Travelingue (Marcel Aymé)
Dernier roman de l’année 1941, « Travelingue » prend place en plein cœur de Paris.Radicalement différent de ses deux cousins, « Travelingue » ne traite pas de surnaturel mais d’une complexe histoire de famille prenant place dans les événements troubles de 1936 sous le gouvernement du Front Populaire ou les grèves et manifestations d’ouvriers déstabilisent le pays.
Dans ce contexte politique explosif, Aymé raconte la succession de Monsieur Lasquin grand industriel français décédé lors du repas de mariage de sa fille Micheline avec Pierre Lenoir lui-même fils d’industriels spécialisés dans les aciéries.
Mais Pierre n’a en réalité aucun gout pour les affaires et est très frustré de ne pas avoir plus se réaliser dans sa véritable passion : la course à pied.
Fanatique de sport, il a même un léger dégout pour sa femme Micheline qui finit par tomber amoureuse de son ami Bernard Ancelot, fils oisif d’un conseiller financier qui joue avec elle au tennis chaque jour.
Pour Monsieur Ancelot père, homme viril, décidé et ambitieux, Bernard est un raté qui perd son temps dans les soirées mondaines de ses sœurs délurées qui aiment les fréquentations pseudo intellectuelles.
La troisième composante de ce drame familial est l’écrivain Luc Pontdebois, que Aymé décrit comme très imbu de sa personne et prêt à toutes les bassesses et les compromis pour flatter les puissants et donner un coup de pouce à sa carrière littéraire.
Le lien entre toute ses personnes est Alphonse Chauvieux, oncle de Bernard, ex militaire occupant une bonne place dans l’usine Lasquin.
C’est lui qui découvre que Lasquin avait une maitresse appelée Elisabeth et qu’elle est la femme de son ancien camarade de régiment Malinier devenu après la guerre un modeste employé de bureau.
Pendant tout son roman, Aymé mélange les ingrédients et alterne les points de vue, que ce soit le milieu intellectuel et mondain parisien avec Milou, jeune boxeur arriviste tiré du peuple par un pygmalion homosexuel qui va vouloir prendre sa revanche sur la vie en devenant écrivain et en séduisant les femmes de conditions plus aisées que lui comme Micheline, ou alors l’agitation politique de son époque avec les dialogues entre Chauvieux et Malinier, ancien militaire primairement anti communiste.
Un drame intervient à la fin du roman, avec le désir de vengeance de Bernard, amant jaloux, prêt à tuer Milou mais ce drame est vite étouffé par la mort du boxeur tué lors d’une émeute.
Enfin, en filagramme apparait un mystérieux coiffeur, homme le plus influent du gouvernement, que viennent solliciter les directeurs d’usine ou les écrivains pour obtenir des faveurs.
En conclusion, bien que bien écrit « Travelingue » est un roman déroutant dans sa structure assez difficile à suivre.
Marcel Aymé y fait preuve de beaucoup d’humour voir d’auto dérision lorsqu’il se moque des femmes mondaines et des écrivains avides de reconnaissance.
Mais l’histoire parait assez embrouillée et on ne sait pas trop si l’homme s’attache davantage à décrire l’ambiance politique de son époque ou un drame d’une riche famille d’industriels parisiens.
Autre reproche, les interminables monologues du coiffeur finissent par saouler le lecteur.
Pour ces raisons, « Travelingue » est sans doute le roman de Aymé que j’ai jusqu’ici le moins apprécié.

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