow du domaine d'Aymeric, ce dernier lui apprend à manier les armes à feu, notamment un fusil à lunette de marque Steyr-Mannlicher.
Mais Aymeric commet l'irréparable et se suicide au beau milieu d'une manifestations d'autres agriculteurs, eux-aussi au bord du gouffre.
Sa fin précipite la détresse de Florent-Claude qui retrouve Camille, la suit, nourrit l'idée de tuer son fils pour la reconquérir avant d'y renoncer in extremis.
Revenu à Paris, il loue un petit appartement dans les tours de Chinatown avec la ferme idée de finir par s'y suicider afin de mettre à cette douloureuse descente aux enfers.
En conclusion, « Sérotonine » est l'un des meilleurs Houellebecq qui atteint ici la quintessence de son art.
Irrésistiblement comique dans sa première partie avec un humour cynique moquant les bobos parisiens, le roman bascule ensuite dans une atmosphère beaucoup plus sombre en décrivant détresse du monde rural, condamné à disparaître broyé par le modèle hyper concurrentiel de la mondialisation.
En proie à un invincible sentiment d'échecs professionnels mais surtout personnels, le héros se laisse alors lentement glisser sur la pente de la déchéance avec à l'arrivée le projet d'une mort rapide.
Peintre visionnaire de la décadence occidentale, Houllebecq impose ici son style brillant, froid, sombre et touche comme souvent en plein cœur.
Le grand écrivain de notre temps ? Oui !

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