Uranus (Marcel Aymé)

Publié en 1948, « Uranus » rendu célèbre par l’adaptation cinématographique de Claude Berri en 1990, raconte l’atmosphère sombre de l’après seconde guerre mondiale en 1945 dans le petite village imaginaire de Blémont durement touché par les bombardements alliés précédant sa libération.

Les acteurs de ce drame sont l’ingénieur Archambaud, homme foncièrement bon mais un peu dépassé par la tournure des événements quand il accepte par pitié d’héberger l’ancien collaborateur Maxime Loin traqué par les FFI (Forces Françaises de L’Intérieur) et les milices communistes.

En effet, en raison d’une cohabitation forcée et difficile dans la maison avec les Gaigneux, dont le père est un ouvrier membre du parti communiste, Archambaud a déjà beaucoup de mal à pacifier sa femme en perpétuelle querelle avec sa vis à vis, son fils Pierre désireux de s’engager chez les communistes et sa fille Marie-Anne qui rêve de devenir actrice à Paris.

Le bon et placide ingénieur est aidé par Watrin, un professeur lunaire veuf depuis les bombardements, qui a adopté une étrange philosophie du bonheur lui permettant de voir le bon et le mal dans chaque homme et de l’accepter avec la plus grande des tolérances.

Pourtant le village est aux mains des FFI noyautés par les communistes comme Jourdan, Gaigneux, Rochard qui se livrent à une féroce lutte d’influence avec les socialistes.

Ils y mènent au nom de leur idéologie révolutionnaire une véritable campagne de terreur, aboutissant aux arrestations de présumés collaborateurs ou trafiquants de marché noir avec l’appui d’une police avide de justice expéditive.

C’est dans ce contexte que le cafetier Léopold, une force de la nature férue de poésie, est arrêté après avoir rossé Rochard, voyou communiste causant des troubles dans son établissement.

Malgré sa réputation dans le village, Léopold ne peut rien et souffre en prison des privations du manque d’alcool.

Chez les Archambaud, la promiscuité de la présence de Louin fait monter la tension en entraine le développement d’intrigues amoureuses au centre duquel se trouve Marie-Anne, dont Loin et Gaigneux sont amoureux, tandis que sa mère désire prendre pour amant l’ancien collaborateur au style plus fin que le lourd ingénieur.

Pour résoudre cet épineux problème, Marie-Anne tente de forcer son soupirant Michel Monglat, fils d’un riche marchand du village ayant fait fortune dans le marché noir, de faire jouer ses relations à Paris afin d’accorder une protection au fugitif mais Michel en très mauvais terme avec son père dont il ne supporte pas la malhonnêteté, ne se montre pas capable de répondre aux attentes de la jeune fille.

Les choses prennent une autre tournure lors de la cérémonie de retour de prisonniers français, dont certains sont lynchés par les communistes avides de purges.

Tout échoue donc et l’inéluctable étau se resserre peu à peu sur Loin qui est découvert pas Gaigneux.

Du coté du cafetier poète, Léopold est finalement libéré mais le sentiment d’injustice aidé par l’alcool est trop fort et l’homme fait un scandale dans les rues du village.

Sachant qu’il va être à nouveau interpellé, Léopold se rebelle et est finalement tué par les gendarmes.

La mort de Léopold coïncide donc à la reddition de Loin qui se dirige non sans des adieux déchirants à Marie-Anne vers son funeste destin.

En conclusion, « Uranus » est un livre majeur, une œuvre d’une force inouïe décrivant une face sombre de l’histoire de France avec l’après Libération et les règlements de comptes sauvages qui aboutirent à des massacres aveugles de collaborateurs, trafiquants, délinquants mais aussi de simples innocents.

Sorte de croisement entre Archambaud et Watrin, Aymé fait pourtant sortir la vérité de ce dernier, qui comprend que pour survivre en société l’homme doit en permanence masquer ses sentiments.

Derrière ces masques, les hommes s'étant déjà tus pour échapper au régime de Pétain, ont à présent peur de périr sous les coups des Résistants ivre de vengeance et de sang.

Marcel Aymé fait apparaitre toute la complexité de l’homme avec Archambaud, capable d’aider par compassion un pourri qui ne regrette en rien ses convictions hitlériennes mais demeurant parfaitement incapable d’intervenir lors du lynchage public d’un jeune soldat.

La figure de Léopold est plus énigmatique.

Elle révèle une force de la nature sensible à la poésie de Racine et Sophocle, un homme trop franc et naturel pour être dompté, se travestir et jouer le jeu des hommes.

Bien entendu on pourra juger que le sort est bien dur pour un personnage aussi sympathique.

« Uranus » est une œuvre d’utilité publique mettant l’homme en face de lui-même, devant les facettes les moins reluisantes de son âme ballotée par des événements historique qui le dépassent et l'effraient.

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